Accent Grave

Élucubrations d'un promeneur solitaire.

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Nom : Accent Grave
Lieu : Beloeil, Québec, Canada

Allez savoir!

lundi, juin 29, 2009

Trois questions simples

Existe-t-il un mot ayant la même signification que synonyme?

Si vous apercevez un animal en voie d’extinction s’apprêtant à bouffer une plante en voie d’extinction, que faites-vous?

En nage synchronisée, si l’une des nageuses coule à pic, les autres doivent-elles suivre?

Accent Grave

samedi, mai 30, 2009

Drôleries...

On s’est beaucoup moqué de l’embauche de clowns visant à distraire nos vieux dans les hospices. Je sais bien que les mots « vieux » et « hospices » ne sont plus d’un usage correct. On s’en balance. Plusieurs personnes se sont dites offensées de la chose car, disaient-elles, c’est infantiliser nos vieux. Ce sont justement ces vierges offensées que je trouve risibles. C’est quoi cette manie de s’offenser au nom des autres? Et toute la galerie journalistique de suivre le troupeau. La vie nous offre trop de réactions prévisibles, ce que les clowns ne font pas, heureusement.

J’ai déjà passé quelques semaines dans un hôpital. Nous étions quatre dans notre chambre, tous plutôt amochés. Une grosse infirmière nous soignait. Elle ne faisait pas de l’embonpoint, elle était simplement grosse. Malgré son tour de taille impressionnant, elle restait la plus mobile de nous tous, ce qui lui conférait un avantage indéniable sur nous quatre. Elle était sérieuse, sévère même. Un sourire sur ses lèvres aurait fait craquer son visage. Elle aurait pu enseigner aux militaires l’art de commander. Vous voyez l’image. Dans ses meilleurs moments elle usait d’un langage trop répandu : « le p’tit monsieur n’a pas mangé tout son repas, si le p’tit monsieur ne mange pas tout je devrai le faire manger moi-même ». Le p’tit monsieur en face de moi aurait préféré manger son cabaret en plastique plutôt que de se faire enfoncer sa purée sans goût et ses légumes froids dans la gorge par la louve en costume blanc. Il voulait mourir le vieux, pas se faire torturer. Il ne parlait pas, ce qui aux yeux de l’énorme soignante en faisait un demi-humain indigne d’un minimum de respect.

Un jour, après que King Kong ait terrorisé l’étage, un morne silence régnait dans la chambre. Je me suis levé, j’ai inséré quelques oreillers dans ma robe de chambre et j’ai imité la grosse, sa démarche, hurlant des ordres par-ci par-là, brassant les malades en les menaçant de couper leur soluté, en les menaçant de les laisser dans leur merde. Mes trois compères étaient tordus de rire, même le p’tit monsieur qui ne parlait pas. Attirées par le brouhaha des infirmières sont venues, l’infirmière-chef s’est aussi pointée et je me suis mis à les engueuler. Reconnaissant l’imitation de leur consœur, elles se sont toutes esclaffées. Cela a duré dix minutes et j’ai cessé mon numéro. Le calme est revenu et j’entendais les employés de l’étage se raconter l’anecdote on riant.

Un peu plus tard, le vieux qui ne parlait pas me fit signe de m’approcher. Enfin, c’est ce que j’ai cru déceler, il ne bougeait pas beaucoup non plus. Je me suis approché et il a à peine remué les lèvres. J’ai collé mon oreille à sa bouche et j’ai clairement entendu cette phrase : « vous êtes une bonne personne, monsieur ». J’ai remonté sa couverture et il s’est endormi. Quelques jours plus tard il est mort. Cette phrase avait été sa dernière et son dernier mouvement avait été un rire. Je m’en souviendrai toujours. Une pitrerie l’avait fait rire.

Quand je pense à cette affaire concernant l’embauche de clowns, c’est à cela que je pense maintenant. Oh, je ne suis pas mieux que les autres, un doute a aussi effleuré mon esprit, je me suis demandé si ce n’était pas une façon d’esquiver nos responsabilités, celle de s’occuper dignement des malades, des vieux. Finalement je me dis ceci : un clown s’est drôle et c’est digne, ça sait être subtil et touchant alors qu’un individu qui se fout des malades solitaires, mais qui s’offusque qu’un clown aille les faire rire, c’est cynique.

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dimanche, mars 29, 2009

Je comprends rien

Prémisse :

Il y aurait une crise financière.


La cause :

Nos banquiers prêtaient de l’argent à des gens non solvables ou trop endettés. On aurait vendu ces mauvais comptes à payer (comme le papier commercial) à nos gestionnaires de fonds de retraite sans qu’ils ne sachent de quoi il s’agissait (sic!). Ces titres (oh! Surprise) perdent leur «valeur». Les bourses s’écroulent.


Les conséquences :

  • Les maisons et autres biens perdent leur valeur.
  • Ceux qui exécutaient régulièrement leurs paiements (trop élevés) voient leur propriété perdre de la valeur.
  • Plusieurs perdent leur maison en plus d’avoir une dette supplémentaire à payer (la différence entre leur hypothèque et la valeur révisée de leur maison).
  • Nous dépensons moins, des entreprises ferment.
  • Des banques font faillite (ces banques qui faisaient des profits mirobolants).
  • De gigantesques entreprises menacent de fermer, menaçant la «stabilité» de divers pays.


Les solutions :

  • Les gouvernements donnent l’argent des payeurs de taxes (incluant ceux qui ont perdu leur maison) aux banques, sans devenir propriétaire de ces dernières.
  • Des entreprises mal administrées dont les dirigeants s’octroient de généreux « bonus» reçoivent de l’argent des payeurs de taxes, incluant ceux qui ont perdu leur maison et leur emploi, sans que le gouvernement ne devienne propriétaire de ces entreprises. N’est-ce pas nationaliser les pertes et privatiser les profits?
  • On demande aux consommateurs (ces mêmes gens qui étaient trop endettés et à qui personne ne veut plus prêter) de consommer d’avantage!
  • Comme moins de gens travaillent, moins de taxes entrent dans les coffres des gouvernements.

Effets collatéraux :

  • Des entreprises bien gérées ne peuvent plus emprunter pour poursuivre leurs activités car les banques n’ont plus d’argent!
  • La vie de nombreuses familles est ruinée.
  • Nos gouvernements (c’est pas nous ça?) sombrent dans les déficits.
  • D’incommensurables dettes (c’est pas les nôtres ça?) s’accumulent.
  • Des retraités devront retourner au travail, quand il y en aura, pour survivre.
  • Les services gouvernementaux seront «rationalisés» et leur financement «revu».


Localement :

  • Notre gouvernement, celui qui a les deux mains sur le volant, remettra environ 15% des frais de rénovations si ces derniers se situent entre 15,000 et 20,000$ ! Cette mesure vise à diminuer le travail au noir ! Ce programme est vraiment généreux, efficace!
  • Notre gouvernement, celui qui a les deux mains sur le volant et avait prévu que la crise ne nous atteindrait pas, dans sa sagesse avait accumulé une réserve dans une certaine sacoche. Il fera un déficit record, verra son taux de chômage augmenter.
  • Le gouvernement fédéral et conservateur, dont la spécialité est l’économie veut favoriser l’emploi. Il congédie des centaines d’employés de Radio-Canada et fera lui aussi un important déficit.

Les responsables :

Personne!

Questions :

  • Comprenez-vous quelque chose? Pas moi, je suis certainement très stupide ou il me manque des éléments clés. Éclairez ma lanterne s.v.p.
  • Parait qu’en temps de crise, l’argent ne disparaît pas, il se concentre chez quelques chanceux. Êtes-vous un chanceux ou une chanceuse? Si oui, pourriez-vous partager votre chance s.v.p.?
  • Avant que tout ne s’écroule, ne vous demandiez-vous pas comment un individu qui faisait 80,000$ de salaire pouvait s’acheter une cabane à 400,000$? J’en connais plus d’un.
  • Quand des études américaines stipulaient qu’au Québec nous étions en déficit de centres commerciaux, quelle était votre opinion sur le sujet?
  • Pourquoi ai-je l’impression d’être un extra terrestre en vivant modestement, en empruntant au minimum et en usant au maximum ce que j’ai, en achetant que ce qui m’est nécessaire? Suis-je le responsable de cette hécatombe dans un monde qui utilise l’argent-dette?
  • Pourquoi, moi qui n’ai rien fait de mal, me sent plus que jamais comme le cochon payeur. J’ai rien fait, c’est pas moi. Pourtant, le gouvernement me dit que ma dette (on me considère comme une «famille») a augmenté d’environ 30,000$. J’ai rien signé!
  • Qu’est-ce que ça prend pour faire une révolution?

Questions secondaires :

  • Paraît que la crise va prendre fin un jour et que tout reviendra à la «normale». Avant cette crise financière, n’avions-nous pas une pléthore de crises à gérer? Obama n’avait-il pas dit : Après la crise, le monde sera différent?
  • N’étions-nous pas en crise énergétique?
  • N’avions-nous pas à nous préoccuper du réchauffement climatique?
  • La surpopulation mondiale ne devrait-elle pas faire partie de nos préoccupations?
  • N’étions-nous pas en guerre quelque part?
  • Le prix du baril de pétrole se situe aux environ de 40$. Pourquoi l’essence est-elle aussi chère que lorsque le baril était à 100$? Quand la reprise surviendra, la demande augmentera et le litre ne grimpera-t-il pas à 2$?



Commentaire niaiseux :

Aucun humoriste n’aurait osé écrire quelque chose d'aussi absurde. Y’a une maudite limite.


Accent Grave

dimanche, mars 15, 2009

Typiquement catho!

L’église Catholique prévoyait excommunier une fillette de neuf ans qui, violée à maintes reprises depuis l’âge de six ans, est maintenant enceinte et par conséquent se fait avorter.

Quel est le drame? Nous avons l’embarras du choix.

Des histoires de fillettes (et de jeunes garçons) se faisant violer ou violenter par des adultes? Le mot « drame » ne convient pas, nous entrons dans le domaine de l’horreur.

Est-ce le fait que la fillette soit excommuniée? On s’en fout, mais retirons nos ornières, au Brésil, comme au Québec de 1950, cela peut détruire une vie. L’église n’agit jamais innocemment, elle frappe où ça fait mal.

Les Hommes ne peuvent se passer de religions et par voie de conséquence, d’Églises. C’est mon constat. J’ai la chance de vivre dans un pays où il est possible, dans une bonne mesure, de ne pratiquer aucune religion particulière, de ne croire en aucun Dieu à la mode. Ce n’est pas le cas pour tous les humains mais ici, oui. Le plus souvent, je reste stoïque devant les agissements des Églises et de leurs disciples les plus orthodoxes dont quelques exemplaires vivent ici. La plupart du temps, ils sont loin de moi. Je ne suis pas du genre à vouloir changer le Monde, en autant que les miens ne soient pas directement concernés. J’ai ainsi l’impression de faire ma part. Je m’illusionne volontairement mais c’est ma façon de concilier le tout d’autant plus que partir en croisade au nom des autres est une pire chose à mes yeux.

Trêve de verbiage, alors que je peinturais (quand je bosse manuellement, mon esprit travaille mieux), je me suis demandé si l’Église Catholique avait excommunié le violeur de cette petite Brésilienne. Sûrement pas, l’Église est généreuse, un viol, ça se pardonne. Un avortement, moins sûr, cela implique une femme. Certains voudraient examiner les circonstances particulières. Pas moi.

Quoi que vous pensiez, seuls des «sages» ayant étudié la théologie peuvent trancher. Face à ces érudits, vous ne ferez pas le poids. Par exemple, un certain raisonnement mena à l’excommunication de la fillette. Plus tard, nous apprendrons que l’excommunication ne s’applique plus, que tout curé peut annuler une excommunication. Vous ne comprenez pas? Je vous l’avais dit! Trop compliqué pour nous, laissons les bonzes de l’Église décider des motifs d’une excommunication, d’une « dé-excommunication», d’une excommunication indirecte (la mère)… etc. Cela est très drôle, à moins que l’on pense à cette fillette, à ses souffrances et à toutes celles qui ne font pas la Une.

Ce sinistre débat me fait conclure que le simple fait de s’attarder aux droits religieux de l’enfant cautionne viols et violences. C’est du mépris à l’état pur envers les femmes. Ça ne m’étonne pas de cette Église constituée d’hommes reniant leur sexualité mais fort habiles à protéger les leurs qui attentent à la pudeur des autres, surtout celle des plus jeunes, des plus faibles. Je généralise? Oui car le problème est généralisé dans l’Église Catholique.

Bref, cette menace d’excommunication cautionne l’abus sexuel. C’est pas compliqué ça.

C’est dimanche, bonne messe!

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dimanche, janvier 04, 2009

Rabais sur le savoir-vivre

Parait que nous sommes en crise financière, en crise économique, en récession, en dépression et même en déflation. Pourtant, il y avait foule dans les magasins. Tout juste avant les fêtes, des acheteurs surexcités auraient mortellement piétiné un « employé – contrôleur de foule - vendeur » d’un grand magasin. Y’a de ces événements supposément dramatiques qui me font rire ! Désolé, je suis fait ainsi.

La famille de l’écrabouillé porte plainte, une publicité annonçant des soldes faramineux aurait provoqué une atmosphère malsaine, une excitation démesurée et en conséquence, serait responsable de la mort de l’individu. Quelques milliers d’acheteurs, l’écume à la bouche, las d’attendre depuis l’avant l’aube, auraient fracassé les portes pour se ruer à l’intérieur. L’homme de 34 ans, 123 kg et 1,96m n’a pas fait le poids devant le tsunami humain.

Selon moi, c’était un coup monté. Fallait préparer les gens à la période des fêtes, leur faire oublier ces sornettes concernant les problèmes économiques et redonner un sens à la vie. Il fallait sortir de leur torpeur ces consommateurs qui se posaient des questions un peu trop fondamentales. Si l’odeur du sang attire les requins, un employé de Wal Marde écrasé par une foule en furie redonne le goût au magasinage. La stratégie fut un succès. Bien sûr, un employé est mort et d’autres furent blessés, mais il ne s’agissait pas de vrais « associés », c’était des temporaires prêtés (loués) par une agence. Toute chose a un prix et ce prix restera raisonnable si on pense à toute la publicité qui découla de l’affaire.

Ce qui m’étonne le plus dans cette histoire c’est d’entendre ceux feignant de se scandaliser de la chose. J’en ai entendu des « typiquement Américain ». Comme si nous vivions sur une autre planète. Quelle hypocrisie! Nous faisons tout pour ressembler aux Américains. Si nous n’arrivons pas tout à fait à leur niveau, c’est parce qu’on refuse d’admettre cette ambition. Mais faites gaffe, il y a au moins une personne qui a perdu ses complexes dans le temps des fêtes.

Enfin, je dis une personne, je le suppose. Je n’ai pas clairement distingué ses traits, mais ça m’avait l’air d’être une bonne-femme, trapue, costaude. J’étais aux Galeries St-Bruno. J’aime l’atmosphère qu’on y retrouve les jours précédant Noël, juste avant les soldes d’Après-Noël qui eux, précèdent les décorations de la St-Valentin. Même si je n’ai rien à acheter, j’ajoute ma modeste présence à la cohue, c’est mon côté maso. Je reste discret et observe cette faune humaine. Je pourrais même écrire des poèmes sur la chose, mais la poésie et moi ça fait deux, je me contente donc de voyeurisme.

Toujours est-il que je déambulais dans l’allée principale d’un grand magasin quand j’aperçus au loin un tourbillon, dans le genre de ceux qu’on voit dans les cartoons, vous savez ces bonshommes qui filent tout en tournant sur eux-mêmes à la manière d’une tornade. C’est la meilleure image que je puisse exprimer. Ce corps massif prit son élan à l’autre bout de l’allée pour foncer dans la foule telle une toupie, produisant l’effet d’une boule de quille projetant ce qui se trouvait sur sa trajectoire, elle a parcouru toute l’allée. Bien que fasciné par le phénomène, j’ai eu la présence d’esprit de l’éviter, partiellement. Je me trouvais à la fin de la trajectoire, la tornade avait perdu un peu de sa force.

Le contact ne fut que partiel, mais quand le train entre en gare, même s’il ne vous heurte que partiellement, ça secoue. Et comme la supposée bonne-femme était sur sa fin de course, elle perdit aussi un peu de stabilité pour aller s’échouer sur quelques étals. L’être n’était pas d’un jeune âge, mais semblait robuste, expérimenté. Le visage marqué par des cicatrices semblables à celles qu’on retrouve sur le gros morse dominant, l’homocentrecommercius voulait en découdre avec moi. J’avais entravé sa course aux soldes, délit impardonnable.

La pression montait au cœur de la bête alors que son œil rageur me fixait. Les victimes de sa course folle se rassemblaient autour de la scène, un peu comme les automobilistes le font face à des accidentés de la route. Devant ce rassemblement imprévu, le monstre des Galeries se contenta d’une attaque verbale et m’envoya quelques invectives. Habituellement réservé, cette fois-ci je trouvai les mots justes pour répondre à ses attaques, des mots qui sortirent, pour une fois, justement et en rafales. J’ai presqu’eu droit à une ovation. Faut pas exagérer mais pour un instant je me suis prit pour l’avocat des victimes d’une autre publicité montée par le centre commercial en vue de mousser ses ventes.

Je me dis que ce genre de personnage rencontré dans les grands centres commerciaux est sûrement embauché, au même titre que le Père Noël. L’effet escompté serait de suivre la tornade afin de débusquer les meilleurs soldes et de vider les magasins. Ce ne sont pas des marchandises que l’on vend, ce sont des soldes!

C’était mon anecdote, une sorte de conte de Noël.

Parenthèse : Il n’y a pas longtemps, j’ai lu avec un p’tit plaisir un roman de François Gravel dont le titre est : Vous Êtes Ici. L’histoire se passe dans un centre commercial, ça tourne autour de l’équipe d’agents de sécurité. Il se passe bien des choses dans ces endroits. Il y a bien sûr des vols très originaux, mais aussi du terrorisme anti-consommation, des maniaques de dessous féminins, des vieux que l’on abandonne, des enfants que l’on « perd » le temps de faire ses courses, des escrocs, des romantiques … etc. À lire avant les fêtes de 2009.

Accent Grave

mardi, novembre 04, 2008

Ouf!

Ce n'était pas une question de vie ou de mort et j'ignore quel sera le score final. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'une page d'histoire fut écrite (je trouve qu'on s'enflamme bien vite de ce côté) mais le fait que l'ère Bush prenne fin soulagera le Monde.

Un noir sera président des USA. Pour moi, le fait qu'il soit noir est secondaire. Je n'aurais pas voté pour lui parce qu'il est noir mais parce qu'à mes yeux il est le meilleur candidat, c'est un homme, cela aurait pu être une femme. Cela ne devrait-il pas aller de soi? N'est-il pas anormal de se surprendre que le meilleur gagne? Je reste perplexe. Malgré tout, il y a quelque chose de positif dans cette affaire.

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samedi, novembre 01, 2008

Èlections américaines

L’enjeu est-il grand? L’issue du scrutin changera-t-elle le Monde? Je réponds non à ces deux questions. N’empêche que je m’intéresse d’avantage à ces élections qu’à celles du Canada ou du Québec. Ça ne veut pas dire que je m’y intéresse beaucoup.

Je prédisais un gain de Harper. Comme je me trompe tout le temps, j’espérais faire erreur. Hélas, ça s’est produit! Je le considère même majoritaire tellement les partis opposés sont faibles et éloignés entre eux. Déprime.

Aux USA, je prédis toujours une victoire des Républicains, j’aimerais me tromper. Je n’ai pas grand-chose contre McCain mais j’aimerais bien voir à la présidence un jeune homme que je crois assez intelligent et qui connaît certaines choses sur le monde extérieur, mais il est noir.

Tous les sondages favorisent les Démocrates, ils ont reçu les appuis des plus puissants, ils mènent les sondages, ils ont fait une meilleure campagne, le choix de cette folle de Palin chez les républicains devrait favoriser les démocrates, l’âge et l’état de santé de McCain devrait aussi les aider et si on ajoute la débandade financière des dernières semaines, cela devrait aussi donner un coup de pouce aux Démocrates.

…mais le chef des Démocrates est noir. Finalement, l’enjeu n’est peut-être que ça. Quant aux politiques futures de l’un ou de l’autre, tout n’est que spéculation. Que décideront les électeurs dans l’isoloir?

C’est ça qui m’intéresse. Si Obama est élu je verrai la chose comme une étincelle, une toute petite lueur d’espoir, pas une grande victoire, un bref moment d’espoir, celui de tourner la page à plusieurs années d’une présidence idiote, stupide, ignorante et obtuse. Ce sera un grand soulagement. Mais comme je me trompe tout le temps…

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mercredi, octobre 01, 2008

Assurément

Une fois par année, je trouve quelques minutes pour recevoir mon courtier financier. Pour éviter que ces rencontres s’éternisent, dès qu’il arrive, je dis : «ne perdons pas de temps, car dans une heure je dois me rendre chez le médecin, j’ai rendez-vous».

Il n’y a que mon chien qui aime ces rencontres, ça lui permet de sauter sur le visiteur. Il savoure cette nouvelle odeur. Ces représentants doivent feindre d’aimer les bêtes et n’osent rien dire quand le cabot saute sur leurs genoux, lèche leur visage et disperse les précieux papiers déjà étalés sur la table. Je m’amuse un peu de la scène avant d’éloigner le monstre. Cinq minutes se sont écoulées, plus que cinquante-cinq.

Mon courtier est un spécialiste de la finance, sa feuille de route est longue. Comme plusieurs de ses collègues, il a fait de longues études et utilise un stylo Mont Blanc pour griffonner des chiffres, des chiffres hypothétiques, donc insignifiants. Ce qui n’est pas significatif est insignifiant. Ces gens croient réellement que l’économie est une science et leur complet foncé, leur cravate rouge et leurs lunettes dernier cri existent pour nous convaincre de la chose.

Il me demande d’abord si j’ai des questions. Je lui demande si je suis riche. Au lieu de sourire et de me répondre que je suis pauvre et que je le serai jusqu’à la fin de mes jours il me défile un long discours plate et ennuyeux. Les minutes passent.

Ensuite il me demande quel est mon objectif. Je réponds que c’est d’être heureux.

Par chance, la compagnie qu’il représente a pensé à mon bonheur et développé un tas de programmes destinés à augmenter mon indice d’allégresse. Je ne comprends rien à ce qu’il dit, mais les brochures sont jolies, constituées d’un papier lustré qui sent bon. À chaque page il y a une image. Ici il y a un jeune et dynamique asiatique tout à fait heureux qui ramasse les feuilles sur son terrain. À droite on voit un noir qui est, selon les apparences, marié à une jolie rousse et jouent au ballon avec leur enfant adopté. Il doit être adopté car il ne leur ressemble pas. À la page suivante on voit un couple de jeunes-vieux. Les jeunes-vieux ce sont ces gens qui sont toujours habillés proprement, des gens qui ne travaillent plus et profitent de leur luxueuse maison. La pelouse est toujours très belle chez ces gens, pas de pissenlits. De plus, les messieurs jeunes-vieux ne perdent pas leurs cheveux, ils grisonnent un peu, pas trop, leur épouse est toujours jolie, svelte, souriante, avec de belles dents, presque séduisante. Si j’adhère à un des programmes proposés par mon courtier, je finirai certainement comme ces jeunes-vieux. Quelle horreur!

Je demande à mon invité ce que deviennent ensuite ces jeunes-vieux, pourquoi la suite n’est-elle pas illustrée? Il n’y a plus de photos de ces jeunes-vieux devenus vieux-vieux. J’aimerais voir la face de ces jeunes-vieux quand on leur apprend qu’un Vincent Lacroix est parti avec leur fric ou que leur fonds de retraite n’existe plus parce que les banquiers ont prêté trop d’argent à des gens non solvables. Si mon courtier n’était pas aussi coincé et un peu plus allumé, je crois qu’il ne perdrait pas de temps à m’expliquer pourquoi une telle chose ne pourrait absolument pas survenir à moi qui fait affaire avec une firme aussi sérieuse que la sienne.

Le temps passe, mais pas assez vite. Bâillements.

Et puis arrive le moment de me parler d’assurance. Ça se termine toujours ainsi. Il sait ce que j’en pense mais il affirme qu’il est obligé de m’en parler. Je me demande tout le temps qui, dans ma maison, pourrait se plaindre à son patron s’il ne m’en parlait pas. Après quelques palabres inutiles, il me dit que si j’optais pour son plan, après mon décès ma conjointe conserverait le même niveau de vie qu’en ce moment. La conjointe est présente bien sûr.

À chaque fois je lui dis la même chose :

Je ne veux pas que ma conjointe vive dans l’aisance et le bonheur après ma mort. Je veux qu’elle pleure et se dise : « j’étais tellement bien quand il était vivant, je mangeais tous les jours et n’étais pas forcée de faire la rue ». Cette idée de se priver dans la vie pour qu’après notre mort nos proches vivent dans la facilité me dépasse. Non, je préfère savoir qu’après moi, c’est le déluge. J’explique tout ça au comptable devenu courtier. Il a beau me faire miroiter les pires catastrophes pouvant m’arriver, je ne bronche pas. Entre laisser quelqu'un dans la dèche et de quitter ce monde correctement il y a une marge.

Il fait semblant de ne pas comprendre l’allusion ironique. Il préfère tabler sur la culpabilité, plus forte que la mort. Mon courtier pense que je blague. Les courtiers n’écoutent pas leurs clients. Ces gens devraient suivre des cours de philosophie, ils deviendraient de bien meilleurs financiers. Les entreprises financières n’ont aucun programme pour les gens comme moi. Dommage.

La rencontre est usante et stérile. J’ai tout de même transféré certains fonds plutôt décevants, c’était le but de l’opération, inutile donc d’étirer l’ennui. Puis discrètement et à l’aide d’un portable, il faut téléphoner à la maison, se lever et répondre à l’appareil du bureau. À haute voix, confirmons à la secrétaire du médecin qu’on ira à notre rendez-vous. Le courtier empilera les papiers, brochures et autres sous-produits de nos forêts et recommandera de lire attentivement cette précieuse littérature.

Restons polis et accompagnons le représentant jusqu’à la porte et pendant qu’on salue, on balance le tout au recyclage.

En ce qui concerne les finances personnelles, je conseille à tous les jeunes de lire le Barbier Riche. Ce tout petit livre, un classique, contient tout, à mon sens.

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lundi, septembre 29, 2008

Palin Palout

J'avais prévu une victoire des conservateurs au Canada mais aussi une victoire des républicains aux USA.

Depuis, il y a cette eu cette débandade économique (que nous pourrions aussi qualifier de redressement), une menace de récession mais surtout, surtout il y a cette stupide Palin. À la regarder et surtout à l'écouter, on se dit... on se dit rien, on reste pantois!

Je croyais avoir accepté (le mot est fort) l'idée que les gens qui atteignent les postes les plus élevés peuvent aussi être abjects, insignifiants et intellectuellement limités mais là, cette Palin défonce toutes les limites imaginées. IL ne faut jamais sous estimer l'être humain.

Cette campagne devient drôle, tristement drôle, pathétiquement drôle.

Allez voir cet extrait d'entretien: Palin on foreign policy

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dimanche, août 10, 2008

Contrastes

Autre séjour aux É.-U., chez nos «amis requins», dans la Grande Pomme cette fois.

J’en reviens toujours un peu… troublé. Le pays de nos voisins ne se décrit pas facilement, tout au plus pouvons-nous narrer quelques observations, la palette de ce qu’on y trouve est large. Contrastes par-dessus contrastes. Au premier regard, c’est un nivellement par le bas que je vois, un tintamarre assourdissant, un mode de vie dicté par un matérialisme abrutissant, par des médias qui se veulent plus bêtes qu’ils ne le sont. On entend continuellement des expressions creuses teintées d’un patriotisme boiteux. Ensuite, quand je parle aux gens, on se rejoint sur plusieurs points, dans notre américanité à tout le moins.

On semble tout ignorer du reste du Monde et pourtant, c’est encore de là qu’est dirigé le Monde, par des gens venus de partout. De moins en moins vrai, mais pas encore faux.

Dans ce fouillis sans fin se cachent des trésors de l’humanité. Suffit de se rendre au MET. La collection de ce musée jointe à celle de Chicago contient la moitié des trésors artistiques du Monde. L’autre moitié se trouve ailleurs, surtout chez des particuliers!

On se sent obligé de me dire que je suis sur la terre de toutes les libertés. On décrie ces JO qui se déroulent dans un pays où ces mêmes libertés n’existent pas. De ma chambre j’avais accès à plus de 80 chaines télé, aucune ne diffusait la cérémonie d’ouverture des JO en direct. Les droits étant réservés et c’est en différé, à grande heure d’écoute qu’on autorisait la diffusion au bon peuple. Le reste du Monde pouvait capter la chose, pas ici. Au pays de l’oncle Sam, on décide «librement» pour vous, c’est la dictature économique. Personne ne s’en plaint, on défend même le principe, chiffres à l’appui. Que de contrastes, un tableau fascinant.

L’élite est puissante à New York, extrêmement cultivée, riche, en contrôle et peu nombreuse. Les puissants auront toujours besoin d’un territoire, d’un espace pour troquer ses diamants, conserver les trésors de l’humanité et se rencontrer. Je perçois cette cité comme une forteresse médiévale. Pour faire tampon au reste du Monde, il faut une population n’ayant rien à voir avec eux, mais prête à mourir pour l’American Dream. Pour mieux comprendre ce phénomène, on m’a suggéré la lecture d’un bouquin intitulé « Pourquoi les Pauvres Votent à Droite » de Thomas Frank. Je doute qu’un seul livre puisse expliquer l’étrangeté humaine.

Je ne dirais pas que New York est un musée à ciel ouvert comme d’autres villes le sont, quoi que du côté architectural, on ose beaucoup. Disons que c’est un spectacle à ciel ouvert. Contrastes et contrastes! On retrouve peut-être les plus grands restaurants du Monde, mais sur la rue, pour les gens ordinaires, trouver un bon endroit où manger relève de l’exploit. Y’a toujours la p’tite Italie, mais faut y être. Cela vaut pour le reste du pays. De là découle la popularité des restaurants-minute qui sont moins décevants que bien des restaurants aux allures intéressantes, mais aux assiettes désappointantes!

Les rues sont propres à New York, plus sûres, le New York des années ’70 semble une affaire du passé. On ne fume plus nulle part, on rabroue le fumeur installé sur une terrasse ouverte et sise sur un trottoir alors qu’à moins d’un mètre, sur six voies de large il n’y a que des gros «chars», des SUV immobiles brulant du carburant. On se dit vert, préoccupé par l’environnement. Contrastes et contrastes.

Un bel appartement juché assez haut pour offrir une vue sur Central Park coûtait, il n’y a pas longtemps, trois ou quatre millions. Maintenant c’est plus cher. Point d’aristocratie depuis la révolution, l’argent a tout remplacé. Bientôt, les logis d’Harlem, celui de l’Apollo, ne seront plus accessibles aux familles new-yorkaises.

J’ai très bien ressenti un vent de conservatisme. Je m’attendais moins à cela. On ne veut aucun changement réel. On parle «vert» mais la note est fausse. Les mots communisme, gouvernements et sociale démocratie font encore trembler les gens. Faut protéger les fortunes.

Cela m’incite à prédire, bien à l’avance, une victoire des républicains à la prochaine élection, c’est juste une impression, peut-être biaisée par une vue partielle, la mienne. Les démocrates, avec leur nouveau chef en tête, représentent un bon choix pour l’Europe et pour le reste du Monde. Ça c’est mauvais signe pour l’américain moyen. Les Yankees aiment suivre une politique qui déplaît aux Européens. La raison est simple : le «vrai monde » est conservateur, républicain, un peu comme ici le « vrai monde » était celui de Mario Dumont.

Et le retour…

Une chose est sûre, il suffit de visiter quelques villes aux É.-U. ou en Europe pour constater qu’à Montréal les infrastructures sont désuètes, négligées. Même les plus petites villes québécoises démontrent plus de dynamisme que la métropole. Et là, je ne parle pas de nos routes, ce n’est plus un cliché. Si l’on pouvait se permettre de comparer l’état de nos routes avec celles de nos voisins ou celles des Européens, moins de 10% de ces dernières obtiendraient la note de passage. Je parle de cela, car dès que l’on traverse la frontière canadienne, c’est vraiment, mais vraiment frappant.

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dimanche, juillet 13, 2008

Résistance

Dans certains milieux, pour échanger sur des sujets disons… inaccoutumés, il faut joindre la résistance. Cette résistance est constituée de gens d’apparence ordinaire, voire banale, des gens tellement habitués à se fondre dans le paysage qu’on oublie qu’ils existent. Ne pas être repéré par ceux dont l’expression ressemble à trois points d’interrogation dès qu’ils entendent des propos autres que ceux répétés partout est souhaité par le résistant.

Comment reconnaître ces résistants, tâche ardue s’il en est une? Lorsque plusieurs idiots s’acharnent sur une même personne, y’a des chances que la tête de Turc soit un résistant, un résistant malhabile. Le machiniste qui préfère manger seul dans l’arrière-boutique sous prétexte que c’est plus calme et qui sort un bouquin dès que les autres sont partis est un résistant. L’enfant qui, lors des réunions de famille, choisit de s’assoir à la table des grands, un peu en retrait, et qui écoute religieusement les adultes plutôt que de jouer avec les autres enfants est un résistant qui s’ignore.

Il se terre dans la discrétion. Le lundi, il enfile son déguisement invisible et taira ses activités, écoutera bêtement les exploits des collègues et sourira encore plus bêtement à leurs récits exagérés, déformés. Son sourire forcé n’est pas remarqué par les conteurs, eux-mêmes trop occupés à s’auto-trouver-comiques, mais dès que le résistant tourne la tête, si vous êtes attentifs, vous remarquerez le relâchement instantané des muscles faciaux. Il baisse la garde lorsque dans le voisinage, des esprits plus aveuglants que brillants, pompent l’intérêt général. Le spectaculaire ne lui va pas, mais lui sert de leurre, il détourne l’attention ailleurs que sur lui (ou elle).

Fuite? Lâcheté? Défense? Survivance plutôt. Le résistant est un handicapé, un dépendant intellectuel, un anticonformiste ou pire, un esprit irrémédiablement ouvert. Ça ne se guérit pas. Il évolue dans un milieu que l’on n’associerait pas à ses passions. C’est tout de même son monde et il le sait. Toujours insatisfait, en quête, parfois même en mission sans le savoir, il ne voudrait pas être ailleurs. Vous pourriez croire que lorsqu’il rejoint la résistance il se sent bien. Si peu, enfin peut-être un peu, mais pas pour longtemps. Y’a personne à convaincre dans la résistance, c’est sécurisant, sans plus.

Le rêve du résistant pourrait être de se mettre à nu, sa modeste lumière n’aveuglerait pas, elle éclairerait. Utopie? Chimère? L’espoir, tout comme la quête ultime c’est pas tuable et certains consacreront leur vie pour devenir des héros. Un héros se mérite l’estime de tous et l’illusion frise alors la réalité. Profitant d’une popularité momentanée, il ouvrira son jeu. On aura déjà vu un conspué devenir un modèle aux yeux de ses détracteurs. La manœuvre est risquée, la faillite est possible mais ça fonctionne occasionnellement et si tel était le cas nous pourrions entendre des « Gérard, ne t’en fais pas pour le p’tit qui souhaite s’inscrire en art dramatique, tu te souviens de ce héros que tous admiraient? Lui aussi aimait le théâtre». Ce serait la victoire du résistant héros. Suffit d’être atteint d’une maladie grave pour qu’on vous dise que telle ou telle vedette a aussi cette maladie et qu’elle s’en sort. Madame Tartempion qui habite sur votre rue a aussi cette maladie et s’en est sortie, mais elle n’est pas une star, ça donne moins de points.

Des résistants iront donc jusqu’à devenir des héros dans des domaines populaires pour se gagner l’estime des autres, gagner de la crédibilité. C’est triste, mais à la longue l’obscurité peut devenir insupportable.

Tout ça pour vous dire que certains héros n’en sont que pour gagner votre admiration, dans le cadre d’une mission. Si vous repérez un résistant qui n’est pas encore un héros, restez naturel(le), intelligent(e), attendez le moment opportun pour lui r’filer un regard complice. Un peu de votre force lui sera transmise. Si la force commune pouvait s’imposer d’elle-même, la résistance deviendrait inutile, moins de vies seraient gâchées.

Accent Grave

mardi, mai 27, 2008

Lui et l'autre

B & T? Laissons-les tranquilles, leur mandat terminé, ils ont des choses plus sérieuses à faire que de traiter de ce qui devrait l’être par chacun d’entre nous. Vivre en fonction de nos propres valeurs et pas trop loin de nos convictions, sans attendre l’autorisation d’une commission, de lois ou d’autres autorités demeure une avenue envisageable.

J’aime bien ces deux gars là, pour les même raisons que d’autres les déteste. On ne fera jamais dire à ces gens ce que l’on veut entendre d’eux, ils diront et écriront ce qu’ils ont en tête, qu’on soit d’accord ou non. Si tout le monde avait autant de cran, nos assises seraient plus solides. La peur nous paralyse.

On ne les aime pas à cause de leur fameux rapport. On peut aussi ne pas les aimer à cause de l’idée qu’ils se font de la société. Cependant, quiconque les connaît individuellement ne peut affirmer qu’ils sont déconnectés de ce qui les entoure. Ce ne sont pas eux qui ont montré la sortie aux clients d’une cabane à sucre pour permettre à des musulmans de prier. Ils n’ont pas givré les vitres du YMCA non plus. Je parie que cette cabane à sucre fut encore cette année très populaire auprès des québécois de souche canadienne française (sic).

Si j’avais moi aussi été forcé d’écouter les récriminations et les pleurnichages de tant de gens au sujet de ceux qui vivent à leur façon mais que nous avons reçu au pays, c’est l’image de tant de sociétés intolérantes (pour ne pas employer d’autres mots) qui me serait venue en tête. Ce cirque, pour peu que j’aie pu constater (j’imagine qu’il y a eu quelques bonnes représentations), m’a paru burlesque. Je me demandais ce qu’on pourrait en tirer.

Vous souhaitez une société laïque? Commencez par retirer le crucifix du parlement, celui que Duplessis a fait installer en 1936, plus pour rappeler l’alliance entre l’Église et l’État que pour toute autre raison. La réaction fut immédiate: les députés présents, tous partis confondus, votent (dans l’ignorance ou l’innocence la plus complète) pour garder la croix bien en vue sous prétexte qu’elle fait partie du patrimoine! Nos élus ne sont pas les seuls à tenir au crucifix, à chaque fois qu’ils votent ou ouvrent la bouche, ils pensent à leurs électeurs. Restreindre les autres religions : oui, la sienne, pas question.

Nos deux philosophes affirment qu’une société laïque ne confond pas religion et affaires d’État, c’est aussi une société où ses membres sont libres de pratiquer la religion de leur choix, dans le respect des droits de la personne. Il n’est bien sûr pas question d’athéisme. C’est simplement dit, plus difficilement réalisable.

Certains souhaitaient que nos deux bonhommes ne fassent pas trop dans la généralité. Ils se prononcent directement sur un certain nombre de choses (uniformes, école, burka… etc.). Rien de ce qu’ils ont écrit n’a force de loi mais ils se prononcent. Ils disent : en ce qui nous concerne, si des élèves veulent prier dans des locaux vacants on n’y voit pas d’inconvénient mais si vous n’avez pas de locaux libres, vous dites non, rien ne doit être aménagé à cet effet. En d’autres mots, mettez vos culottes, on ne le fera pas pour vous. C’est peut-être ça qui frustre. On voudrait pouvoir dire : « ce n’est pas moi qui vous empêche de prier, c’est la loi ».

Mon opinion? J’ai peu médité sur la chose mais à première vue, j’irais plus loin. Je ne permettrais aucun signe religieux dans la fonction publique, surtout dans nos écoles et les élèves comme le personnel devraient s’y soumettre. Je n’ai pas lu ce rapport et ne le lirai pas car il n’a aucune valeur juridique, j’ai mieux à faire. Paraît qu’on y trouve quelques incohérences. Comment pourrait-il en être autrement? Nous sommes incohérents nous-mêmes. On se dit ouvert mais cette ouverture n’est généralement que faiblesse. Ni Bouchard ni son copain ne pouvaient compenser pour la chose.

Une chose est sûre, le respect et le droit des personnes ne passe pas par les interdictions absolues. Il faut se méfier de certains courants. Des notions comme l’antiracisme extrême, «l’indifférencialisme», l’interdiction radicales de pratiques religieuses et d’autres idées «égalitaristes» prises une à une sont intéressantes mais lorsqu’elles s’additionnent et se transforment en lois, en dogmes, elles étouffent et mènent vers l’opposé. Certains qualifient cette mouvance de communisme nouveau genre, version 21ème siècle. Une société dont l’administration ne mêle pas la religion aux affaires publiques et une société qui interdit la pratique religieuse sont deux choses distinctes. Personne ne doit se montrer tyrannique et les minorités, comme les individus, ne peuvent tout réclamer au nom d’une charte ou de lois. L’idée de combattre les excès plutôt que de faire table rase me plaît assez.

Pour atteindre un équilibre, une paix aussi saine que juste, les individus doivent se respecter eux-mêmes, croire en eux-mêmes et transmettre cette confiance aux autres plutôt que de laisser la peur et l’ignorance imposer lois par-dessus lois. J’en viens toujours là. Je ne peux m’en remettre à une commission pour décider de la société dans laquelle je vis. Les lois ne peuvent faire ce que les membres d’une communauté n’ont pas le cran de réaliser. Et là, je pense que je touche au bobo.

Autre réalité :

Cette commission, dès sa mise sur pied, avait pour objectif de soulager Charest d’une atmosphère malsaine suite à divers événements anecdotiques reliés à des accommodements déraisonnables souvent octroyés par des Québécois de souche. Il lui faudra peut-être trouver autre chose, je ne m’inquiète pas. Les bernés sont ceux qui croyaient qu’une telle commission pourrait compenser pour une société qui ne se donne pas la peine de défendre sa propre culture. Ils croyaient que cette commission le ferait pour eux. En confrontant ces co-présidents à la plèbe (parfois troublante), leur conclusion était inévitable. Charest (comprendre ses conseillers) le savait.

En deux mots, nous sommes revenus au point de départ mais dans une atmosphère moins explosive, jusqu’à ce qu’un journaleux relève une nouvelle anecdote. L’avenir dépendra de la vigueur avec laquelle les gens défendront ce en quoi ils croient, ça n’a rien d’encourageant.

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samedi, mai 10, 2008

Le bonheur en semaine

Pourquoi les gens tiennent-ils tant à leur emploi, même lorsque ce dernier n’offre rien de particulier? Les fonds de retraite sont mobiles, les avantages sociaux se valent d’un endroit à l’autre, les congés se négocient à l’arrivée. Pourtant, même lorsque l’atmosphère est loin de l’idéal espéré, que la tâche ne permet pas vraiment l’épanouissement, chacun tient à son emploi et quand les temps sont incertains, on se fait invisible dans l’utopique espoir d’éviter une convocation dans le bureau du patron.

Il en va de même pour d’autres aspects de la vie : maison, patelin, famille élargie… etc. Nous n’aimons pas le changement. En ne changeant rien, on risque peut-être moins de perdre ce qu’on a, mais on élimine toute chance d’améliorer son sort, de vivre autre chose. J’ajouterai que l’immobilisme accroît la vulnérabilité.

On ne peut constamment changer d’emploi ou déménager, mais de là à cultiver les ulcères lorsque l’emploi «ordinaire» qu’on occupe devient incertain… Notre société manquera de plus en plus de main-d'œuvre compétente, on le sait. Grosso modo, le taux chômage avoisine les 7%. On a donc 93% de chances de ne pas se retrouver au chômage. Et pourtant, toutes les bassesses sont permises quand vient le temps de garder «sa place».

Je me pose simplement la question, je suis impressionné devant la peur (mon sujet préféré) de se retrouver sur le pavé. L’endettement, la crainte de perdre certains biens que l’on perdra de toute manière, l’obligation d’apprendre de nouvelles choses, de s’habituer à un nouvel environnement, de rechercher un autre poste doivent y être pour quelque chose. Ne croyez-vous pas que ce sont justement des facteurs qui enrichissent une vie?

Ça n’explique pas tout. Il y a des gens qui se font exploiter, qui parcourent des distances incroyables pour se rendre au boulot, qui ne sont pas rémunérés à leur juste valeur, pourtant, ils tiennent à leur job au point de s’oublier, d’oublier leur vie. Nous sommes tous un peu comme ça, du moins sur certains points, soyons honnêtes. Tout ça se passe entre les deux oreilles. Rien n’est permanent, surtout pas une permanence. La Vie est temporaire, éphémère, la quête d’une permanence ne vous paraît-elle pas absurde? Tout change, l’histoire nous l’enseigne, ce qui ne nous empêche pas d’espérer que le présent constitue l’aboutissement ultime, souhaiter qu’il soit «permanent».

J’ai profité de quelques pauses de travail, pour des périodes prolongées. Ne craignez rien, je ne me prends pas en exemple, il ne faut jamais me prendre en exemple, je suis un concentré de tous les défauts humains, je suis aussi froussard que n’importe qui, traiter de ce sujet ne confère aucune compétence particulière. La preuve? Suite à ces congés sabbatiques, au moment de me chercher un nouvel emploi, je ressentais une pression indue que je ne percevais pas les semaines précédentes. Au petit matin, en entendant les portières de voitures sur ma rue, au démarrage des moteurs de ceux qui partaient travailler, j’avais l’impression d’être hors jeu, sur la touche. Regarder tous ces gens monter dans la grande roue me procurait une impression d’exclusion. Malaise, inconfort, doute.

Aujourd’hui ça se passerait probablement différemment, peut-être pas. En certaines circonstances, le décor, les acteurs omniprésents, la routine radiophonique, télévisuelle et les conversations diverses influencent, créent en nous une image assez forte pour nous faire oublier le bon sens.

Faut être fort ou qu’un événement majeur survienne pour qu’on repositionne notre vie en fonction de la vision fondamentale que l’on a peut-être déjà eu d’une vie saine et naturelle. Certains le font, sans avoir à côtoyer de semblables démarcheurs, tout naturellement. Nous les qualifions d’excentriques, de marginaux, d’anticonformistes. Peut-on qualifier d’anticonformiste celui ou celle qui se conforme à sa propre nature? Cependant, admettons que pour vivre ainsi, faire abstraction de certains facteurs sociaux, rester imperméable aux pressions de la surconsommation et des modes diverses paraît inévitable. De là à vivre en vase clos, il y a une marge.

Ces derniers jours je pensais à cela, suite à des observations discrètes. Je ne suis pas tout à fait indifférent à ceux qui râlent au sujet de leur job, de leur patron, de leur vie. À tous ceux, qui le lundi matin, disent «J’ai hâte à vendredi» je me retiens de répondre : « J’espère pour toi que tu ne mourras pas un mardi ou un mercredi, sinon tu auras souffert deux jours de plus bien inutilement ». Des phrases démoralisantes on en entend partout, dans les avions, les corridors, les bureaux. À la radio, les vendredis sont portés aux nues, comme si le reste de l’existence constituait un réel calvaire.

Observations silencieuses? Oui, mais l’écriture reste permise.

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samedi, avril 26, 2008

Saint-Graal et histoire populaire


Je lis que l’église serait la gardienne de la moralité, tout en étant la plus immorale des institutions. L’humanité a-t-elle vraiment besoin de cela? On s’en remet à d’autres, « mieux placés » pour se rassurer, pour mieux s’élever soi-même (sic). On s’accroche à n’importe quoi, l’important étant de croire en quelque chose. Il faut donner un sens à nos existences. On ne fréquente plus tellement les églises, mais d’autres alternatives, moins compliquées que les religions, peuvent assouvir ce besoin.

L’adoration, l’idolâtrie, la vénération et le décorum sont des éléments indispensables à la mise en scène visant à mettre le peuple à genoux ou à tout le moins de l’occuper en le divertissant. Le Québec, depuis quelque temps, a remisé le bleu azur et le lys. Il se pare de Bleu-blanc-rouge. Nous ne faisons pas dans la demi-mesure. On se prosterne devant la Sainte flanelle, emblème du Club de Hockey Canadien (de Montréal) dont le rouge prédomine. Pourquoi le rouge? À cause de l’allégeance envers la couronne d’Angleterre. Eh oui! Néanmoins, le Bleu-blanc-rouge rappelle aussi l’origine française des joueurs.

De la politique? De la religion? Évidemment! Le sport professionnel CE N’EST QUE CELA! Fait-on jouer un hymne national avant la représentation d’un film ou d’un concert? Il est curieux de constater que tant de fans refusent obstinément de mêler « sport et politique » alors qu’on est prêt à tout pour honorer un drapeau, et là quand je dis TOUT, c’est TOUT. Il y a de ces mystères…

Ce club de hockey fut fondé il y a cent ans par des Irlandais et des Canadiens francophones qui se voyaient exclus des grands clubs (O’Brien propriétaire, Laviolette organisateur). Notez que si on a permis la naissance de ce club majoritairement francophone, c’était pour attirer plus de spectateurs à l’aréna Jubilée. À l’époque, le terme Canadien (prononcé Canayen) signifiait « Canadien-Français » dont l’équivalent actuel équivaudrait plus ou moins à « Québécois », notez l’importance des guillemets, les Anglo-Québécois se considèrent Canadiens.

Au cours de son histoire, pendant quatorze ans, le club aurait été la propriété d’un regroupement de francophones (Dandurand, Létourneau et Cattarinich !) mais en général, les anglophones empochaient, dirigeaient et les francophones suaient. Peut-être est-ce pour cette raison que ce club constitue l’un des seuls terrains d’entente entre les deux communautés, les rôles étant restés les mêmes, le grand patron est américain!

Malgré tout, les Québécois se sont toujours reconnus dans ce club. On aime les martyres, ça fait de bons héros. Des événements menèrent à diverses manifestations tantôt brutales tantôt joyeuses. Aujourd’hui, il en va autrement des joueurs francophones qui sont très peu nombreux à Montréal et qui semblent préférer jouer dans d’autres villes. C’est plus payant et le sens du sacrifice se perd (sic). Néanmoins, parler de « temple » lorsque l’on se réfère à l’amphithéâtre où se jouent les parties n’est pas exagéré. Il faut un lieu pour se recueillir et manifester sa foi, peu importe la réelle signification des emblèmes. J’ai comme souvenir ces autochtones guatémaltèques pratiquant des sacrifices d’animaux dans leur église catholique, un mélange des genres.


Personne ne me fera donc croire que les porteurs de drapeaux sont des amateurs de ce sport, ce sont des pèlerins, parfois des croisés. La quête ultime est celle de la coupe Stanley, notre St-Graal. Tout le monde veut ça. Certains pour leur fierté, d’autres pour le fric. Quand on regarde ce qui se passe sur cette terre, on retrouve ça partout. Il en va ainsi dans tous les pays. Lorsqu’un club sportif remporte un championnat quelconque, les locaux ont l’impression qu’une sorte de gloire rejaillit sur eux. Admirez-vous les citoyens de New York parce que les Yankees ont remporté plus de championnats que toute autre équipe sportive?

Cette question est existentielle, perverse. Je suis d’accord avec vous. On a le droit d’être fier. On a aussi le droit d’aimer le sport même si ce n’est que pour le regarder et de s’en divertir. Mais de là à en faire une religion. De là à briser les vitres d’une voiture pour s’accaparer du ridicule fanion fixé à cette dernière, de là à brutaliser un amateur qui porte le maillot de l’équipe adverse, de là à devenir morose parce que votre équipe, constituée de joueurs qui hier encore jouaient pour l’équipe adverse, vient de perdre, de là à… je vous laisse continuer.

Ce que j’observe autour de moi dépasse l’expression d’un divertissement, c’est la pratique orthodoxe d’une religion saisonnière. Admettons que cette pratique dépasse largement celle que l’on reproche à certains groupes religieux. Le port de la burka est décrié, si cette dernière était découpée dans une étoffe aux couleurs du Club de Hockey Canadien, ne serait-elle pas applaudie? Très certainement.

Je pourrais vous conseiller d’aller patiner ou de jouer au hockey dans la rue, c’est plus sain. Vous pourriez aussi vous balader dans votre quartier lors du prochain match, il n’y a personne dehors. Vous pourriez même y aller sans vêtements, personne ne vous verra (dommage?). Allez à
l’urgence de l’hôpital, il n’y a personne pendant les joutes. Payez-vous un smoked meat chez Shwartz, seul moment où il n’y a pas de file à l’entrée.

Je ne vous conseille rien, ce serait inutile. Je sais que vous vous installerez devant votre téléviseur (religion cathodique oblige), que vous commanderez une pizza ou des ailes de poulet, vous déboucherez une bière et hurlerez « We are Number One » dès que vos « glorieux » marqueront un but. Je vous connais, derrière tout blogueur se cache un fanatique du tricolore.

Bon ben, bonne joute! Ne cassez pas tout et si les « Habitants » perdent, ne battez pas votre conjointe, elle n’y est pour rien, allez plutôt brûler un lampion pour la saison prochaine.

Accent Grave

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dimanche, avril 13, 2008

Embêtant

Cela faisait trois semaines que je tentais de prendre rendez-vous avec elle. Habituellement c’est facile, mais cette fois-ci sa secrétaire inventait toujours quelque chose pour reporter cette foutue prise de rendez-vous. Puis ça s’est arrangé sans que je ne comprenne le pourquoi du pourquoi, sans que je me pose trop de questions aussi. Tout est déjà assez compliqué.

Le jour venu je me rends donc chez mon toubib. On jase un brin, c’est une bonne connaissance, on se voit assez souvent, à cause des livres. Il y a quelques années, cette femme médecin a survécu à un redoutable cancer. Au retour de son congé, elle décide de ne bosser que trois jours semaine, juste pour gagner sa croûte, sans surmenage. Impossible de faire ça dans le système public et comme elle n’accepte plus de ne pas connaître le dossier de chaque patient, de ne pas prendre le temps qu’il faut pour soigner les gens, elle passe au privé. Pour une des rares fois dans sa vie, elle a pensé à elle, au plaisir d’une pratique saine.

Contente de me voir, nous parlons de nos dernières lectures, de choses et d’autres. Cette seule entrée en matière soulage le mal. Nous avons presque oublié ça. Positive de nature, elle est de bonne humeur comme toujours, puis elle questionne. Pour elle. Les bobos ont souvent comme origine un traumatisme, pas toujours physique, un événement marquant. À chaque rencontre elle enregistre questions et réponses, plus tard elle s’informe du développement des choses. C’est sa façon de faire, je la crois excellente dans son domaine, car elle soigne bien et jouit d’un esprit vif.

En m’auscultant elle dit :

- Moi aussi ça va, je m’occupe de ma santé, j’agis pour mon bien et ça s’améliore.

Comprends pas, je l’écoute…

- Aujourd’hui je suis en pleine forme, le traitement d’hier ne m’a pas affecté du tout.

- De quoi tu me parles?

- De chimio. J’ai des métastases aux os.

Toujours en gardant son sourire elle ajoute :

- Tu sais, des métastases osseuses c’est plate, mais je fais ce qu’il faut faire et ça ira.

- Évidemment que ça va aller, c’est embêtant, mais ça va aller.

- Tu as le bon mot, c’est embêtant.

Elle poursuit…

- Pendant les traitements, je ne travaillerai qu’un jour par semaine. Pas facile de voir son monde en une seule journée. Les gens me croient indispensable, ils tiennent à se faire soigner par moi mais je ne pourrai pas.

- Je comprends ces gens, mais toi, tu t’occupes de toi et les autres s’organiseront autrement, on t’attendra.

- Je verrai, pour l’instant ça va, mais… c’est embêtant.

Dans ces circonstances, je ne sais jamais quoi dire, déjà qu’en temps normal, je ne sais pas quoi dire. Les mots sont dans ma tête, ils dansent la rumba bien à leur aise, mais quand ils doivent former des phrases sensées, on dirait qu’ils prennent la porte en même temps, qu’un bouchon se forme dans ma gorge et que ce sont eux, les mots, qui décident de tout, ils sortent alors au compte-gouttes et dans le désordre.

C’est embêtant.

Accent Grave

dimanche, mars 30, 2008

Boycottage bidon


Si boycotter les prochains Jeux olympiques représente pour certains une action solidaire envers les Tibétains ou un croc-en-jambe à la tyrannie chinoise, à mon sens ce sera un geste inutile satisfaisant une conscience dénuée de toute conviction. J’ai pour vous un bref questionnaire intitulé : que ferez-vous pendant les prochains jeux?

1. Vous immolerez-vous par le feu devant l’ambassade de Chine?
2. Sortirez-vous dans la rue pour manifester votre indignation?
3. Irez-vous dans les magasins acheter à bas prix du « Made in China »?

L’option nº 3 étant la plus populaire, vous comprendrez le non-sens de ce boycottage. Restons cohérents. Exiger que ceux qu’on appelle les athlètes (moi je les considère comme des obsédés), oublient leur plus grand rêve ne nécessite pas beaucoup de courage ou de conviction de notre part. En passant, pourquoi ne pas exiger la même chose de la part de nos artistes, de nos gens d’affaires? Pourquoi les É.-U. boudent encore et toujours Cuba et font des affaires, plus que les autres, avec la Chine? Votre réponse est aussi bonne que la mienne.

Ne me parlez donc pas du boycottage des JO. Notez que les gentils organisateurs des JO, ces vieux ronds de cuir assoiffés de voyages gratuits qui courent après les cadeaux offerts par les villes souhaitant organiser des jeux, ne sont pas mes idoles. Cette organisation privée, hypocrite et opportuniste occupe peu de place dans mon esprit et aucune dans mon coeur. J’ose espérer que Pierre de Coubertin avait autre chose en tête.

Les athlètes? Ils me laissent froid. Je ne vois pas le but de sacrifier dix ou quinze ans de sa vie pour arriver à plonger sans faire d’éclaboussure ou à lancer un marteau plus loin que les autres. La plupart veulent obtenir une image dans leur cahier afin d’accéder à un poste de relationniste pour une banque ou un manufacturier de voiture. Au mieux, regarder certaines compétitions pourra me divertir les jours de pluie. Qu’ils prennent de la drogue ou trichent habilement fait partie des « jeux », pour bien vivre les jeux, acceptons ce fait. C’est peut-être même ce qui me fascine le plus. Convenons que le gagnant du 100 m est le drogué le plus rapide au monde. Comme je suis pour la transparence, j’octroierais aussi des médailles aux pharmaciens associés.

Bien franchement, si on ne vous avait pas lavé le cerveau à l’effet qu’il s’agit d’un exploit, seriez-vous ébahi devant le gagnant du tir du pistolet à air de 10 m? Auriez-vous fait un héros de cette personne si on ne vous avait pas dit qu’il s’agissait d’un médaillé olympique? Et c’est en boycottant cela que vous pensez influencer le gouvernement du plus puissant pays (en devenir) au Monde? Soyons sérieux (pas trop quand même) et regardons les JO un peu comme on regarderait « Drôle de Vidéo », avec légèreté.

N’en reste pas moins qu’il s’agit d’un grand rassemblement, d’un rendez-vous mondial. Je le reconnais et ces rendez-vous universels ne sont pas fréquents. À cette occasion, des gens se rencontreront, certains Chinois feront connaissance avec le reste du Monde, pour eux, cela équivaudra à renaître, des couples se formeront, localement, des aventures uniques verront le jour. Juste pour ça, et en me remémorant l’Exposition Universelle de Montréal de 1967, je crois qu’il vaut mieux que ce rendez-vous ait lieu. Si nous sommes capables d’engloutir 3000 milliards de dollars dans la guerre en Irak, pourquoi débattre du boycottage d’un rassemblement qui aura ses bons côtés, bien qu’un peu pervers?

Pour dire vrai, j’ai l’impression que les pro-boycott, malheureusement incapables d’entraîner le monde occidental dans un réel boycottage (économique) voient ces jeux comme une occasion particulière où il serait facile de frapper ponctuellement sans se mouiller. Et si le boycottage des jeux se réalisait, qu’est-ce que ça changerait pour le Tibet? Que ferons-nous alors pour le Tibet? C’est juste une question comme ça. Votre réponse vaut bien la mienne.

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samedi, mars 22, 2008

Nuances

Chaque vie, chaque génération porte la trace d’une lutte ou à tout le moins d’une cause propre à sa société et son temps. Entre les combats il y des pauses, des silences, parfois beaucoup de vacarme puis des parenthèses. Les parenthèses viennent en couple, ne pas les refermer constitue une faute. On ferme donc ces parenthèses pour reprendre le fil de la vie.

Quand on ne se bat pas, on reste sur ses gardes, car l’ennemi guette sans se lasser. Abdiquer paraît facile, c’est tentant, mais dans la soumission, la paix de l’esprit ne règne jamais tout à fait. Je me demande si vivre ce n’est pas combattre. La victoire ne vient jamais et le bonheur ne doit pas être conditionné au triomphe. Le pire serait peut-être de se retrouver sans défi et on ne choisit pas ses défis.

Quelle fut donc la marque de mon époque, de ma société? L’éternel combat de la langue, celle de l’identité, de l’existence, enfin, localement à tout le moins. Dès la petite enfance, à l’heure du souper, mon père nous entretenait de la chose. Cet homme venu du Témiscaminque et sans trop d’instruction lisait Jeune Afrique, les journaux du Monde, écoutait ce qui venait d’ailleurs et autour de la table nous faisait un compte rendu de ses lectures, de ses conclusions. Il terminait souvent son discours en traitant de l’actualité, en parlant de ce qui se passait au Canada, au Québec, dans le quartier. Il parlait aussi du passé. Il admirait la société américaine et nous disait qu’il fallait s’en inspirer, qu’il fallait voir le Monde comme un tout où chaque membre devait tantôt prendre son trou, tantôt s’imposer, toujours suivre sa voie.

Je ne comprenais pas toujours, j’y voyais plein de contradictions. Par exemple, ll fallait faire la vaisselle, faire le ménage, entretenir le terrain mais nous n’avions pas à aller à l’église ou tout accepter ce qu’on nous disait à l’école, surtout dans nos cours d’histoire. Confus et parfois frustré, je disais : si au moins nous avions une sœur, nous n’aurions pas à faire la vaisselle. Il faisait une moue et répondait toujours la même chose : Le hasard aurait pu faire que tu sois une fille et saches que tes frères auraient fait la vaisselle avec toi. C’est comme ça, y’a des choses qu’il faut faire et y’a des choses qu’il faut refuser de faire, ça c’est le juste respect (déjà entendu ce mot!) et ici c’est moi qui suis juge. Puis son esprit partait ailleurs. Il savait que ma mère aurait voulu une fille, il en aurait bien voulu une lui aussi, il aurait eu bien des projets pour elle, des projets de modernité.

Avec les années, l’époque du nationalisme vint, l’imposition du Français, langue officielle. Il nous disait : apprenez autant de langues que vous le pourrez mais chez vous il faudra toujours exiger qu’on vous parle en français. Encore une ambiguïté! Lors des événements du FLQ où l’armée s’était installée à côté de la maison (Base de Longue-Pointe) il disait : il faut parfois se battre pour se faire respecter, mais se battre, ça ne veut pas dire tuer du monde ou les enfermer. Allez donc comprendre! Parlait-il des felquistes? Des militaires? Jamais compris.

Avec les années j’ai fini par comprendre que vivre c’est se battre, mais pas pour vaincre, pour éviter de se faire bouffer. Je sais aussi qu’il est bon de défendre les autres à la condition qu’on sache se défende soi-même, que si le compromis doit exister, la compromission est exclue. Retour à la langue.

Eh oui, le gouvernement actuel ne peut éviter tout à fait le débat, c’est qu’ils sont de ma génération. J’apprends que mon gouvernement ne veut rien imposer pour que le français reprenne ses galons dans le monde du travail au Québec, on veut demander, inciter. Demander quoi? Si on m’avait simplement demandé de faire la vaisselle, je ne me serais pas exécuté. Il faut exiger certaines choses. C’est très simple. Le gouvernement doit tout simplement exiger que le français soit la langue parlée partout au Québec et surtout, chaque citoyen doit exiger la même chose. À partir de là, tout est possible, mais sans cela…. Y’a des choses qui sont incontournables.

Notez qu'on peut demander sans qu’une réponse négative ne soit envisageable, mais je doute que ce soit dans l’esprit du Parti libéral qui se fait élire par les votes de l’Ouest-de-l'Île. J’ai la curieuse impression de me répéter. Peut-être pour dire que l’usure se traduit en une patine toujours plus efficace contre les commentaires ou qualificatifs de ceux qui souhaiteraient lancer la serviette. Peut-être aussi pour signifier à ceux qui s’illusionnent en croyant que la bataille est vaine, qu’au contraire, elle est porteuse de vie.

Du coup, cela me rend heureux de voir tous ces peuples qui tiennent à être différents de nous, des gens chez qui l’identité est clairement exprimée, positivement. Étrange aussi ces gens qui méprisent le nationalisme, peu importe lequel. Ces mêmes gens se diront patriotiques. Quelle blague! Le nationalisme n’est rien de moins que le patriotisme des autres. Y’a des qualificatifs qui passent mieux que d’autres, mais derrière les mots il y a les idées et c’est ce qui compte. Tout serait donc question de respect, encore et toujours.

Patriotisme, nationalisme. Comme ces mots font peur, je peux les remplacer par d'autres, car plusieurs verront ces derniers comme historiquement porteurs d’événements malheureux. C’est que le respect, cette chose bizarrement ambigüe, brillait par son absence, chacun de ces mots ne peut être employé par ceux qui portent des ornières. D’un point de vue individuel, chacun voudrait se qualifier d’internationaliste, d’universel. Le problème c’est qu’à mes yeux il s’agit d’utopies. Comment peut-on s’ouvrir aux cultures d’ailleurs tout en faisant abstraction de la nôtre, pas de celle qu’on tente artificiellement de définir, juste celle qui fait ce que nous sommes, sans plus? La première chose dont on se rendra compte sera l’imposition par les autres de leurs propres valeurs, parfois exclusives et contraires à nos pensées. Serons-nous plus avancés? Il faut s’inclure dans l’universalité, modestement.

Il y a des choses qu’il faut accepter et d’autres qu’il ne faut pas accepter. C’est comme ça.

Accent Grave

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dimanche, mars 16, 2008

Acheter l'honnêteté

Nous apprenons que les chefs des partis politiques du Québec reçoivent, en plus de leur salaire, un revenu payé par les membres du parti, ce que les membres eux-mêmes ignoraient (sic).

Que penser de cela? Ils peuvent bien recevoir autant d’argent qu’ils le voudraient tant qu’il s’agit de fonds privés et imposés? C'est ce qu'on entend. Pas d'accord. Les spécialistes peuvent dire ce qu’ils veulent, les journalistes aussi, moi j’aime pas. Si tout est si anodin, pourquoi ces revenus ont-t-ils donc toujours été cachés?

Je ne suis pas naïf, mais je voudrais croire possible qu’une personne puisse devenir chef d’un parti tout en se contentant du salaire prévu pour la fonction. Et si, comme l’affirment de nombreux observateurs, il est normal qu’un parti politique paie un revenu additionnel au chef à même les cotisations des membres, je suppose qu’il serait aussi acceptable qu’on en vienne à des ententes semblables avec des candidats vedettes, avec des députés adverses que l’on voudrait attirer dans ses propres rangs? Vous me direz que cela ne se fait pas? Comment le savez-vous?

Certains affirment, le plus sérieusement du monde, qu’en payant davantage nos politiciens nous diminuons leurs chances de corruption! Croire cela c’est sous-estimer nos politiciens et leurs mécènes. Quel argument fallacieux! Cela revient à dire : en payant mieux nos chefs, nous n’aurons plus à nous soucier de l’honnêteté de ces derniers. Comme si l’honnêteté avait quelque chose à voir avec le revenu de chacun. Comme s’il n’y avait pas TOUJOURS moyen d’arrondir ses fins de mois. Nous avons vu des élus extrêmement riches profiter de leur poste pour privilégier leurs amis aussi très riches. Quel salaire aurait-il fallu leur payer?

Nos politiciens jouissent d’un revenu raisonnable, les dépenses de partis sont défrayées par le parti et celles reliées à la fonction sont couvertes par l’État. Cela suffit. À ce compte-là, un premier ministre devrait-il être payé plus qu’un joueur de hockey? Plus que le PDG d’une grande Banque? Il n’y a pas de limite, les règles sont connues dès le départ, où est le problème?

Quand la nouvelle est sortie, je me suis d’abord étonné du silence de l’opposition. J’ai vite compris que la tradition ne se limitait pas au Parti Libéral. Le PQ ne doit pas faire exception et quand Mario, le représentant du « vrai monde », a avoué profiter lui aussi d’une rémunération additionnelle je me suis dit : si le « vrai monde » est d’accord avec ça, je suis peut-être dans le champ. Mais voilà, je resterai dans le champ, quoi qu’on en dise.

Nous avons comme voisin les USA. Vous savez que les bonnes intentions ne suffisent pas pour se présenter aux élections américaines. Tout est une question de fric. Je n’aimerais pas que notre modeste coin de pays soit à cette image. Si on se laisse attendrir par des arguments aussi vides de sens que ceux qu’on nous sert depuis quelque temps, nous déraperons en ce sens. Il y aura toujours des compensations monétaires d’allouées à certains personnages, mais en faisant de la chose une règle cela contrevient à d’autres principes comme celui qui voudrait qu’un représentant se présente aux élections parce qu’il croit à quelque chose.

Accent Grave

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mercredi, mars 05, 2008

Notre Asile Poétique


Le WEB, la blogosphère, internet, employons le terme que l’on voudra, se rend partout dit-on. Partout? J’avoue qu’aujourd’hui j’aimerais le croire.

Je n’ai pas de bouteille pour mettre mon message et si j’en avais une je ne saurais pas dans quelle direction la lancer.

Marie , Alsacienne, poète, humaniste et super lectrice dont chaque commentaire était teinté d’un rayon lumineux, tu ne m’écriras plus. Ton dernier billet laisse sans mot quiconque le lit. Tu es une sacrée batteuse précieuse Marie.

Je n’ai certainement pas envie d’écrire un billet. Il y a de ces moments où aucun sujet, aucun texte, aucune élucubration n’a de sens. Cependant, le moins que je puisse faire c’est d’offrir la chance à d’autres de te lire, de suivre les événements des derniers jours par le biais des commentaires.

Allez lire ce très court texte de Marie, tellement, tellement… porteur de sens. Ses trois derniers mots : Portez-vous bien!

Accent Grave

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dimanche, mars 02, 2008

Grandes surfaces


Il existe des commerces si vastes et si garnis que cela me donne le tournis. C’est une image bien sûr, tout de même, ça me déconcerte au point d’oublier le motif de mon déplacement.

À ceux qui pestifèrent contre ces méga-hyper-géants centres commerciaux, contre notre monde axé sur l’acquisition extrême, rappelons que depuis toujours les grands marchés et grandes places commerciales ont la cote, plus que les temples, plus que les couronnements. Je pense à l’indescriptible marché de Chichicastenango (Guatemala), au Marché Central où enfant je vendais le miel de mon oncle, aux gigantesques magasins parisiens du XIX siècle (jusqu’à 5000 employés), au plus beau des marchés jamais vu par Cortez : celui Teotihuacan (Mexico) et encore, je ne connais pas grand-chose. Chacun de vous pense à un autre lieu visité ou décrit.

Le négoce est en nous. L’acquisition de biens réconforte, chaque achat fait office de trophée. Pour l’un il s’agira d’un tableau, pour l’autre d’un taille-haie. Il m’arrive d’acheter dans un grand centre spécialisé ce que le commerçant du coin avait en étal. J’aurais profité de la démarche pour jaser, socialiser un brin. Un non-sens? Tout a un sens. Pourquoi déployer tant d’efforts en apparence inutiles? Pour vivre la « vraie affaire ». Un trophée, ça se mérite, il faut jouer dans les ligues majeures et les ligues majeures ne peuvent être incarnées par un modeste commerce à l’humble bannière. Un marteau acheté du Super Entrepôt RONA n’a-t-il pas meilleure valeur que s’il provenait du Quincailler Ti-Gus? Un bricoleur digne de ce nom ne fréquente pas Ti-Gus. À la limite, Ti-Gus nous vendra un crochet pour suspendre un tableau, mais le marteau lui, c’est autre chose.

Un « vrai » magasin offrira cinquante modèles de marteaux, savamment disposés, chacun ayant son propre poids, conçus pour toutes les morphologies, spécialisés. Chez Ti-Gus, il n’y a que deux ou trois modèles, accrochés à hauteur de genoux. Enfin, si ça peut dépanner certains, moi j’ai ma fierté. Vous me comprenez, n’y voyez aucun snobisme.

Néanmoins, la palme d’or en ce qui me concerne, je la décernerais aux commerçants de l’électronique. Là, j’avoue ne pas être à la hauteur. Trop c’est trop. En tant que consommateur jamais rassasié j’y atteins mon niveau d’incompétence. Après cinq minutes, des étourdissements font valser mon esprit qui se pensait cartésien.

J’ai beau avoir un but précis, la multitude d’objets produits par tant de manufacturiers et comprenant tant de modèles, caractéristiques infinies dont la désuétude viendra le lendemain, je repars souvent les mains vides. Que de va-et-vient, de sons et de bruits. Ça me rappelle les casinos. Je souhaiterais une panne électrique. Que d’étals remplis d’indispensables accessoires. Comment l’homo erectus a-t-il pu survivre sans ces merveilles? Comment nous sommes-nous déplacés sans GPS? Comment s’est-on contenté d’un seul combiné téléphonique, relié au mur de surcroit?

Les gens déambulent avec un appendice à l’oreille. On se demande toujours s’ils nous parlent ou si c’est à l’au-delà qu’ils s’adressent. D’autres fixent un afficheur au creux de leur main. L’esprit multifonctionnel est sollicité par le cinéma-maison, l’ordinateur et les consoles de jeux qu’il faut vendre pour faire place aux modèles en route pour le magasin. Suis-je d’un autre monde? Mon monde professionnel est très technologique et en même temps il ne ressemble pas à ça. Quelque chose m’échappe. Chaque magasin ressemble à Disney World. Trop c’est trop.

À l’entrée du magasin, installé à un immense comptoir, un type qui pourrait être portier dans une boîte de nuit souhaite la bienvenue et à la sortie nous demande si nous avons trouvé ce que l’on cherchait. Je réponds toujours. Non, il vous manque un tas de choses, faudrait agrandir.

Accent Grave

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dimanche, février 17, 2008

Avec votre respect

Plus jeune, très jeune en fait, je me parlais tout le temps. Je n’ai pas changé. Aujourd’hui je me parle encore, toujours plus. Je m’engueule même et les arguments, d’un côté comme de l’autre ne manquent pas. Dans la rhétorique je ne ménage aucune technique, aucun élément pour convaincre l’autre, l’autre qui bien sûr est encore moi. Certains jours je dois me contenir car il m’arrive d’oublier qu’un ton élevé n’ajoute aucun poids à mes arguments. Par contre, je reste relativement poli envers moi-même, c’est la règle. J’ai le droit de m’attribuer quelques sobriquets, d’introduire certains gros mots dans mon argumentation. Je peux aussi me moquer de ma propre personne mais uniquement à l’intérieur de certaines limites. Je n’ai pas le droit par exemple d’en venir aux coups, de me taper sur la gueule. Bref, je me défie tout en me respectant, je balise. D’une fois à l’autre, les balises se déplacent mais enfin, je suis humain et ce n’est pas mon pire défaut. Et je me pose la question : c’est quoi ça le respect?

Le respect est une chose importante, enfin, on m’a élevé avec l’idée que toute personne, même moi, a droit à un respect minimum. Sur quelle base risque-t-on cette assertion? Pourquoi poser cette question ? Pour faire chi…. Et parce que c’est dimanche, je bosse pas. Je demeure circonspect car tout le monde n’a pas la même perception du mot. Ce fameux respect ne semble pas lié à notre être. Parmi les signes vitaux observés à la naissance, aucun médecin ne s’inquiète de notre niveau de respect. S’agirait donc d’une invention sociale… pas même une convention.

Le respect ne serait pas un paramètre relié à l’inné. Quelle découverte! Cette exclamation ironique peut venir de mon « autre moi » ou de vous, formidables lecteurs et je ne vous en veux pas car ce qui est évident est évident. Nous avons tous entendu des expressions du genre « le respect ça se gagne » ou le « respect ça se mérite ». C’est tout dire? Non, il en existe d’autres comme « chacun a droit au respect ». Un droit? Absurde.

Finalement, ne s’agirait-il pas d’une ultime forme d’espoir, un espoir de dignité? Les hommes (ainsi que quelques femmes) capables des pires ignominies souhaiteraient croire qu’un vague mais très digne sentiment de noblesse, appelé respect, saura les empêcher de sombrer dans les abysses de l’abjection, le respect ferait office de brides comportementales. Une vue de l’esprit! Que d’illusions estompées!

Ces concepts sont toutefois bien utiles en société, sur tous les plans. Ainsi, vous pouvez « imposer » le respect. Comment s’opposer à quelque chose qui n’existe pas mais qui est très digne? Respectez le silence, respectez les diverses opinions, respectez l’autorité (hyper utile) et sur une affiche à l’entrée d’un village « Respecter la Vie de nos Enfants» et les vieux alors? Très utile le mot, il peut servir à tout et son contraire. Le respect permet de ne pas se traiter de con et de penser que les autres le sont. Quand une phrase commence par « sauf votre respect », soyez assurés qu’il n’y en aura aucun. Certaines marques de respect sont de véritables insultes.

Il y a du beau aussi, de la véritable noblesse. Respecter pourrait signifier admettre le naturel. Une telle attitude désarme, calme. Mon défunt père (on est toujours un peu plus noble une fois mort, n’avez-vous pas remarqué?) disait que le pire des truands avait droit au respect, que c’était la seule façon de lui en inculquer. Se respecter soi-même pourrait équivaloir à s’accepter tel que l’on est pour ensuite accepter l’autre. Jolie piste que je laisse à d’autres car moi, je suis pas très fleur bleue.

Toujours est-il que notre langue manque de mots ou permet à trop de mots de signifier trop de choses et surtout de s’accoupler de manières obscènes. Le respect ça se gagne, s’obtient, se perd, se réclame, se retrouve, se conserve, s’exige, s’impose (avec une arme c’est très efficace), se demande, s’achète, s’assure, s’inculque, se voue, se prône, se manifeste, …etc.

Comme tout le monde, je continuerai d’employer le mot à toutes les sauces mais cette semaine je m'étais juré de traiter du sujet, peut-être parce qu'un type que j’ai toujours considéré irrespectueux, a fait la morale à d’autres au sujet du dit mot.

Peut-être savez-vous avec précision ce que signifie le respect, vous me le direz, je vous lirai, en tout respect.

Accent Grave

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samedi, février 09, 2008

Éclair de génie


Pauline, celle qui aspire devenir première ministre du Québec, voire présidente d’un Québec indépendant, suggère que les cours de géographie et d'histoire soient dispensés en anglais.

Tant qu’à faire, pourquoi ne pas offrir les cours de français en anglais? Il en résulterait des périodes libres puisque les cours d’anglais et de français seraient simultanés. Pas folle la Marois!

De plus, comme personne ne parle un français correct, des professeurs anglophones pourraient donner ces cours de français… en anglais. Fallait juste y penser.

Un instant, j’ai un appel.

C’était Marois, elle me réserve le ministère de l’Éducation.

Accent Grave

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dimanche, février 03, 2008

Les collectionneurs


Quelle chose intrigante que la collection, un domaine qui titille ma curiosité. J’aurais voulu étudier la chose, mais le sujet est si vaste que l’effleurer me donne le tournis. Tout de même, en psychologie j’en aurais fait ma thèse.

Qui dans sa vie n’a pas amassé quelques objets de même nature? Deux échantillons constituent un début de collection. Pourquoi s’arrêter? Ajoutons quelques dizaines d’objets et pourquoi pas des milliers. Devant les visages ahuris, construisons une rallonge à la demeure pour exposer nos spécimens acquis lors de périples dédiés à la chose. Ce sera sans fin.
C’est ici que le bât blesse car toute chose se termine, nous avons tous une fin. Qu’adviendra-t-il de ces milliers de bouchons de bouteilles ou de petits éléphants blancs quand il faudra casser maison ou passer l’arme à gauche? Quel chanceux héritera du trésor? Poser la question au collectionneur relève de la cruauté, ne faites pas ça.

D’éminents savants affirment qu’une collection incomplète (toujours le cas) alimente l’illusion d’une vie éternelle. Impossible de mourir tant que l’œuvre restera incomplète. Cela justifie les dépenses, les voyages, la retraite, donne un sens à une vie qui en a besoin. Cette occupation facilite aussi le passage d’épreuves. De tout ce que j’ai pu lire ou entendre, c’est ce que je retiens.

Pour une raison ou une autre, quand le sujet est abordé je remarque les expressions condescendantes. Si l’on accepte qu’une personne riche collectionne des tableaux, l’argent cautionne tout, on se surprendra qu’un homme ou une femme collectionne des lacets de souliers. Pourtant, je vous défie lecteurs assoiffés d’érudition, de ne pas apprécier un bon reportage sur la chose. Nous découvrirons que ces objets d’apparence insignifiante représentent un aspect de l’histoire humaine, un morceau du grand casse-tête. Pas facile de croire pareille assertion, car nous sommes conditionnés par la valeur monétaire octroyée à chaque objet.

Conservateurs, archivistes et bibliothécaires vous confirmeront que c’est grâce aux amateurs privés que certains trésors se retrouvent chez eux. Aucun fonctionnaire motivé et travaillant pour le patrimoine ne sera aussi efficace qu’un collectionneur privé que rien ne rebute pour acquérir quelque objet rare. En fin de compte plusieurs collections iront aux institutions publiques. Devant l’inéluctable, le plus vaillant des collectionneurs sera heureux d’apprendre que sa quête ne fut pas vaine.

On se souviendra de ce Montréalais qui par le troc (via Internet) et à partir d’un simple trombone a obtenu une maison. Son meilleur coup fut d’échanger une boule à neige qui manquait à la collection d’un chanteur populaire en échange d’un rôle dans un film. Notre homme a compris que le troc atteindrait son paroxysme s’il comportait un collectionneur.

Quoi qu’il en soit, il reste un côté amusant. Je souris en pensant à ce que l’un et l’autre collectionnent. J’ai en mémoire cette blogueuse qui conservait ses rognures d’ongles, cet autre qui recherchait les bouchons de tubes à pâte dentifrice ou ce troisième qui empilait les sacs de poubelles. Qu’en penser? Êtes-vous tégestophile (collectionne les objets ayant rapport avec la bière) ou pouffophile (collectionne les poufs) ? Attention, il pourrait s’agir d’une phobie, rien à voir avec la collection. Ces gens ne peuvent se départir de leurs objets tant que chaque pièce de la maison en soit remplie et que ça devienne invivable. Une insécurité maladive en serait la cause. Ne perdez pas espoir, ça se soigne.

Et moi, qu’est-ce que je collectionne? Moi? Rien, je suis normal moi. Heuuu… pas tout à fait. Sans dessein précis ou technique reconnue, je conserve les livres lus. Pas pour les musées, j’ai seulement espoir qu’un jour mes enfants les liront. Chacun a son prétexte, c’est le mien. Enfin, il reste encore un peu de place dans la cuisine.

Accent Grave

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dimanche, janvier 27, 2008

Grillade d'été


Au début d’août, comme chaque année, on se réjouira du spectacle qu’offrent les perséides. Dans ma grande naïveté, je pensais qu’il s’agissait d’étoiles filantes. Erreur, ce sont des larmes, celles de St-Laurent.

Saint-Laurent? Un grand fleuve porte son nom, une ville aussi, un cépage rouge, une station de métro, un couturier, un ex-premier ministre, un tas d’églises ainsi qu’un important boulevard à Montréal.

J’ai lu sur un blogue (désolé, sais plus lequel) que ce Saint serait le patron du rire. Intrigué, j’ai fouillé ça, en vain, mais j’ai appris autre chose, des choses qu’un bon pratiquant, ce que je ne suis pas, doit savoir. Je partage mes trouvailles avec vous.

Laurent naquit en Espagne entre 210 et 220, à Huesca. Brillant élève doté d’une « délicatesse d’âme », il fit des études humanistes et liturgiques à Saragosse où un enseignant le remarqua. Ce maître deviendra pape en 257. Amoureux de Rome, ils feront équipe jusqu’à la mort.

Nommé pape, Sixte II fait de Laurent son archidiacre. Sa tâche consistait à garder le trésor de l’Église et distribuer les revenus aux indigents (les traditions se perdent !). Un diacre est ordonné au service de la charité. Le martyre, jusqu’à l’effusion de sang, doit être considéré comme l'expression d’un amour-charité sans limites.

Les jeux du pouvoir étant ce qu’ils sont, l’Empereur Valérien décida d’éliminer les hommes d’Église et faire main basse sur leur trésor. Le préfet Dèce fut l’exécutant et commanda la décapitation du pape.

Sachant le pape condamné et souhaitant devenir martyr, Laurent suivit les conseils que son maître lui prodigua avant de perdre la tête, soit de remettre aux pauvres le trésor dont il était dépositaire. Le pape lui dit aussi que sa mort serait glorieuse et qu’elle suivrait la sienne trois jours plus tard.

Laurent s’exécuta et profita de l’occasion pour envoyer à ses parents la coupe utilisée par le Christ lors de la Cène (tant qu’à faire).

Toujours à la recherche du butin, le préfet de Rome exigea de Laurent les biens de l’Église. En réponse, Laurent aurait présenté orphelins, boiteux et pauvres au préfet en disant que le trésor de Rome c’était eux (touchant). Offusqué, le préfet promit au diacre une mort lente précédée d’une terrible agonie (ici, j’ai une pensée pour Vincent Lacroix).

Grillade :

On fit d’abord déshabiller l’homme pour le fouetter avec des instruments garnis de plombs (question d’attendrir la viande), on l’étendit ensuite sur un gril (cathasta) sous lequel des charbons à demi allumés devaient consumer sa chair peu à peu. Notez que les versions varient d’un texte à l’autre au sujet des charbons, certains affirment qu’ils étaient ardents, moi je préfère le feu moyen.

On rapporta que la torture fut subie sans plainte, sourire aux lèvres et notre Saint aurait même dit : « Voici misérable, que tu as rôti un côté, retourne-moi sur l’autre côté ». Admettons une chose, il avait le sens du spectacle le gars.

Toujours est-il qu’il finit par mourir grillé. On l’enterra avec des aromates (j’ai bien lu ça !) et devint martyr.

Plusieurs écrits affirment que les deux hommes (pape et diacre) combattaient à savoir lequel mourrait le premier pour Dieu, l’important étant que l’amour-charité gagne sur les feux de l’enfer (encore sic). St-Laurent fut nommé de Laurier parce qu’il remporta la victoire sur le martyre. Il paraît que Dèce en serait devenu confus, se sentait défait et que la Rome entière pleura St-Laurent sur sa tombe (toujours pareil!).

Des tas d’églises, basiliques et autres monuments furent érigés et consacrés à sa mémoire.

C’est le 10 août que l’on fête St-Laurent et ce que l’on prend pour les perséides, ce sont ses larmes, celles pleurées par St-Laurent quand il apprit la mort de son ami Sixte II.

La conclusion (la mienne)

Si vous avez en tête une citation ou une répartie de qualité, attendez le bon moment pour la dire, vous pourriez ainsi passer à l’Histoire et si un 10 août vous allez prendre une grillade sur la Main (St-Laurent) et qu’en regardant le ciel vous apercevez des perséides, pensez à lui.

Ma version de l’Histoire n’a rien de scientifique, mais elle résulte tout de même de quelques lectures que je suis incapable de considérer plus sérieuses que mon texte malgré le décorum des mots glorificateurs, pompeux et surtout, interprétés. L’histoire sainte m’intéresse peu, mais les Hommes me fascinent. Si seulement je pouvais vivre 1000 ans pour tout lire !

J’espère ne pas vous avoir trop ennuyé mais après mes lectures, vous comprendrez que par charité chrétienne je devais vous faire souffrir un brin ! Pas nécessaire de me remercier.

Accent Grave

P.S. En passant, St-Laurent est le Patron des pauvres.

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lundi, janvier 21, 2008

Contre-nature

Le salon de l’automobile accueille ses visiteurs. Quelques collègues étaient anxieux de s’y rendre. Leurs motivations? Sais pas, ils en ressortent toujours déçus. Pourquoi y retourner? Faisons un effort pour comprendre.

La voiture est à mes yeux une merveilleuse invention qui n’a pas su évoluer. Une invention pernicieuse puisque l’objet qui devait s’avérer utilitaire ou récréatif a fini par prendre le contrôle de nos vies, de nos économies. Autour de nous, tout est conçu en fonction de l’objet, il dénature.

Un homme marche dans la rue. Que fait-il là? Il va se faire écraser l’idiot! Pourtant, notre homme ne fait que se déplacer, naturellement. N’empêche qu’une chose cloche, l’homme marche dans la rue et ça c’est contre-nature. Cet homme nuit à la circulation, il risque l’écrabouillure. On ne dira pas que l’automobiliste a heurté l’homme, on dira que l’homme s’est fait happé. Nuance socialement acceptée.

Essayez de construire une maison en banlieue ou un condo à Montréal sans prévoir d’espaces de stationnement, inimaginable, Illégal même. On déneige les rues avant les trottoirs, ces machines tuent sans que procès s’en suive. Chez vous, un invité se blesse. Vous devez le dédommager puis corriger la situation périlleuse. Dans la rue, une voiture écrabouille un jeune et vous entendrez: « pauvre enfant, mais que faisait-il dans la rue! ». C’est dire la place qu’occupe la voiture!

Tordu mon billet? Normal, je suis le roi des tordus. La preuve? Je possède une voiture. À chaque fois que je monte à bord je me dis : est-ce une merveille technologique ou un reliquat du passé? Elle pollue, produit des décibels, tue, enlaidit le paysage et coûte cher. En comparant cette chose à n’importe quelle autre invention je réalise qu’en plus de cent ans, elle n’a pas évoluée, ou à peine. Même l’économe qui me sert à éplucher mes patates a évolué mais ma bagnole fonctionne avec le même vieux moteur à explosion que la Ford modèle T.

J’ai toujours bossé dans la haute technologie et suis ébahi par ce qui se fait mais quand je regarde mon bazou qui ne détecte ni les limites de vitesse, ni la présence d’un enfant ou d’un objet devant lui ça me désespère. Au lieu de cela, on fait gonfler des ballons par en dedans pour atténuer le choc! Depuis trente ans, l’avion atterri seul dans la tempête et le brouillard mais ma voiture ne sait suivre la route de façon autonome. Nos voitures retardent. Malgré cela, à chaque année on se pâme à l’annonce d’un nouveau gadget, plus souvent qu’autrement un truc de divertissement, un bidule luxueux.

Les magnats de l’industrie seraient-ils responsables de l’affaire, comme tant de gens l’affirment? Je pense aux Rockefeller qui à eux seuls contrôlèrent l’industrie pétrolière mondiale pendant plusieurs décennies. J’entends ces hommes et ces femmes qui « connaissent» quelqu’un ayant inventé une voiture plus efficace, non polluante et qu’on aurait acheté ou fait disparaître (sic).

Un doute subsiste. J’ai en tête autre chose. L’homo-automobilus serait-il le problème? On dirait que le «phénomène voiture» est relié à une région du cerveau humain. Le véhicule personnel fusionne à l’individu, à sa personnalité. Je n’aurais jamais pu draguer les filles avec mes minounes mais si j’avais possédé de rutilants bolides ma vie n’aurait pas été la même. Les femmes ne sont pas insensibles à la chose non plus. Le son que produit un puissant moteur caché sous une carrosserie sportive serait-il le gage d’un bon parti, la garantie d’un mâle digne d’une bonne descendance? Bon sang, comment expliquer cette fusion entre les esprits et de simples objets inorganiques? Cette relation contre-nature engendre des contradictions multiples.

Nos gouvernements souhaitent forcer les manufacturiers à développer des véhicules moins gourmands. Des voitures économiques existent déjà alors qu’on se déplace en pick-up pour acheter douze balles de golf! En modifiant nos comportements, la consommation pourrait diminuer des deux tiers aujourd’hui même, sans rien changer à la technologie. Attaquons-nous donc au psyché collectif, réglons nos problèmes relationnels avec la machine.

Y’a pas mal de travail à faire d’autant plus que tout est justifié par les fameux «besoins». Il parait que pour notre climat, c’est un SUV dont on a besoin. Les SUV sont ces mastodontes de forme absolument pas aérodynamique équipés de gros pneus qui coûtent cher, qui vous dépassent à toute allure lors de tempêtes et que l’on revoit dans les fossés un peu plus loin. Il faut aussi de gros motorisés pour emmener la famille en vacances, il faut un camion pour aller pêcher et c’est pratique pour déménager un divan ou emmener les enfants au hockey. Des besoins infinis.

Pour revenir au salon, les chroniqueurs vous diront que l’industrie évolue, que de plus petits véhicules se conçoivent. Est-ce à dire que les besoins changent? Un besoin ça ne peut pas changer, à moins que ces besoins n’en soient pas vraiment. Mais là, je divague, j’attaque quelque chose de sacré.

Demain, je demanderai à mes collègues s’ils ont su combler leurs besoins.

Accent Grave

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dimanche, janvier 13, 2008

Le meilleur ami

- Veux-tu être mon ami?

- Ok.

Une alliance venait de naître, nous devenions amis à jamais, solidaires, constamment ensemble, tantôt chez les indiens, tantôt chez les cowboys, toujours dans le même camp. Dès le début, on s’entendait sur le Monde tel qu’il devait être. La porte de la demeure familiale s’ouvrait à l’autre, nous partagions les spécialités culinaires de nos mères (popsicle, grilled cheese et autres merveilles) et rassurions le père de l’autre sur le métier que pratiquait le nôtre.

Nous avions des copains, mais seulement un «meilleur ami». Ces amitiés pouvaient durer des années. Être ensemble nous suffisait, ne rien faire entre amis, ce n’était pas rien faire.

Et puis… le fatum se pointait sous la forme d’un déménagement, d’un changement d’école ou pire, parce que l’ami réalisait une autre alliance, avec une fille. Haute trahison, impardonnable.
On se souvient d’une peine d’amour. Il ne faudrait pas oublier notre première peine d’amitié. Marquantes ces cassures amicales, surtout celles teintées d’absolutisme. On n’en meurt pas sauf que trop de déceptions amicales provoquent l’érosion de cette notion, nos exigences amicales s’amoindrissent et le mot devient anémique. Beaucoup de mots disparaissent. Ceux qu’on ne prononce jamais meurent comme une plante oubliée. D’autres meurent parce qu’on les emploie à outrance. Ils perdent leur sens et deviennent des morts-vivants. Ça se produit avec l’«ami».

Les amis de Face Book en sont-ils? Jean Coutu est-il votre ami? Nous avons des amis partout, mais avec qui partageriez-vous votre popsicle? Pour les uns, un ami entre et sort de chez lui à son gré, partage tout. Pour les autres, un individu rencontré une fois mérite d’être couronné «ami». Je me demande si l’amitié absolue dont plusieurs se targuent ne serait pas illusoire. Même mon chien, le meilleur ami de l’homme, préfère son cookie fait maison à son maître. On repassera pour l’ami!

Je vous demanderais quels sont vos amis, vous écririez des noms sur une feuille. Suivraient les ratures, car ceux qui ne disent pas tout, ceux qui médisent ou qui ont trop d’amis ne peuvent être vos amis. On pardonne plus facilement à l’amoureux qu’à l’ami. Et puis, il y a les vrais amis, les meilleurs amis, les amis fidèles, ceux sur qui on peut compter, il y a aussi les amis d’autrefois. En fin de course, combien de noms resteraient sur votre liste et ces noms seraient répartis en combien de catégories?

Tant de choses furent écrites sur l’amitié. Je suis d’avis que le mot sied bien à l’enfance, plus tard, ça se complique.

Avec les ennemis c’est plus simple; un ennemi est un ennemi. On peut compter sur eux, ce sont des balises fiables, un peu comme ces poteaux le long d’une route enneigée qu’il faut éviter mais dont la présence indique la position du chemin. Perdre un ennemi c’est grave ça aussi, mais en général on les a pour la vie.

Revenons aux amis, sachez qu’au moment d’écrire ces lignes je n’en ai aucun, à part mon chien, fidèle ami. Je n’en ai aucun car je suis seul dans mon bureau. Par contre, dès que je suis en présence de quelqu’un qui se voudrait mon ami, il le devient. Je peux donc être l’ami d’un parfait inconnu comme d’une vieille connaissance. Mon amitié est momentanée. Pour des raisons pratiques, quand un individu devient mon ami à chaque fois que je le vois, je dirai de lui qu’il en est un.

Je veux dire qu’avec moi il n’y a aucun contrat, peu ou pas de conditions particulières, pas besoin de partager une opinion mais en avoir une constitue un atout. Vous pouvez choquer l’humanité au complet, si vous vous comportez comme il le faut avec mon chien et moi-même vous serez éligible à mon amitié. Je suis à l’image de ces compagnies d’assurance-vie qui assurent les vieux croutons sans enquête médicale.

En revanche, je n’offre aucune garantie sur l’amitié, pas d’exclusivité et aucun terme. À chaque rencontre il faut redevenir amis. N’ayez crainte, c’est un processus agréable. Je ne suis pas pot de colle, je contacte rarement mes amis. Si j’impose peu de conditions aux amis, ils ne peuvent en imposer non plus.

La plupart des gens aiment croire qu’ils ont des amis, ça rassure. Je comprends ça mais je préfère ma formule, car en tout temps je peux me faire des amis, sans craindre la trahison, les conditions. Compte tenu de ma nature « tout ou rien » c’est plus commode. Vous rétorquerez que mes amitiés sont éphémères, je l’avoue, mais les vôtres aussi. De plus, je ne suis contraint à aucun entretien, car parait-il, une amitié doit être entretenue.

En y pensant bien, je me demande si Face Book, ce n’est pas un peu ça!

Accent Grave

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vendredi, janvier 04, 2008

Le Père Noël est un Chinois




Cadeaux :


Vous avez tous reçus de merveilleux présents à Noël. Dites-moi, le Père Noël est-il Chinois? En jetant un coup d’œil sur les cadeaux offerts aux uns par les autres, s’il ne s’agissait pas d’un livre, d’un CD ou d’un objet d’art, ça venait de Chine. L’exception existe, ça pouvait venir de Malaisie ou à la limite du Mexique mais bien peu d’articles avaient été manufacturés en Occident. Promenez-vous dans nos temples d’achats, difficile de trouver quelque chose d’ici et si vous êtes dans la section des jouets, de l’électronique ou de la guenille c’est carrément impossible.

J’ai pensé ceci : que se passerait-il si soudainement il fallait manufacturer nos propres machins trucs? Le monde du travail s’est transformé depuis vingt ans. Les femmes se sont jointes aux hommes, mais surprise, malgré la disparition de secteurs industriels complets, le taux de chômage est plus bas que jamais et la main d’œuvre spécialisée fait défaut.

Tout compte fait, peut-être est-ce mieux ainsi (un doute quand même!). Le secteur manufacturier est un milieu rude, souvent mal payé, je n’ai qu’à penser aux industries reliées au textile, c’était l’enfer, aussi bien qu’elles soient ailleurs. Mais que se passerait-il si nos pays boycottaient l’Asie, si le prix du transport (de l’essence) décuplait, si des taxes phénoménales étaient imposées aux pays pollueurs (oups! Le Canada en est un!)? Autrement dit, qu’adviendrait-il s’il fallait produire ce que nous consommons? Je sors de l’esprit des fêtes, mais pas tout à fait, soyons honnêtes, l’esprit des fêtes n’est pas étranger à un certain mode de consommation.

Je me pose régulièrement cette question quelque peu tordue. Ceci étant dit, j’enchaine avec le 1er janvier, dit le jour de l’An.

Si nous pouvons éviter la tourtière ou les excès de table, il en va autrement des résolutions. Admettez que ces foutues résolutions effleurent votre esprit à chaque 31 décembre. Plusieurs m’ont dit ne plus en prendre. C’est idiot, c’en est justement une ça! Il y a aussi ceux qui gardent leurs résolutions pour eux, pour éviter l’échec. Évitons plutôt ce sentiment. Si manquer à une résolution n’est pas bien grave, ne pas adopter au moins une résolution en début d’année c’est peut-être manquer d’espoir. J’exagère mais faites comme si...

Plus jeune, en sortant du confessionnal, j’acquittais le prix de mes péchés avoués en récitant mes trois Notre Père et je me sentais purifié, débarrassé de mes taches et surtout résolu à ne plus me battre avec mes frères, à ne plus mentir à ma mère. Ça ne dure pas car les péchés aussi ça fait du bien mais pendant quelques minutes j’étais bel et bien résolu à une bonne conduite. C’était ça l’important. Sans résolutions, ces bons sentiments, même éphémères, n’auraient pas vu le jour.

Allons, quelles sont vos résolutions? La mienne? Puisque vous insistez la voici, et c’est là que tout s’amalgame : en 2008, tous les cadeaux que j’offrirai aux gens devront provenir d'ici ou à tout le moins de pays où les salaires sont respectables, où les droits humains, dans une bonne mesure, honorés.

Ce sera ma façon d’encourager une certaine vision de la globalisation. Ma seule crainte sera de faire quelques malheureux.

Bonne Année à tous!

Accent Grave

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dimanche, décembre 23, 2007

Avancez en arrière


Récemment je suis tombé sur une chronique de Dany Lafferière, auteur et analyste social que j’apprécie. Il commentait l’intervention de Ouellet concernant un pardon que son église réclamerait pour des "erreurs" commises au Québec lors d'une certaine période. Ça ressemblait à un pardon plutôt mou en rapport avec quelque chose de flou. Entrer dans les détails serait s'incriminer, que je me suis dit. Se sentir obligé de demander pardon de cette façon c'est très judéo-chrétien ça. Dans mon esprit, le pardon c'est autre chose. Un pardon, ça s'octroie sans qu'on le dise, le pardon c'est la non-rancune.


À l’instar de nombreuses personnes, connues ou pas, Ouellet a profité de la burlesque commission d’écoute publique Bouchard Taylor qui devait porter sur les accommodements saugrenus pour faire passer son message.


Quel message? Un message destiné aux jeunes, à ceux qui ignorent le passé religieux québécois, peut-être même ceux qui ont dix ou quinze ans. Ce premier message, toujours selon Lafferière, serait un ballon-sonde. Cela ferait partie d’un vaste complot, d’un plan bien ficelé.

La vague conservatrice qui sévit depuis plusieurs années en Occident, la peur et l’incertitude qu’engendrent l’arrivée de nouveaux venus aux mœurs et religions inconnues, le fait que nos dirigeants répètent sans se fatiguer que de dangereux terroristes sont partout, cachés, prêts à jaillir, influence dans un sens ou dans l'autre à peu près tout le monde. Chose certaine, ça complique nos vies, suffit de se promener pour le réaliser.

Assaillis de partout et occupés comme nous le sommes, pas évident de se faire un portrait global. Au mieux, nous aiguillons notre réflexion sur certains faits isolés. Petit à petit on nous a retiré nombre de libertés individuelles. L’action de nos gouvernements étant en bonne partie dictée par la droite conservatrice, la droite religieuse venant du sud. La méfiance collective et la suspicion atteignent aussi des sommets. Plusieurs n’admettent pas ça, préfèrent croire au réalisme. C'est une façon de voir les choses, ou de ne pas les voir…

Toujours est-il que selon Dany, l'église profiterait de ce climat particulier pour tenter un retour ou pour entamer un " renouveau ".

À mon avis, l'Église catholique est loin de la coupe aux lèvres au Québec. De plus, je me suis toujours méfié de ces gens qui voient des complots partout, qui expliquent chaque événement par des stratagèmes aussi complexes que finement élaborés. La plupart d'entre eux expliquent toujours tout après le fait, en rattachant des événements n'ayant rien en commun. Je ne crois pas que les choses se passent ainsi, pour tout, tout le temps. En fait, les plans compliqués qui réussissent tels que dessinés constituent l'exception.

Sauf que… si on s'intéresse à l'histoire, force est de constater que des complots, des plans sophistiqués, des conspirations, des ruses, ça existe bel et bien et l'Église catholique omniprésente, formidablement structurée et dotée de savants stratèges ne peut clamer un dossier vierge en ce domaine.

Beaucoup de mots finalement pour dire que lorsque je vois Ouellet, surnommé Monseigneur par ses pairs, je ne peux l'écouter sans me demander ce qu'il trame, surtout quand il s'exprime à la commission Bouchard Taylor pour rappeler aux Québécois qu'elle est leur vraie religion et demander, comble du ridicule, un accommodement pour la majorité en réclamant du temps de propagande dans nos écoles.

Ne sous-estimez pas cette institution deux fois millénaire ayant connu plus d'une période creuse, elle sait rebondir. L'homme est incapable de vivre sans croyance religieuse et l'église est naturellement opportuniste, facile de faire un " match ".

Accent Grave

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samedi, décembre 08, 2007

Croissance personnelle

Si le temps peut avoir quelques conséquences désagréables sur nos vies, je pense aux petits et gros bobos, la perte d'une certaine agilité physique et une énergie qui n'est plus sans limites, il existe d'autres aspects qui compensent largement.

Dans la boîte où je travaille, il y a beaucoup de jeunes, des ingénieurs comme des gens de métiers. Je dois contrôler et approuver leur travail, parfois leur demander de retourner à leurs planches, de reprendre un travail douteux. Plus jeune j'aurais manqué de crédibilité et de coudées franches. La compétence joue un rôle, mais sans les années accumulées, sans avoir vu couler de l'eau sous les ponts, la chose serait plus ardue, les conflits plus nombreux.

Au fil des ans, on s'endurcit, les petites méchancetés, les propos méprisables ou déplacés nous atteignent moins. Une carapace s'est formée. Une de mes nombreuses marottes est la suivante: À ceux qui parlent dans mon dos, mon cul vous salue. Avant que le vase ne déborde, je ne me gêne plus pour mettre le bouchon, fermement.

On pense moins aux conséquences. Si les réflexes physiques sont un peu moindres, on ne perd plus d'énergie à calculer ce qui adviendrait en cas de réplique, en cas de saute d'humeur. On pète tout simplement la coche, juste comme il se doit. Cela clôt généralement le bec aux plus arrogants et par voie de conséquence, les limites à ne pas franchir sont annoncées. Qu'on nous boude, que l'on reste avec un peu d'amertume est sans importance. On sait où se trouve le bon sens et la majorité des gens reconnaîtront cela.

Il faut toutefois reconnaître ses torts et se montrer magnanime à l'occasion. Rire de soi, de ses erreurs, ne fait pas de tort non plus. Cela ne démontre pas une faiblesse, mais plutôt de l'assurance.

C'est parfois plus délicat, lorsqu'il s'agit de la famille ou de proches par exemple, mais aujourd'hui, je ne tolère plus qu'on piétine ma plate-bande. La tolérance et même la bienséance ne sont pas sans limites. Repousser les attaques indirectes et sournoises de manière brusque et directe peut devenir nécessaire et règle bien des choses. Chacun a le droit et peut-être même la responsabilité d'agir ainsi, de protéger sa vie comme on protégerait sa forteresse, sans avoir à expliquer quoi que ce soit.

Dans la même veine, passé un certain âge, nous devrions avoir compris que plaire à trop de monde est malsain, anormal. À ramper comme un ver, le risque de finir écrasé est élevé. Un brin d'indifférence face aux attentes des autres ne peut faire que du bien. Dès qu'on cesse de se préoccuper démesurément des autres, notre propre qualité de vie s'améliore. Cela se travaille, par entraînement ou naturellement. Agir ainsi devrait être recommandé par le médecin.

Ce qui compte finalement, c'est être soi-même, cohérent face à nos propres valeurs, à ce que l'on veut vivre.

Accent Grave

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mercredi, décembre 05, 2007

Un p'tit mot de Kees, pour son livre...


Repéré par Kees à qui on a probablement indiqué l'adresse de mon blogue...

Voici un message reçu de lui:
Salut XXXXXX, alias "Accent grave".

Je découvre ce matin le texte que vous avez écrit sur "L'enfant de l'ennemi". Comme vous dites, il (Kees) ne saura pas que j'ai "pluggé" son livre.

Merci de ce beau texte qui me fait un grand plaisir et qui reflète bien ma philosophie de vie. Ça fait plaisir de trouver un "cadeau" comme ça un lundi matin enneigé.

Pour ceux qui cherchent le livre, toute librairie pourrait le procurer.Un petit secret à ne pas dire aux libraires : j'en ai chez moi que je peux fournir à titre d'auteur pour 8$, signé et dédicacé.

Kees
keesv@sympatico.ca

mardi, novembre 13, 2007

Pub pour un ami

Côté lecture, mes goûts sont éclectiques, je m'éparpille. Néanmoins, j'affectionne les "grands" auteurs, ceux qui ont passé l'épreuve du temps. C'est par paresse que je lis les "grands". Je laisse le temps, les années, les siècles, travailler pour moi. Il filtre parmi les innombrables publications ce qui doit mourir avant de naître, ce qui doit mourir après un succès momentané, quand la mode n'est plus. Survit ce qui n'aura jamais d'âge, ce qu'on lit en croyant à tort que ce fut écrit hier.

Mais je ne suis pas fait d'un seul bloc, les livres modernes me distraient aussi, m'intéressent, me prennent aux tripes. Je suis mauvais pour prédire ce qui aura de l'avenir, je suis injuste aussi car plusieurs auteurs peu connus méritent notre attention. Certains billets que je lis sont formidables et plusieurs resteront d'un grand intérêt pour longtemps. Cela vaut pour tous les genres, tous les styles. Donc parfois, je me laisse aller et je m'en remets au hasard sans me questionner.

Ainsi, dans la catégorie " récit écrit par un ami, auteur pas très connu mais pas dénué d'intérêt non plus ", j'écris deux mots à son sujet et qui sait, dans cinquante ans des chroniqueurs pourraient dire : Accent Grave avait parlé de lui.

La modestie du gars, sa sincérité et sa personnalité attachante méritaient que je parle de lui et de son p'tit dernier. Il se nomme Kees Vanderheyden. Pas simple son nom, désolé. Il y a quelques années, Kees a décidé de partager avec ses lecteurs une histoire assez particulière, une histoire vraie, vécue par lui, du genre qu'on aime entendre. Son histoire remonte a 1948. Pourquoi ne pas l'avoir écrite avant? Parce qu'elle n'était pas terminée, elle s'est poursuivie jusqu'à tout dernièrement.

Il n'y a pas de grands méchants loups dans son histoire. Il s'en trouvera pour dire qu'ils sont nombreux les méchants dans son livre et qu'ils sont vraiment méchants. Mais Kees ne dira pas ça. Il croît que la haine peut être amadouée, qu'il ne faut pas stigmatiser les méchants, que cela alimente la méchanceté. Enfin, vous l'aurez compris, il n'aime pas la guerre. Deux mots sur son parcours:

Kees est né en 1932 aux Pays-Bas et s'installe chez nous avec sa famille en 1954. Il sera professeur, journaliste et exercera pendant 25 ans le métier de planificateur et concepteur d'idées à Radio-Québec. Il est maintenant directeur du Centre de la Nature de Mont-Saint-Hilaire et est membre d'autres organismes locaux. Désireux de partager ses souvenirs d'enfance sous l'occupation allemande, il publiera 1994 un premier bouquin intitulé La Guerre dans ma Cour. Cet ouvrage ayant suscité l'intérêt d'autres personnes à l'enfance comparable l'incite, en 2001, à publier Enfants en Guerre.

… et en 2004, Kees, cet homme qui parle pour la paix, traite de réconciliation, de pardon. Il racontera dans un troisième livre, L'Enfant de l'Ennemi, une histoire très particulière:

En mars 1948, une petite fille au teint blême, valise en main, portant son nom sur un carton accroché à son cou, frappe à la porte de notre résidence. Elle s'appelle Traudi Berndl. Une infirmière de la Croix-Rouge l'accompagne. Elle vient du pays de nos ennemis, les Allemands, ceux qui ont occupé les Pays-Bas pendant cinq ans. Plus de 300,000 de nos concitoyens ont péri durant ces années d'occupation. Traudi, cette " fille de l'ennemi ", nous a pourtant apprivoisés à la réconciliation.

Traudi a le même visage et le même âge que ma petite sœur Troeleke, morte de la diphtérie au milieu de la guerre. Elle me fait penser aux enfants du soldat allemand qui, un jour de l’été 1944, m'avait montré la photo de sa femme et de ses cinq enfants, tous morts sous les bombes des Alliés.

Cinquante ans après sa visite, je veux retrouver celle que je surnomme ma " petite sœur ". La tâche sera ardue. De nombreuses années et un océan nous séparent. Tout ce qu'il reste de ces années et de cette rencontre, c'est une vieille photo de sa confirmation. Pas facile de retracer une personne dont on ne connaît même pas le nom de famille! Ce livre parle de nos retrouvailles et de son enfance sous les bombes.

À l'époque, dois-je le dire, il y avait peu de sympathie pour les Allemands qui avaient entraîné tant de pays dans cette guerre. Le dicton populaire à l'époque était celui-ci: Un bon Allemand est un Allemand mort. Et pourtant, la mère de Kees, déterminée à refaire la paix, elle qui élevait déjà six enfants accueillera cette fillette dans sa maison, une belle maison au toit de chaume qui avait été brutalement réquisitionnée par les Allemands pendant la guerre, une belle maison voisine d'un mystérieux cimetière juif! Les Heil Hitler et les Sieg Heil avaient résonné dans la maison familiale jusqu'au jeudi 27 octobre 1944, journée où les Canadiens libérèrent l'endroit. Cette maison devint alors un hôpital pour blessés de guerre. Le souvenir de la guerre était vif dans l'esprit des gens quand l'enfant de l'ennemi aboutit devant leur porte au terme d'un long périple à travers des villes en ruines.

Cette histoire vécue par lui-même est touchante, particulière. Je voulais écrire un peu là-dessus parce qu'autrement vous n'auriez probablement jamais entendu parler de ce livre qui n'occupera jamais le devant des présentoirs.

Certains croient que les horreurs impliquant des milliers ou même des millions de gens méritent plus d'attention que les cas individuels. Est-ce bien vrai? Ce que chacun de nous a de plus précieux c'est sa propre vie. 1,000,000 de morts, c'est 1,000,000 d'individus qui perdent leur unique vie. En ce domaine aucune multiplication n'est valable. Le sort et l'histoire de chacun valent peut-être autant que l'histoire de l'humanité. Enfin, on peut y réfléchir.

Finalement, ce texte est une "plug", et Kees ne le sait même pas.

Accent Grave

dimanche, octobre 28, 2007

Dichotomie

Vendredi dernier, des gens que je connaissais à peine nous avaient invités, ma copine et moi, à une soirée "bavardage". Pas vraiment ma tasse de thé (ou de café). Le mal léché que je suis a tout de même accepté d'y aller même si les moments libres dont je profite sont rarement partagés.

On se rencontre donc, à Montréal, coin Jeanne-Mance et St-Viateur, chez Pagel, un pâtissier très ordinaire. Comme nous étions en avance, on s'est garé à la Bibliothèque Nationale pour ensuite marcher la distance restante… à la pluie battante. Cela a son charme. Nous avons traversé plusieurs pays : l'Inde; la Grèce; le Portugal et ensuite Israël. Je pourrais ajouter le Liban, car depuis trop longtemps c'est à ce pays que ressemble le boulevard St-Laurent. À quoi bon voyager quand on a tout ça dans sa cour! Toujours est-il que nous sommes arrivés à l'heure convenue, un peu trempés mais débarbouillés de nos soucis de la semaine.

Nous avons causé de choses et d'autres. À un certain moment, la copine de l'autre apprend et s'étonne que l'on n'habite pas Montréal. Je découvre que pour elle et son copain, tout ce qui n'est pas Montréal est "banlieue" et dans sa bouche, une banlieue est une sorte de vide. De là son étonnement de devoir confronter ses idées avec des gens sortant d'un trou noir. Cette fille qui travaille au service d'immigration, issue de père italien et de mère française (ou l'inverse) n'en n'a que pour la grande ville, pour le Parc Extension. Vivre à St-Jean-sur-Richelieu, Hull, Rimouski ou Matagami? Inconcevable semble-t-il.

Je lui explique que je ne bosse pas à Montréal, pourquoi devrais-je y habiter? J'ajoute que des gens il y en a partout, c'est comme pour les trous noirs. Impasse. J'étais en face d'un cliché vivant, très à la mode. Montréal est une île, en dehors de l'île, point de salut. Il y a des ponts mais ils ne servent que pour se rendre à la campagne, pour visiter des personnages comme ceux qu'on voit à la commission B-T mais certainement pas pour y retrouver des gens jouissant d'un peu d'instruction capables d'avoir une vision du monde aussi valable que la leur, pouvant écrire leur nom avec d'autres lettres qu'un " X ".

Je connais très bien Montréal pour y avoir vécu. Ma copine aussi y est née, même si sa famille vient de St-Omer. Elle a ensuite vécu son enfance et son adolescence à Toronto. Si tout est une question de banlieues (dans le sens de gradations) pourrait-elle, sur certains plans, considérer Montréal comme une cité régionale face à Toronto qui elle-même serait complexée face à New York? Et St-Omer là-dedans? Je n’ose même pas y penser!

Enfant, sortir de Montréal constituait une aventure, une découverte à tout le moins, absolument aucun mépris ne flottait dans l'air. Que s'est-il passé? Montréal s'est refermée sur elle-même. Son apparente facette multiculturelle bloquerait-elle sa vue? Parfois je le pense.

Vision d'insulaires comme on dit à St-Omer. Plusieurs Montréalais rêvent de fermer ou de restreindre l'accès à leur île sans penser qu'en " coupant les ponts ", ce sont eux qui s'isolent. Des insulaires qui oublient qu'ils le sont parce qu'ils ne voient jamais l'eau qui les entoure! Crochet bien placé! Montréal n'est pas Alcatraz, il y des ponts, des ponts à double sens. Malheureusement ces ponts n'enjambent plus des cours d'eau mais plutôt un fossé, de plus en plus profond. Même si j'emploie la caricature, cette mentalité nouvelle existe bel et bien.

Trop de citadins perçoivent les banlieusards, terme devenu péjoratif, comme de " faux Montréalais " rattachés à la grande Île par une sorte de cordon ombilical sans lequel aucune vie ne serait possible. Ces mêmes Montréalais considèrent ceux qui habitent plus loin comme des " gens de la terre ", des gens collés aux traditions ancestrales et plutôt insouciants face à ce qui se passe ailleurs. Voilà un autre cliché tout à fait absurde et méprisant. Cela relève de la légende urbaine. Les légendes rurales sont moins ridicules, plus riches.

Pour tout dire, je tiens le discours inverse devant les " ruraux " qui crachent leur venin sur Montréal. Je vis à moins de 30km de Montréal. Dans mon patelin il y a des gens qui ne se rendent JAMAIS à Montréal, dans cette citée diabolique! C'est cette dichotomie qui m'agace. Serions-nous en face de sociétés distinctes? Je ne le crois pas mais on fait comme si c'était le cas.

À partir du moment où on croit atteindre un " niveau " un tant soit peu supérieur, plus valable ou meilleur que l'autre, c'est qu'on se trouve dans l'antichambre d'un trou noir. Volà ce que j'en pense.

Accent Grave

P.S.

En ce qui concerne le lavage de mes vitres, dans un commentaire du billet précédent, j'expliquais avoir écrit ce dernier après avoir fait cette besogne. Toutefois il restait une porte patio à faire… elle n'est toujours pas faite. Ne craignez rien, dès que je disposerai de quelques minutes à la maison, que le climat et ma propension à laver ces vitres correspondront avec l'alignement des planètes, je reprends le chiffon vanté par Zoreilles et vous soumettrai mes impressions.

dimanche, octobre 07, 2007

Je m'adresse au monde entier

Je lance un appel à tous. Si quelqu'un possède la solution à mon problème, ma vie ne sera plus la même et je vous en serai éternellement reconnaissant. Alors, voici:

Quelqu'un pourrait-il me dire comment on lave des vitres?

Il me semble avoir tout essayé, même les trucs les plus farfelus. Jamais je n'ai pu être fier de mon labeur. Perdre une journée pour laver mes fenêtres et ne pas être satisfait du travail accompli me décourage, surtout quand je pense à la journée perdue.

Je préfère une vitre uniformément sale qu'une vitre PRESQUE toute propre. J'en deviens fou, enlève encore mes vitres, recommence la besogne, réinstalle le tout après avoir retouché les diverses taches ou traces localisées pour finalement constater que ce n'est pas à mon goût. C'est généralement l'épuisement qui me fait arrêter. Lamentable échec à chaque fois. Si jamais j'arrive un jour à bien laver mes vitres, elles seront impeccables pour le reste de mes jours et sur ma pierre tombale on pourra inscrive: " il savait laver des vitres".

Vous représentez ma dernière chance.

Accent Grave

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dimanche, septembre 30, 2007

Roméo

Depuis plusieurs années déjà, je me suis fait une idée de ce général controversé. Je le trouve naïf, mauvais général. Son uniforme lui sied mal, sauf devant une tribune. J'ai l'impression d'être en face du Cardinal Léger, vous vous souvenez de lui?

Au Québec, il est aimé, admiré par certains. Mais dans le reste du Monde, surtout en Europe, il est vilipendé. Mérite-t-il cela? Il ne faisait certainement pas partie du problème, d'autres ont les mains sales c'est certain mais il ne faisait pas partie de la solution non plus. Chose certaine, il n'aurait jamais dû occuper ce poste. Vous direz: mais où était le reste du Monde? La France? La Belgique? Les USA? Votre question est plus que pertinente. Chacun avait ses petits intérêts dans le coin, les uns appuyant les Tutsis, les autres les Hutus. Mais je traite du général, le seul haut gradé qui ne voyait pas cela, qui a cru que ces puissances le supporterait.

J'ai déjà vu l'homme. Il ressemble à celui que les médias présentent. Voilà une bonne personne, un humaniste. C'est un homme affable, absolument bien élevé, respectueux, attachant mais doté d'une incroyable naïveté pour un général. Que fait-il au sein des forces armées? Comment cet ex sous-ministre adjoint aux ressources humaines de la défense nationale maintenant sénateur libéral est-il devenu général? D'autres ont leur avis là-dessus, moi je ne peux confirmer ou infirmer ces dires.

Dans l'affaire du Rwanda, une fois sur place Dallaire a constaté que les puissants n'enverraient aucun support, il a su dès lors qu'il ne serait qu'une vitrine pour l'Occident, pourquoi n'a-t-il pas réagi autrement? Pourquoi n'a-t-il posé aucun geste d'éclat? On s'est foutu de lui à l'ONU, la moitié de l'assistance ne l'écoutait même pas et il est retourné en Afrique, en bon soldat. S'il était conscient de la chose comme je le crois, comment expliquer le lien manquant entre sa compréhension de la chose politique et son inaction. Un Général n'a pas à obéir aveuglément aux ordres. Un Général, c'est pas un soldat.

Après coup, il s'est lui-même vu comme une victime. Je suis dur? Ce qui s'est passé au Rwanda est trop grave pour faire dans le pathétique. Le drame n'est pas celui d'un général sans armée mais celui d'un des pires génocides a avoir été perpétué. Le Canada n'a pas une grande histoire militaire mais l'histoire militaire existe elle. Les bons généraux ne passent pas leur temps en larmoiements, ils agissent, surprennent, encore et encore, ils attaquent, plus souvent leur propre gouvernement que l'adversaire.

À mes yeux, Dallaire fut un brave fonctionnaire dévoué en habit kaki. Un général a entre ses mains, la vie de ses soldats bien sûr, mais celle des populations aussi et le sort d'un conflit, en de telles circonstances. Voilà où les problèmes commencèrent.

Je parle du « flou » entretenu. Était-il casque bleu? Militaire? GO? membre de l'ACDI? pacificateur, négociateur? Il était le général responsable du maintient de la paix envoyé en plein génocide, en pleine guerre civile. Non sens! Ce n'était pas une place pour des boys scouts, fallait pas agir en boy scout. Il a sauvé quelques personnes bien sûr, mais le génocide a eu lieu. À partir du moment ou ses troupes armées se retrouvent au centre d'une guerre sanglantes, au cœur de ce qui est pire qu'une guerre civile, on ne peut rester boy scout.

Au delà du personnage, il y eu ce génocide planifié de longue date, connu, l'ultime horreur humaine. C'est là-dessus qu'il faut s'attarder. À quoi auront servi les livres, les films? Cela aura été bon pour les éditeurs, les producteurs. Le dernier film mettant en vedette Roy Dupuis c'est du cinéma, du bon cinéma, c'est ainsi qu'il faut le voir, et pourquoi pas? Parce qu'en ne voyant que ce genre de production on pourrait croire que c'était ça l'affaire du Rwanda: un sympathique général abandonné de tous qui a sauvé quelques Rwandais. Même Claude Poirier aurait fait mieux, il aurait au moins décelé le traquenard!

Quelle leçon tirer? Aucune.

Dallaire affirme qu'il faut persister en Afghanistan. Même si la mission est vouée à l'échec? Même si cette mission est aussi floue que celle qu'il a menée? Il dit, dans son langage de soldat, qu'il faut suivre le plan prévu, que de se retirer serait lâche et irresponsable face aux autres nations! Mais suit-on le plan prévu? Si oui, peut-être faudrait-il le changer! Et de quelles « autres Nations » parle-t-il? De celles qui l'ont abandonnées au Rwanda ou de celles qui font partie de l'OTAN mais qui refusent de s'enliser en Afghanistan? Heureusement, il ne s'agit que de son opinion, ce n'est pas sa mission et c'est tant mieux car je retrouve à travers ces propos cette vision de soldat obéissant.

Par cette dernière phrase, je termine comme j'aurais dû commencer.

Accent Grave

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mercredi, septembre 26, 2007

Écrivez-vous « nature » ?

Quelque chose ne va pas. Je devrais normalement profiter du temps frais. Et voilà qu'il fait chaud. Cela m'embête un peu, ça me paralyse.

Cette chaleur hors saison m'éloigne de l'ordinateur. Je ne souhaite pas non plus tailler mes arbres et ramasser les feuilles à 26°C. Alors je tourne en rond. Il fait trop chaud pour lire dans la maison et trop sombre pour m'installer dans la cour. En attendant la fraîcheur, comme le beurre, je ramollis.

Une seule solution pour reprendre le clavier: je vais me doper, comme Janson, comme les pros du sport. Ça fonctionne bien le dopage, de plus, les blogueurs ne sont pas testés. J'entends les puristes affirmer que les blogueurs écrivent à jeun, qu'ils pitonnent " nature ". À d'autres oui! Vous avez vu le nombre de commentaires qu'obtient le blogue de Zoreilles? C'est naturel ça? Je n'ose même pas imaginer ce qu'elle prend! De mauvaises langues affirment qu'après avoir publié son histoire sur les oursons, elle aurait composé un nouveau personnage, Gaston machinchouette, juste pour attirer les blogueurs avides de commentaires controversés. Des bobards! Moi j'ai compris son truc, elle fonctionne à l'EPO, rien de moins. J'ai l'œil pour ce genre de chose. L'EPO ça se détecte dans l'écriture, tout comme dans l'expression du visage.

Vous ne me ferez pas croire pas que dans l'expression de Geneviève Janson vous n'aviez pas décelé le mensonge! Quand un journaleux lui demandait si elle consommait des produits illicites elle répondait un " non " qui disait " évidemment que je suis dopée pauvre idiot, mais prouve-le ". Ce n'était qu'une question de temps avant que les larmes ne coulent. Ces larmes refoulées pendant des années et tant redoutées par son entraîneur, son pharmacien, son toubib, ses commanditaires et autres manipulateurs feront tomber ces derniers pour laisser la place à d'autres qui tomberont dans dix ans, le temps de fabriquer de nouveaux héros.

En même temps, le drogué le plus rapide du Tour de France a dû céder sa médaille au deuxième drogué le plus rapide du Tour. En fait ils étaient second et troisième, car le plus rapide de tous les drogués de cette année avait été diagnostiqué toxicomane quelques jours avant la fin dudit Tour. Comme quoi, si votre pharmacien est assez habile pour forcer vos adversaires à dépasser la dose indécelable tout en " optimisant " vos aptitudes physiques de façon à terminer juste derrière ces sales tricheurs, vous pourriez vous mériter l'or et être ainsi admiré de tous, vous voir offrir une carrière de porte-parole ou d'analyste sportif pour affirmer le plus sérieusement du monde à la télé que la majorité des athlètes ne sont pas dopés.

C'est pas beau ça? Et Janson qui s'inquiétait face à ses commanditaires! Voyons Geneviève, c'est la drogue qui affecte tes neurones? Sois moins naïve, ton commanditaire ne t'aurait pas appuyé si tu n'avais pas gagné toutes ces courses et pour gagner ces courses, il fallait " coopérer ". Les commanditaires font partie du problème.

La conclusion:

Vous savez maintenant que la drogue est partout, que le talent, l'ardeur et la persévérance ne seront reconnus que s'ils bénéficient d'une " valeur ajoutée ". Quoi faire alors? Une seule chose : s'inscrire à mes Jeux, les Jeux Graves.

Aux Jeux Graves vous n'épaterez que vous-mêmes. Et qu'est-ce que ça rapporte? Rien et beaucoup à la fois. Ça permet de se réaliser soi-même. J'offre l'or à tous ceux qui prendront une marche dès que le temps sera plus frais, peu importe la vitesse à laquelle vous marcherez. J'offre la première marche de mon podium à quiconque prendra plus de temps qu'à l'habitude pour faire ce qui lui plaît. Mon marathon en sera un de lenteur.

À vos marques! Pas Prêt? Parfait!

Accent Grave

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lundi, septembre 17, 2007

Étonnant!

En fin de semaine j’ai intercepté des bribes d’informations lors d’un bulletin de nouvelles radiophonique. Affairé à autre chose, mon oreille se tend en apprenant que les Libéraux du Québec décident d’abandonner certains thèmes qui ne sont pas dans leurs cordes pour se concentrer sur ce qu’ils feraient apparemment de mieux : le développement économique.

Depuis quand sont-ils meilleurs en économie qu’en autre chose ceux-là? La question n’est pas là bien sûr.

Je m’esclaffe. C’est un aveux d’incompétence! Comment ne pas voir la chose ainsi? Après deux mandats au pouvoir, le gouvernement admet que les promesses reliées aux thèmes préalablement mis sur table ne tiennent plus car leurs compétences seraient ailleurs! C’est complètement fou! Gouverner n’est pas s’occuper que de ce qui nous plaît. Suis-je le seul à trouver ça surprenant, du moins à trouver surprenant qu’on le dise à voix haute, sans vergogne? À moins qu’on ne s’adresse à des journaleux dont l’esprit critique n’existe plus.

Au moment de prendre le pouvoir, Jean Charest n’en avait que pour la santé, l’éducation et les vieux. Au soir de sa première élection, il avait dit : dès demain on s’attaque aux listes d’attentes en santé, vous verrez, tout changera. Il y a 6 ans de cela. Nous sommes aujourd’hui heureux d’apprendre que la santé, l’éducation et les vieux ne font pas partie de leurs compétences. Ils se tournent vers l’économie et associent la prospérité à la venue d’immigrants (leurs seuls votes!).

Original comme stratégie! Chez les Libéraux on passe beaucoup de temps à préparer un programme et à faire croire aux gens que c’est le meilleur, on perd ensuite beaucoup de temps et d’énergie à convaincre les gens que tout s’améliore, qu’on s’occupe de tout et on explique ensuite tout naturellement, comme si rien n’était, que le programme sera amélioré en remplaçant les priorités répétées maintes fois par de nouvelles priorités avec lesquelles ils sont plus confortables. Et les journaleux répètent ça partout, comme de gentils petits moutons un peu bêêbêêtes.

J’ai un problème voyez-vous : ne pas suivre les «nouvelles» assidûment procure l’avantage de ne pas oublier ce que l’on a déjà entendu et de comparer les discours d’hier avec ceux d’aujourd’hui. De là mon étonnement qui doit paraître naïf à vos yeux. Si j’écoutais à chaque jour les bulletins de nouvelles, je me rendrais moins compte de l’absurde dérive dont les auditeurs sont victimes au quotidien, au point de trouver acceptable et peut-être même normal certains traits d’union aussi illogiques qu’inacceptables reliant divers discours, actions ou décisions.

Restons simples : Ma question est la suivante : Puisque les problèmes reliés à la santé, à l’éducation et aux vieux ne sont plus prioritaires, qu’est-ce qu’on fait avec ça? Qui s’en occupera?

Et puis zut, j’avais juste à ne pas écouter les nouvelles, c’est de ma faute aussi.

Accent Grave

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dimanche, septembre 09, 2007

La magie des lieux

Vous arrive-t-il d'entrer quelque part et de ressentir un bien-être certain, quelque peu indéfinissable mais certain, et cela dès les premiers instants? Plus que ça, de ressentir qu'en ce lieu, dans le passé ou dans le présent, peu importe ce qui aurait pu s'y dérouler, c'est dans vos cordes.

Vous pensez: Il en a fumé du bon l'Accent Grave!

La même chose survient parfois lors d'une rencontre avec un étranger et de réussir à partager avec cette personne en toute confiance au premier moment, d'avoir la certitude que vous ne faites pas fausse route, qu'une communication de qualité s'établit en toute confiance, naturellement. Rien de surnaturel, juste du naturel.

Il y a surtout ces lieux où je me sens bien, des librairies, des bistros, des milieux de travail, des places publiques ou même certaines villes… la liste est longue.

Je vais chez un luthier. J'ai besoin de cordes pour le violon de ma fille qui est à l'extérieur. Le vieux propriétaire, tout courbé qu'il est et qui ne me connais pas vraiment prend ma main comme si j'étais son petit fils (sic!) et m'emmène dans l'atelier pour me montrer un violon acquis. Sans que l'on échange un mot j'examine l'instrument ancien. Je devine les musiques qu'a pu produire cet instrument. L'état impeccable de la chose m'épate, on se fout du prix, il en fera commerce plus tard, entre nous c'est pas cet aspect qui importe. Nous partageons un univers clos, à cause des odeurs de vernis, à cause de l'écoute qu'on développe en de tels lieux, à cause de la passion qui se devine et du bien-être de l'un qui entraîne la même chose chez l'autre. Enfin, j'ignore pourquoi mais ça ne se passe pas comme ainsi d'habitude, en d'autres lieux.

Entrez chez le bouquiniste Henri-Julien, coin Henri-Julien et Villeneuve. Monsieur Lefebvre ne vous sautera pas au cou, son approche est délicate, discrète. Connu de tous ses collègues, même outre-mer, cet homme est un monument et son commerce est la caverne d'Ali Baba. Explorez chaque recoin, il n'y a que des livres, des bons livres, au-dessus des portes, partout. Vous êtes en sécurité, ses livres protègent contre tout. Jetez un œil dans l'appartement du fond, c'est souvent ouvert, étonnant. S'il y a quelques millimètres entre deux étagères, vous y trouverez un livre. Lisez les écriteaux placés ici et là au fil des ans. Ne cherchez pas un titre, il faut demander, si le livre est bon, il le connaît. L'homme a tout en tête ou sur des fiches manuscrites. Selon ce que vous lui demanderez, il vous connaîtra un peu. Vous n'êtes pas un client, vous êtes un lecteur, un ami de la famille. Examinez-le à son bureau, voyez le rapport qu'il a avec les gens et dites-moi si vous vous sentez bien chez lui. Dans ce capharnaüm, même s'il est minuscule, il y a une chaise berçante, elle est pour vous, prenez votre temps.

Si vous avez connu (de fait, l'avez-vous connu?) ce petit café du Plateau qui portait le nom de Porté Disparu, certains d'entre vous auriez convenu que ce lieu " parlait ". Il parlait à cause de son décor particulier, de ses tableaux, du personnel qui servait les clients comme de vieilles connaissances, à cause du menu, des prix dérisoires, des activités qui s'y tenaient. En cet endroit, on préférait joindre des gens à une table plutôt que de chercher une table libre. C'était le rendez-vous des gens heureux. Par un hasard aussi malheureux qu'incroyable, le précieux endroit fut acheté à un prix exorbitant par un marchand d'armes libanais souhaitant obtenir sa citoyenneté en tant qu'investisseur. Le café fut bientôt revendu, re-revendu et re-re-revendu sans qu'aucun propriétaire ne réussisse à le faire revivre. Le premier propriétaire avait ouvert un café pour y recevoir les gens, les autres ont ouvert un commerce.

Vous me direz qu'il y a aussi des gens qui ne ressentent rien, comme s'ils étaient défavorisés par la nature, captifs d'une carapace invisible coupant l'être de son monde. Plein de bonne volonté, nous aimerions libérer ces gens et les initier aux endroits précieux. Ça ne fonctionne presque jamais. Peu d'entre eux savent ou veulent "lire" les objets, les odeurs et les atmosphères. Pour nombre de personnes, les vieux livres ça pue, les conversations avec des inconnus sont à éviter. Finalement ils ferment eux-mêmes la porte à la magie. Il ne faut pas rêver et tenter de communiquer ces plaisirs à n'importe qui, c'est trop frustrant, contentons-nous de les vivre.

Mais peut-on apprendre à " ressentir "? Ils répondront " non, car tout cela n'est qu'imagination". Alors si ça n'existe pas, pourquoi tous ces gens qui se retrouvent en ces lieux précis ressentent la même chose? Illusion collective? Spontanément et tout naturellement, sans s'être concertés, les gens soucieux d'un environnement conforme à une certaine dimension humaine s'y retrouvent. Je le répète, oubliez le surnaturel et les petits bonshommes verts. Il faut simplement écouter ses sens. Si lire avec les yeux s'apprend, " ressentir " doit aussi s'apprendre. Peut-être, mais pourquoi s'entêter là-dessus.

Je ne conseille à personne d'essayer de "convertir" quiconque, votre enthousiasme ne suffira pas, vous en sortirez découragé, déprimé. Contentez-vous, si vous êtes comme moi, de vivre vos propres plaisirs en ces lieux en espérant que ce qui nous paraît évident le deviendra peut-être un jour aux autres.

Accent Grave

jeudi, septembre 06, 2007

Un autre livre sur René Lévesque vient de voir le jour. Anecdotique semble-t-il. Sans grand intérêt pour moi. Néanmoins, je recopie quelques citations de ce dernier, mes préférées, pour le plaisir de les relire, certainement pas pour fêter sa disparition:

Pour un petit peuple comme le nôtre, sa situation minoritaire sur un continent anglo-saxon crée déjà une tentation permanente de ce refus de soi-même, qui a les attraits d'une pente facile, au bas de laquelle se trouverait la noyade confortable dans le grand tout.

Il est des points [...] où le courage et l'audace tranquilles deviennent pour un peuple, aux moments clés de son existence, la seule forme de prudence convenable. S'il n'accepte pas alors le risque calculé des grandes étapes, il peut manquer sa carrière à tout jamais, exactement comme l'homme qui a peur de la vie.

L'inégalité, c'est le risque permanent du mépris

On verra bientôt que d'oser vivre, ce n'est pas la fin du monde. Juste d'un monde.

La tâche des vrais démocrates est de voir à ce que le peuple soit de plus en plus au courant, instruit, renseigné sur ses propres intérêts.


Accent Grave

dimanche, août 26, 2007

Encore le « vrai monde »

Quand on ne suit pas beaucoup l'actualité, le risque est grand de se retrouver au milieu d'une discussion à laquelle on ne comprend pas grand chose. Ensuite, en écoutant l'un et l'autre on croit deviner de quoi il s'agit et l'envie de participer aux échanges se fait sentir. Il faut s'en garder et d'abord aller aux sources pour saisir l'objet exact de la controverse. Ça s'appelle de la sagesse et je n'en n'ai aucune.

Toujours est-il qu'en entendant une bribe de conversation au sujet de ce qu'aurait dit Gérard Bouchard concernant le " vrai monde ", l'un dit à l'autre:

" …faut avoir du culot pour affirmer que ceux qui lisent le Journal de Montréal et écoutent TQS sont incapables de jugement". Les guillemets ne devraient pas y être mais la phrase dite avait ce sens précis. Je n'ai pu m'empêcher de dire : " je suis assez d'accord avec cela ". Dans la vie il faut nuancer, chose que je ne fais pas quand vient le moment de raviver la polémique. Du coup, ils avaient trouvé quelqu'un sur qui frapper: moi. J'ai beaucoup apprécié le feu de leur rage, vous connaissez ma perversité! Et il a suffit de quelques mots.

Mais allons aux sources. Voici ce qu'aurait dit Bouchard:

les gens qui ne sont pas des intellectuels, mais qui regardent les nouvelles à TVA ou à TQS, dans le meilleur des cas au téléjournal trouvent plus simple que tout le monde soit pareil et partage les mêmes codes.

La première chose que je remarque c'est qu'il parle aussi de Radio-Canada. Les complexés de TVA, de TQS et du Journal de Montréal qui se défendent n'en font pas mention. Ce détail ne suscite-t-il pas la suspicion chez vous?

Êtes-vous choqués de ces mots? Je doute que la population, qui n'est pas bête du tout, se serait scandalisée de ces propos si les médias visés n'en avaient fait un plat, eux-mêmes qui sous-estiment la population en croyant que s'ils écrivent des papiers sérieux les gens ne les comprendront pas. Ce sont eux aussi qui se sentent obligés de mettre à la une des titres aussi ridicules que spectaculaires n'ayant rien en commun avec la réalité et qui imposent des " reality show " peu coûteux mur à mur pour attirer l'attention des gens. En incitant les gens à se révolter des propos peu élégants et politiquement incorrects de Bouchard ils poursuivent dans la même veine, ils se défendent. Le dit commissaire aurait pu attaquer ces derniers, cela aurait été plus habile, plus stratégique, mais les conséquences auraient été les mêmes.

Prenez garde, ceux qui travaillent à TVA ne sont pas tous des incompétents, certains sont presque brillants. Cela ne change rien au fait que le Journal de Montréal est ce qu'il est. On a souvent produit des films exécrables avec d'excellents comédiens. C'est pareil.

Même en suivant plusieurs médias, il n'est pas aisé de se faire une idée juste des faits car ils s'alimentent aux mêmes endroits: les agences de presse. Ça coûte moins cher. Et puis, un média d'information a toujours la couleur de son propriétaire. Si un journaliste peut se permettre quelques écarts, il est limité dans son action et il le sait. L'autocensure c'est pire que la censure. Les médias appartiennent aux mêmes gens ou à la même famille de gens. Pas tous bien sûr. Quelques avertis, dont vous êtes, feront la différence mais faites gaffe, on pourraît vous taxer d'élitisme et c'est proscrit dans notre société. Ça équivaut à être snob, hautain, " péteux de broue ".

Toujours est-il qu'un des membres de notre commission très inutile a des opinions. Bouchard ne se taira jamais. Est-ce une bonne chose? Moi j'aime beaucoup, tant qu'à faire dans le spectacle. Gérard Bouchard a toujours été ainsi, ce que l'on considère comme un manque de diplomatie, un manque de délicatesse n'est qu'une pensée exprimée, qu'on aime ou pas. Nous ne sommes pas habitués à cela. Oh, sa pensée ne surpasse pas celle des autres, je laisse l'idée d'une hiérarchie verticale à d'autres, je dis juste que sa pensée n'est pas simpliste et bête.

On lui reproche de prédire ce qu'on lui présentera lors de sa tournnée. Ne confirme-t-il pas lui-même l'inutilité de la démarche? Ce sera aux gens de prouver qu'il a tort. Personne n'a pensé qu'il s'agissait peut-être d'un défi lancé aux intervenants? Voulait-il dire: Vous qui défilerez devant la commission, pourriez-vous exprimer autre chose que de simples propos racistes ou xénophobes? C'est une question que je me pose.

Autre argument en la défaveur de Bouchard: il se dit intellectuel. Ça choque et ça divise le monde en deux: " le vrai monde " et les autres. Bouchard est un intellectuel mais on ne peut le dire de soi-même. Ce n'est pas correct. Il me fait penser à Parizeau. Le PQ l'avait limogé en toute hâte pour avoir exprimé une réalité toute simple. Vous vous souvenez? Quelqu'un souhaitait prendre sa place. Landry, à l'image de Marois, n'avait jamais pu atteindre ce poste via un scrutin, l'occasion était rêvée. L'histoire se répète.

Avec tout ça, on n'entend pas beaucoup Taylor. Que fait-il donc? Serait-il en train de convertir son collègue au multi-culturalisme?

Accent Grave

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dimanche, août 19, 2007

Atterrissage

Levé tôt, seul à me balader en ce beau dimanche, je me retrouve. La semaine fut mouvementée, un peu trop. J'ai tout de même, mercredi vers 09h30, pu prendre un café, mais c'est à peu près tout, c'est tout dire.

Après avoir écrit quelques lignes, lu quelques pages, je m'attaquerai à de menus travaux sur le terrain, le genre d'activité qui ressemble à de la relaxation. Il y a quelque chose de bien dans la routine, la paisible routine.

Après m'en être éloigné, j'éprouve de la peine à prendre au sérieux l'actualité. Cette commission sur les accocomachinchouettes n'a pas de prise sur moi. En ce qui me concerne, l'avis des Bouchard, Taylor et de quelques autres aurait suffi, mais il faut plaire à la populace, faire semblant de l'écouter. Tout est là finalement. Je préfère entendre quelques personnages calmes et réfléchis que dix mille peureux Hérouxvilliens et de quelques fanatiques religieux. De vrais dirigeants auraient pu trancher sans cette mise en scène.

Pendant l'été on a parlé des algues bleues un peu comme on l'avait fait avec les moules zébrées il y a quelques années et des piscines publiques débordantes de pipi l'an dernier. Bientôt quelques militaires canado-québécois reviendront de l'Afghanistan les pieds devant et on fera semblant d'être surpris, plus en deuil que pour les autres. Au cinéma, dans les pubs des forces armées, on parlait de vies actives… Un vilain jeu de mots me vient à l'esprit, je me retiens. Depuis quelque temps ma fortune a perdu de son ampleur, à cause des banques qui prêtent à des gens non solvables. Je sais que l'argent ne rend pas heureux, mais je sais aussi que le manque d'argent rend malheureux. Je n'envisage pas encore le suicide. Dans l'anecdote, n'oublions pas ce Tour de France marqué par la disqualification d'un coureur incapable de cacher l'absorption de substances interdites. Mauvais, son pharmacien! Admettons simplement que le gagnant est le drogué le plus rapide et tout le monde sera content.

Une enfant disparue à Trois-Rivières. Rage, frustration et impuissance. Des vies ruinées.

Mon voisin d'en face (de biais pour être précis) se meurt pendant que son fils se retrouve en prison. Assez triste aussi, impuissance encore une fois. Que dire à la mère éplorée, cette Marseillaise d'origine qui, après l'enterrement de son mari devra se rendre en France au chevet de son papa… Le mari disparu, le papa aussi et le fils en prison. Ça laisse un sacré vide!

Mais il y a le beau temps, le temps frais, comme je l'aime, le petit déjeuner, la rentrée scolaire (celle des autres), les activités qui recommencent. Bientôt l'automne, la vie qui reprend enfin. C'est à l'automne que tout se passe, ne trouvez-vous pas? En été, même le gazon ne pousse plus. Dans trois semaines, les couleurs s'accrocheront aux arbres.

Au dessus de tout cela je plane un peu, incapable de m'attarder à quoi que ce soit. Pour la première fois il m'aura fallu plus d'une semaine avant de retrouver mon sillon, le rythme habituel du quotidien. Je reviens sur terre, tout doucement, j'aperçois le sol, je descendrai bientôt.

Accent Grave

dimanche, août 12, 2007

Dur la première matinée

Les vacances, souvent épuisantes, ont généralement pour conséquence de m'insuffler une bonne dose d'enthousiasme et m'incitent à entreprendre de nouveaux projets. C'est le propre des vacances me direz-vous. Exact, sauf que ça ne s'applique pas à la première matinée lors du retour .

Demain, lundi, je n'aurai pas envie de retrouver mon bureau, mes collègues, mon patron, mes clients et mes projets. Il me reste quelques heures pour me mettre dans de meilleures dispositions, se sera vain.

Je sais qu'aux petites heures sonnera mon réveille-matin. Quand il sonnera, je taperai sur le snooze, trois fois plutôt qu'une. Ensuite, à l'image du pilote qui vérifie le fonctionnement des ailerons avant le décollage je testerai chacune de mes articulations. Je risquerai ensuite un départ, comme un zombie: en donnant contre murs et portes dont la présence me surprend toujours.

Après le petit déjeuner et le pipi du chien, je partirai. J'arrêterai prendre mon café au coin de la rue et saluerai ces Mexicains qui achèteront aussi le leur avant d'aller aux champs. Première compensation: je ne vais pas aux champs. Ensuite je suivrai la ligne blanche au milieu de la rue jusqu'au bureau. Est-ce que j'écouterai Radio Canada ou 98,5? Ça dépendra. J'éprouve de la difficulté avec un certain chroniqueur criminel dont le timbre de voix écorche mes tympans et qui tente de bien parler sans trop de succès. Détail important à cette heure où la moindre contrariété est amplifiée.

Le plus dur sera de saluer les collègues qui pour la plupart sont de retour depuis une semaine et qui me demanderont comment furent mes vacances. Ça je déteste. Je n'aime pas raconter mes vacances, pas de cette manière. Je tâcherai de m'occuper et de synchroniser mon rythme à celui d'un environnement quasiment oublié.

Soyons réalistes, quoi que je dise, quoi que je fasse, je ne pourrai éviter le pire. En effet, je suis entouré de gens obnubilés par la température. Mais quelle est donc cette phobie? Vous avez deviné, on me demandera: A-t-il fait beau? Dans ma grande sagesse je me contiendrai et pour éviter les échanges je répondrai: Oui.

Cette question est meurtrière. Tout le monde sait que j'aime le froid, la pluie, le vent, la grêle, la nuit et la tempête, que je vis de ce que la nature impose et déteste les prévisions météo. On tente par tous les moyens de me faire croire que " beau " signifie soleil et chaleur. Je me suis souvent emporté à ce sujet. Je leur demande de quel droit ils qualifient de " beau " une température assez désagréable pour que tout le monde cherche l'ombre, l'eau et l'air climatisé. Peine perdue, tous les météomanes de la terre n'en dérogent pas: quand c'est chaud, c'est beau, et si on annonce de la pluie, il faut faire la moue. C'est pas fou rien qu'un peu!

Sans que je ne pose la question ils me raconteront leurs vacances et ne manqueront pas de spécifier qu'il a plu deux jours, qu'il y a eu des nuages lors d'une troisième journée et ajouteront que certaines nuits étaient fraîches, que nous n'avons plus les étés d'autrefois. Nous n'avons plus les hivers d'autrefois non plus. Normal, nous ne sommes plus autrefois! Aujourd'hui sera l'autrefois de demain, souvenez-vous en! Vous me suivez? Pas grave.

Ensuite on rappliquera en me demandant comment se sont déroulées mes vacances… et là je répondrai: Comme on annonçait de la mauvaise température, j'ai décidé de ne pas en prendre! Et on croira que c'est de l'ironie...

Accent Grave

samedi, août 11, 2007

La fin des vacances

Les vacances achèvent. En route pour la maison. Il est toujours agréable de retrouver son chez soi, même s'il était tout aussi plaisant de le quitter! C'est comme ça. En vacances, je ne refais pas le plein, c'est plutôt le vide que je fais, en prenant soin de bien m'épuiser. Cela rend le retour d'autant plus plaisant, les projets sont nombreux et une bonne pause favorise la motivation.

Au retour d'un congé, je visite d'abord les voisins, question de m'enquérir des potins locaux, de ce qui s'est passé en mon absence. Les grands événements font le tour de la terre, alors ça ne m'intrigue pas. Je préfère prendre connaissance des travaux exécutés par mes voisins d'en face, constater l'état du potager et me rendre au parc pour faire courir le chien.

Vous lire me manque, écrire quelques mots ici et là me manquait aussi. Les claviers Azerty me rendent fou, je me suis donc abstenu de piocher sur des claviers conçus pour d'autres. Je reprends donc le collier.

Accent Grave

dimanche, juillet 15, 2007

D'un type à l'autre

Hors de chez moi, je lis parfois de vieux textes sur mes lieux et mes gens. Lisez plutôt ceci. Les Français dont on parle plus bas, quel que soit le type, c'est l'homme de 1680 vivant en Nouvelle France et qui est en transformation!

Les notes des voyageurs, les correspondances des gouverneurs, celles aussi des intendants signalent l'apparition d'un type nouveau de Français. Depuis le début, il y a au Canada les " Canadiens " et il y a les " Français ". Entre les deux, Bougainville exagère la diversité jusqu'à l'extrême: " Il semble que nous soyons d'une nation différente, ennemie même". Comment donc 150 ans à peine d'histoire a pu faire surgir entre les deux groupes une opposition si apparente sinon profonde?

Tout d'abord le type français, très divers là-bas de province à province, s'est fondu ici rapidement dans un type presque uniforme. Les quelques unités provençales, gascognes, bourguignnonnes ou languedociennes que nous avait jetées l'immigration, ont vite disparu dans la grande majorité percheronne, normande, angevine et saintongeoise presque identique de mœurs et de pays.

Le noyau générateur est formé; dès ce moment il détient les qualités sociales et ethniques que ne changera point la faible immigration postérieure. La plupart des premiers immigrants appartiennent à la jeunesse; peu d'attaches les retiennent donc au passé; plus que des vieux ils sont assimilables et transformables.

Les vaisseaux de France arrivent en août, repartent en octobre ou en novembre. Les relations restent rompues jusqu'à l'année suivante, le colon français n'emprunte qu'à son nouveau milieu. Le pays canadien le façonne avec la puissance d'empreinte de son originalité géographique, avec la nouveauté de son climat, avec l'immensité austère de ses horizons; le façonne aussi les improvisations de l'initiative tous les jours renouvelés dans les exigences du vivre et du couvert, dans la forêt à transformation, dans les cultures nouvelles à existence si étrange et si neuve où le défricheur se double presque toujours d'un homme d'aventure ou d'un homme de guerre.

Tant d'influences réunies ont bientôt fait de diversifier l'habitant canadien du paysan de France qui, lui, va rester le même, continuant la même existence, au fond des provinces de là-bas fermées depuis trois siècles à l'invasion.

Tout ceci valait il y a bien des années, avant que le Canada ne soit offert aux anglais en échange du sucre des îles. Nos cousins français comprendront que malgré les différences pouvant exister entre les diverses régions de l'hexagone, de notre point de vue, ces différences sont d'avantage des nuances.

Malgré tout, malgré les siècles écoulés, malgré les événements pouvant s'être produits, il reste une grande affinité entre ces deux " types ", le mode de vie diffère ainsi que les manières mais la pensée a conservé nombres d'aspects communs. Cela m'étonne toujours.

Accent Grave

mercredi, juillet 11, 2007

Juste pour rire

Jean Charest se mérite une décoration: l'Ordre du Mérite Bavarois.

« Munich a voulu souligner l'engagement de Jean Charest «en faveur de l'État libre de Bavière et du peuple bavarois», a déclaré le ministre-président Stoiber. »

Si cette nouvelle n'avait pas existé, on l'aurait pas inventé !!!

Accent Grave

dimanche, juillet 01, 2007

Fier de mon congé

Si je devais écrire quelque chose au sujet de la fierté, je choisirais plutôt de traiter d'un manque de fierté généralisé, en particulier de la part des Québécois, parce que c'est le peuple auquel j'appartiens.

Je ne parle pas de la fierté concernant une chose sur laquelle on a aucun pouvoir, comme une nationalité ou une orientation sexuelle, mais de la fierté que l'on éprouverait si on traitait mieux nos vieux, nos démunis (les vrais), les biens (culturels ou autres) que l'on pourrait produire et que l'on produit ou de l'environnement tant visuel qu'environnemental dont on pourrait se préoccuper davantage et intelligemment.

Nous pourrions être fiers d'un meilleur niveau d'instruction offert à nos jeunes, d'une langue mieux apprise et mieux parlée ou d'un système de santé où le " bénéficiaire " serait mieux considéré et traité plus humainement. Fier d'être né dans un pays ou une région? Qu'avons-nous fait pour mériter cela? Rien. Comment pourrait-on en être fier?

Il nous faudrait plus de fierté face à tout ce que nous entreprenons, face à nos rapports avec les autres, face à ce que nos plus grands ont fait, face à ce que nous pourrions laisser de bon aux générations futures. Si nous le voulions, nous pourrions être fiers d'une société que l'on aurait façonnée de manière à ce que nos filles et garçons aient des chances vraiment égales, une société où nos complexes auraient été transformés en actions positives visant à protéger nos acquis communs, fiers de nos préoccupations constantes face à ces sujets.

Voilà ce que je pense de la fierté.

Le nationalisme pourrait être l'aboutissement naturel et collectif de cette fierté. Le nationalisme est beau quand il ne déborde pas sur le rejet des autres. Le nationalisme prend tout son sens à partir du moment où il s'insère parmi celui des autres. Il ne doit pas se comparer, ou exclure celui des autres. Malheureusement, pour plusieurs, le nationalisme est devenu le patriotisme des autres. Être patriote c'est beau, mais être nationaliste c'est avoir une vision étroite. Voilà un phénomène plutôt réducteur et pas toujours désintéressé auquel je n'adhère pas.

Quand le nationalisme n'est pas, le pays n'est pas. Nationalisme canadien? Difficile d'éprouver un sentiment d'appartenance à un pays si vaste dont une partie de ses habitants ne connaissent rien des autres, soit parce qu'ils n'ont rien d'autre en commun que les frontières géographiques. Impossible d'englober tous ces gens et ces peuples en un même sentiment. Chacun se voit plus éloigné, séparé culturellement et géographiquement que de nombreux pays d'Europe.

Fêter le Canada, ça me fait penser à l'épouse qui dit sans conviction et sans passion " moi j'aime mon mari ". Elle dit ça pour s'en convaincre.

Le Canada c'est d'abord un lieu géographique, comme la plupart des pays, mais à la différence de ces pays, il n'est guère plus que cela. Comment pourriez-vous faire croire à 30M d'habitants aux cultures si différentes et vivant sur un territoire 20 fois grand comme la France qu'ils forment une famille unie et fière de ce qu'elle est? Réponse: en donnant congé à tout le monde le premier juillet et en nommant ce congé « Fête du Canada ».

C'est la fête d'un lieu où la vie est confortable. On a bien sûr le droit de fêter ça et je souhaite bonne fête à ceux qui considèrent cette journée comme la leur. En ce qui me concerne, souhaitez-moi bon congé mais pour la fierté, il m'en faut plus.

Accent Grave

samedi, juin 23, 2007

Indécrottable épicurien!


Vous arrive-t-il de perdre votre sang froid? D’oublier qu’en tant qu’adultes nous sommes sensés rester calmes, sereins et polis en toutes circonstances, ou presque? En ce domaine, je ne suis pas toujours à la hauteur.

Ne me croyez pas incapable de m’accommoder des malheurs que la vie nous réserve, que je ne sache pas " négocier " les emmerdes classiques. Ce n’est pas ça, je m’entends assez bien avec le destin. Un cataclysme naturel, le meurtre d’un voisin de palier, un divorce, la perte d’un emploi ou d’une jambe, une faillite ou une maladie grave ne paralyseront pas mes sens. Ça peut être embêtant, je vous le concède, mais je saurai faire avec.

Je suis affublé d’un pessimisme naturel. Ainsi, lorsque frappe la fatalité, je suis rarement pris au dépourvu, je m’y attends. Il arrive même qu’après le fait je me sente soulagé, car mon côté cartésien estime que selon toute probabilité une même catastrophe a peu de chance de survenir deux fois de suite, mais si par malheur cela survient, j’ai toujours en réserve une petite dose de fatalisme pour passer au travers.

Non, ce qui me fait perdre mon sang froid ce sont des petites choses, des tendances, les comportements commandés par les modes du moment et surtout, surtout les maudites manies obsessionnelles! Transformer une vérité toute simple et évidente en un dogme, une vérité devenue si importante qu’elle occupe toute la place dans une vie au point que toute discussion est ramenée au même sujet, ça m’énerve. L'être humain n'a pas une seule dimension.

Un exemple? Il y en a tant. Prenons la bouffe, la fameuse bouffe "santé". J’ai pris la résolution de ne plus aller manger avec ces obsédés de la cuisine santé. Pas moyen de mettre du beurre sur mon pain sans me sentir jugé ou de savourer un steak avec sauce au vin et mousse de foie sans qu’on me fasse passer pour un irresponsable à qui on devrait confisquer sa carte d’assurance maladie. Je suis las de m'asseoir en face de quelqu'un qui analyse et critique un menu uniquement en fonction de sa valeur nutritive. Je souhaiterais alors condamner cette personne à s'alimenter "Au Pied de Cochon" pendant un mois pour la désintoxiquer intellectuellement.

Quand je me paie un petit festin c’est bien sûr pour savourer une cuisine que j’aime mais aussi pour socialiser, pour rire. C’est épicurien. Est-ce si difficile d'accepter ça? Chose certaine, je ne choisis pas une table pour qu’on me dise qu'il faut prendre tel ou tel aliment sous prétexte qu’il contient telle protéine ou telle vitamine. On voudrait me voir manger de la viande blanche, du poisson, une montagne de verdure, un fruit si je suis gentil et peut-être, comme c'est une occasion spéciale, un café s’il est biologique et équitable, mais de préférence un thé vert. Moi je dis: soyons équitables; chacun son assiette! Cette attitude "santé extrême" accompagnée de séances de remontrances a pris la forme d'un snobisme. Si je pouvais glisser un morceau de charbon entre les fesses de certaines personnes, nul doute qu'il se transformerait en diamant tellement la pression est forte!

À ceux qui sont obnubilés par ce qui pourrait garnir mon assiette, apprenez que j’en connais un peu sur l’alimentation, sur ce que contiennent ou ne contiennent pas les aliments. Je sais reconnaître et apprécier fruits et légumes frais. Il y a moyen de manger sainement et avec plaisir. Mais soyons clairs, je ne ferai jamais semblant d'avoir oublié ce que mes papilles gustatives ont eu la chance de savourer dans le passé. La meilleure des salades ne me fera pas oublier le meilleur des desserts. Je suis comme ça, pleins de défaut autrefois attribués à la nature humaine. Je ne mourrai peut-être pas en santé, ça c'est vrai.

Cette manie de juger tout le monde sur la base d'un courant social à la mode et d'imposer une philosophie bien précise à tous, probablement pour faciliter son propre engagement, c'est usant et je ne me prive plus de le faire savoir. Je devrais peut-être sourire poliment et faire semblant d'acquiescer, mais agir ainsi trop souvent, ça dénature les choses. Aujourd'hui, si je suis attablé au resto et qu'on me parle des bienfaits alimentaires, je fais signe au serveur et commande une grosse poutine! C'est une façon polie de dire: qu'est-ce que tu disais déjà?
Le sujet, ici la bouffe, n'est qu'un prétexte. Il y a ces gens qui transforment un simple règlement en obligation absolue et non négociable, digne du petit catéchisme d'antan, il y a les guerriers antitabac, il y a ceux qui voudraient interdire les pets because le réchauffement de la terre alors que de l'autre côté de la rue, une usine produit plus de gaz à effet de serre que deux millards de personnes ayant ingurgité de la soupe au chou. Il y a ceux qui..., et puis ceux-là et ceux-ci… l'objet de leurs combats est de seconde importance, c'est de combattre qui compte et il n'existe pas de petites victoires.

Vous savez maintenant que je ne sais pas composer avec les p'tits riens. J'avoue bien humblement mes limites. Que voulez-vous, je suis malhabile quand me retrouve avec trop d'humains...

Bon ben, avec tout ça, pas trop de retenue quand même et bonne fête nationale! La St-Jean, c'est en fin de semaine non?

Accent Grave

samedi, mai 19, 2007

Flottement d'idées

Le hasard existe-t-il? Sûrement, à tout le moins je le crois. Plusieurs refuseront d'admettre la chose, il faudrait parler de karma, de fatum, de destin ou d'autres mots ayant un lien avec l'ésotérisme. Mais voilà, je ne suis pas "Éso" je serais plutôt du genre "ISO", déformation ou formation professionnelle oblige. Quand on ne peut expliquer quelque chose, on dira qu'il s'agit d'un phénomène paranormal, on émettra d'autres théories ne nécessitant qu'un brin de crédulité pour s'en satisfaire. J'ai maintenant la moitié des gens à dos. Aucune importance.

Sans être à proprement parler un chercheur, je cherche toujours et un chercheur ça ne trouve pas, ça cherche. Alors je cherche, et je suis sur une piste. Cela ne me mènera nulle part mais ça m'amuse.

Denis Thériault est l'auteur d'un roman dont le héros est un postier qui ouvre le courrier de certains correspondants. Un jour, un correspondant qu'il "épie" décède. Notre facteur décide de se substituer à lui et poursuit la correspondance de l'homme mort sans qu'à l'autre bout, sa correspondante se rende compte du subterfuge. Ils s'écrivent sous forme de haïkus. En prenant un café, l'auteur m'apprend qu'au moment de publier son roman, une affaire judiciaire éclate au Québec concernant un postier qui collectionnait les lettres qu'il devait livrer, des lettres nombreuses, choisies en fonction de ses fantasmes.

Il m'apprend ensuite que d'autres auteurs ont communiqué avec lui pour lui apprendre qu'eux aussi écrivaient un bouquin sur le même thème, que leurs histoires ressemblaient à la sienne au point d'abandonner leur projet de peur d'être poursuivis pour plagiat! Il termina son propos en exprimant sa surprise face à ce concours de circonstances.

Je lui ai rétorqué qu'il n'y avait rien d'étonnant là-dedans, que le phénomène était naturel, presque courant. Surpris, il voulut en savoir plus. Maladroitement, j'ai tenté de lui exprimer ma pensée.

Premièrement, admettons que nous sommes un certain nombre d'individus sur cette planète. La simple loi des probabilités fait qu'une même idée peut surgir à l'esprit de plusieurs individus. Mais encore…

Je suis d'avis que les idées, dans une certaine mesure, suivent les modes. Dans nos sociétés, il existe des circonstances sociales, des événements, des atmosphères qui encourageront certaines idées à naître sous une même forme dans l'esprit de plusieurs individus simultanément.

En ce sens, la pensée ou l'imagination humaine évolue de façon semblable ou à tout le moins suit une tendance. Quand un vide se crée, une loi naturelle fera développer la substance. Mon hypothèse est la suivante; nous vivons dans un monde ou tout semble aller vite, où peu de gens prennent le temps d'écrire en substance, d'analyser chaque mot, de s'attarder à la signification et le sens des mots agencés. Le " chat " est populaire, on n'écrit plus avec une plume et du papier, on n'envoie plus de lettres par la poste, on ne prend plus le temps de se connaître avant de s'unir, nous vivons dans un mode " essais et erreurs ".

Et pourtant, l'individu n'a pas fondamentalement changé. Il a encore besoin du calme, du silence, de la réflexion, il a besoin d'imaginer le plaisir, de le vivre au goutte à goutte plutôt que de toujours consommer. Toutes les circonstances étaient réunies pour que plusieurs individus inventent une même histoire, celle d'un homme qui se voit interpellé par une correspondance plus que traditionnelle, par des échanges lents, profonds et complexes. C'est à contre-courant de ce qui se vit dans nos sociétés actuelles, exactement ce qui manque à l'être qui recherche l'équilibre. Pas surprenant donc que plusieurs auteurs aient pondu des scénarios semblables.

Après une longue période de silence, on recherche le son et après une vie excessivement active, on recherche le calme, le silence. Une société dont les individus auraient vécu une expérience du même genre ressentent des besoins semblables.

Bref, les idées flotteraient et se promèneraient au gré du vent et quand les circonstances favorisent certaines d'entre elles, elles se posent en terreau fertile et germent dans les esprits. La force du nombre, donc les probabilités, feront éclore des actions parfois très semblables chez plusieurs individus en même temps et plusieurs diront : incroyable ce que le hasard peut faire.

Heureusement, la vie est plus complexe et réserve des surprises. Les grands esprits universels savent "voir" sans que les circonstances soient favorables et conséquemment seront parfois considérés, surtout en début de carrière, comme des " illuminés". Plus tard, quand le temps aura servi de preuve, les meilleurs seront qualifiés de " génies"!

C'est à peu près ce que j'ai dit à Denis Thériault. Poli, il ma écouté et a dit: vous pourriez écrire un excellent roman là-dessus! Mieux encore, un film, c'est plus payant. Je vois d'ici ces idées qui flottent sur grand écran! J'ai déjà un métier. Il s'agissait d'élucubrations.

Quoi que, je me demande si je ne devrais pas contacter Spielberg… ($)

Accent Grave

samedi, mai 05, 2007

Ces événements qui marquent


C'était l'année de l'Expo. Comme bien d'autres, je dois en parler.

Une exposition universelle du calibre de celle tenue à Paris en 1900. J'avais 10 ans. Mon père nous parlait de la chose depuis longtemps déjà. Pour l'occasion on a construit un métro tout neuf, le pont-tunnel Hippolyte Lafontaine, de grandes îles furent transformées sinon construites à partir de rien dans le St-Laurent. Montréal était un gigantesque chantier, elle se faisait grande et belle. On ne se scandalisait pas des coûts, on ne faisait qu'admirer ces travaux.

Pourquoi tout cela? Montréal, le Québec et une certaine Amérique renaissaient. L'éducation était devenue obligatoire et gratuite, l'église ne décidait plus de tout, les progrès technologiques étaient foudroyants et nous étions à une époque où les travailleurs amélioraient grandement leur niveau de vie. Les plus avant-gardistes sentaient qu'il était temps de faire savoir au reste du Monde que nous existions, que Montréal était plus qu'une bourgade. Il fallait crier "présent ". C'est exactement ce que nous avons fait, nous avons reçu le Monde. Où que l'on vive, en 1967, c'est à Montréal qu'il fallait être. C'est ce qu'on répétait sur les télévisions de tous les pays. Cinquante millions de visiteurs (?) sont venus.

Quelques-uns sont même venus chez nous, je veux dire qu'ils dormaient dans ma chambre. Mes parents louaient nos chambres aux visiteurs alors que mes frères et moi étions relégués au sous-sol. Pour mes parents, c'était un devoir de recevoir ces gens habillés de curieuses façons, qui parlaient des langues inconnues. Il fallait être poli, bien les nourrir, jouer dans la ruelle avec leurs enfants, il fallait même leur prêter nos vélos! Je me souviens de ces jeunes Chinois qui partaient à toute vitesse et ne revenaient pas. Nous partions à leur recherche avec un policier. C'était facile de trouver un jeune Chinois sur un vélo rouge avec un siège banane jaune et des poignés mustang. Y'en avait pas des tas dans le quartier.

Le Monde est donc venu. Des rois, des princes, des vedettes, Jacquie, Robert Kennedy, même De Gaule avait profité de sa visite pour crier un Vive le Québec Libre! Sur le chemin du Roi, entre Québec et Montréal, il avait dit " je croyais renouer avec des cousins d'Amérique mais ce sont des frères que j'ai retrouvés ".

L'exposition s'intitulait Terre des Hommes. J'avais mon passeport, mon premier passeport. Je me rendais sur le site plusieurs fois par semaine, parfois seul, parfois avec des copains, moi aussi je me libérais. J'étais subjugué par cet "internationalisme", par tous ces gens habillés d'une autre façon, par toutes ces musiques, danses et nourritures inconnues. Les filles étaient drôlement jolies et courtement vêtues! Sur le site, on ressentait ce vent de liberté, d'ouverture. C'était la découverte de l'autre, sans préjugés aucuns.

Je crois avoir visité tous les pavillons, collectionné dans mon passeport les visas de tous les pays. Je sautais dans la balade (petit train sur roue) pendant qu'elle roulait ou encore je passais d'une île à l'autre en Expo-Express (vous vous souvenez?). Soixante pays avaient un pavillon, sans compter les pavillons thématiques, ceux des grandes entreprises. Qui ne se souvient pas de celui de Bell Téléphone, là où on projetait un film 360°, pendant qu'on regardait devant, le grondement de la cavalerie se faisait entendre derrière nous, on se retournait pour se retrouver en moins de deux au milieu du régiment équestre. On n'oublie pas ces images.

Jean Drapeau fut un maire qui a marqué Montréal. Je ne l'ai jamais vraiment aimé (aucun souci pour l'urbanisme) mais juste pour avoir organisé cette exposition, je lui pardonne bien des choses. Ce fut un des plus beaux étés de ma vie. À cet âge, ces événements marquent une vie. Les années suivantes, nous pouvions encore nous rendre sur le site. J'y allais et en voyant l'eau couler entre les îles, je me disais que cette eau, 1200 km plus loin, aboutissait dans l'océan et que de l'autre côté de l'océan, il y avait ces pays, d'où venaient ceux ayant dormi dans ma chambre. En Chine, des jeunes devaient se vanter avoir roulé dans les ruelles de Montréal sur un vélo rouge au siège banane.

Aujourd'hui, une exposition de cette envergure pourrait-elle avoir lieu? Pas certain. De nos jours, tout le monde voyage, les communications éliminent les distances, des pays comme le Canada sont devenus des terres d'asiles pour tant de gens. Il me semble qu'il n'y aurait plus cet exotisme, mais peut-être que pour répondre à cette question, il faudrait faire vivre l'aventure à un garçon ou une fille de 10 ans.

Aujourd'hui, les projets d'envergures se buttent à des oppositions, justifiées ou non, aux syndicats qui veulent profiter de la manne, aux "amis" qui veulent décrocher des contrats, aux multiples groupuscules dont la représentation est parfois douteuse sinon burlesque. Tout cela a peu à voir avec la démocratie. Jean Drapeau a voulu récidiver avec les jeux Olympiques de 1976. Ce fut autre chose. L'esprit n'y était pas tout à fait, on avait refusé le droit à Drapeau de financer les jeux avec une gigantesque loterie internationale, ce qui aurait sûrement tout payé. Les loteries étaient illégales à cette époque. Pourtant, l'année suivante, le gouvernement canadien lançait sa première loterie!

Accent Grave

samedi, avril 28, 2007

Et le gagnant est...

Je ne pouvais tout de même pas vous imposer cette torture, celle de choisir un seul livre à emporter, sans que l'on puisse communiquer vos résultats.

Ainsi donc, La Conjuration des Imbéciles aurait aussi été un choix pour Onassis et son second choix aurait pu être La Promesse de l'Aube, le même que Celle qui va! Faut le faire!

On me l'a dit plus d'une fois, je suis cruel. Ainsi, Cristophe, plutôt que de choisir un livre et ainsi trahir les autres, apportera un dictionnaire qui l'aidera à écrire, tout comme Esperanza qui mettra du papier et des crayons dans sa valise.

Brigetoun et Bibco n'ont pu arrêter leur choix sur un livre en particulier. Il est a noter que notre livre préféré n'a pas à être un "classique", ça peut être une bande dessinée, une biographie, un livre de mathématique, le petit cathéchisme !

Je suis cruel mais je ne suis pas égoïste. Ainsi, vous pourrez imprimer la liste de nos participants et si le coeur vous en dit, aller bouquiner!

Cristophe…..Un dictionnaire

Artimon…..Voyage au Bout de la Nuit (Louis Ferdinand Celine)

Zed…..Through the Looking Glass (Lewis Carol)

Celle qui va…..La Promesse de l'Aube (Romain Gary)

Onassis…..Mendiants et Orgueilleux (Albert Cossery)

Zoreilles…..L'Abondance dans la Simplicité (Sara Ban Breathnach)

Guy Vandal…..1984 (George Orwell)

Chroniques Blondes.....Le Don Paisible (Mikhaïl Cholokhov)

En direct des Îles…..L'Éloge de la Lenteur (Carl Honoré)

La marâtre…..L'Étranger (Albert Camus)

Accent Grave…..La Conjuration des Imbéciles (John Kennedy Toole)

Esperanza….. Il apporterait du papier et un crayon.

Bibco………….Ne peut faire de choix.

Brigetoun……..365 choix par année, un par jour!

Bonne lecture,

Accent Grave

dimanche, avril 22, 2007

Votre préféré

De tous les livres que vous avez lus et appréciés, il y en a sûrement un qui vous a marqué plus que les autres. Si vous deviez, toutes catégories confondues, en conserver un seul, lequel serait-ce?

Le mien? Je ne suis pas le plus grand lecteur que la Terre ait porté, je lis tout de même un peu et mes goûts sont éclectiques. Mon choix n'est cependant pas difficile à faire, c'est La Conjuration des Imbéciles de John Kennedy Toole.

En guise d'entrée, l'auteur cite Swift:

Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui.

Pourquoi ce livre? Il y a longtemps, une grande lectrice me l'avait recommandé en me prévenant: " tu vas adorer ou alors tu vas le détester, tu n'oublieras pas. " Elle avait raison. J'ai connu plusieurs personnes qui l'ont lu, aucun n'est resté indifférent.

Peu de gens diront que c'est de la grande littérature, quoi que certains passages méritent d'être enseignés, pas facile de résumer l'histoire. Quand vous découvrez qu'une personne près de vous a lu Toole, des sourires, des esclaffes, des récitations s'en suivent. Pour ceux qui ont détesté, les expressions faciales sont frappantes et quoi qu'il en soit, à la fin, les rires fusent. Les grandes œuvres, c'est comme les beaux voyages, avec le temps ils agissent dans notre cerveau. Ils laissent une trace en nous et plus le temps passe, plus cette trace devient marquante. Le contraire se produit avec les plaisirs instantanés qui amusent sur le coup, mais disparaissent aussi vite qu'apparus.

John Kennedy Toole rêvait d'écrire, c'était toute sa vie. Ce livre fut, on le croyait alors, sa seule oeuvre. Dans le but d'être publié, il cogna aux portes, en vain. Il perdit confiance, se cru sans talent et se suicida. Dix ans plus tard, sa mère remet le manuscrit à quelqu'un d'influent qui trouve le bouquin génial, hors catégorie. Un éditeur accepte de le publier, et cette même année le bouquin remporte le Pulitzer.

On découvre ensuite que Toole avait écrit un autre roman, à l'âge de 17 ans. C'est La Bible de Néon. Ce seul livre témoigne de l'immense talent du jeune homme. Il m'arrive d'imaginer ce que Toole aurait écrit s'il n'avait pas mis fin à ses jours. L'Amérique ne serait pas la même.

Donc, quel livre apporteriez-vous sur une île déserte? (pas de manuel de survie s.v.p.)

Accent Grave

dimanche, avril 15, 2007

Lettre aux vrais blogueurs

Êtes-vous ordinaire? Pas moi. Peut-être ne suis-je pas extraordinaire, mais je ne suis certainement pas ordinaire. J'aime me croire particulier, sinon singulier. Ma copine est unique, mes enfants le sont aussi, même mon chien a un p'tit rien qui lui est propre. Dire de quelqu'un qu'il est ordinaire c'est l'insulter. Être ordinaire équivaut à n'être pas grand-chose, c'est vexant. Pour tout vous dire, je ne connais personne d'ordinaire. Que les gens ordinaires se lèvent! Restez assis, vous n'êtes pas de cette graine là.

Dites-moi, pourquoi les politiciens qui s'adressent au monde ordinaire connaissent-ils tant de succès? À qui s'adressent-ils? Serait-ce un atout qu'être ordinaire? De parler en leur nom? Mario Dumont fait des pieds et des mains pour qu'on le considère comme l'ordinaire des ordinaires. Or, il est loin de l'être. Qui donc, avant d'avoir eu 40 ans a siégé tant d'années à l'Assemblée Nationale et mérité une retraite sans avoir pratiqué un instant son métier? Ordinaire ça? Plutôt faux cul.

Dans la foulée, on dira que le monde ordinaire c'est le vrai monde. Selon une logique qui m'échappe, ce qui est ordinaire est synonyme de vrai et le vrai monde ça dit les vraies affaires! Le représentant des gens ordinaires ne craindrait pas de dire les vraies choses! La boucle est bouclée. En se disant ordinaire on peut représenter le vrai monde et on ne craint pas de dire les vraies choses. De plus, il paraît que cela équivaut à mettre ses culottes! C'est facile à comprendre, ce qui est vrai est toujours simple. Après tout, il faut bien que le monde ordinaire, le simple monde, comprenne!

Et ça marche! Voyez plutôt: après le dernier scrutin québécois, les perdants furent accusés de ne pas s'être montrés assez près ou compris des gens ordinaires! C'est lassant à la fin.

Pernicieux vous dites? Chers lecteurs, vous m'épatez! On voit tout de suite que vous n'êtes pas ordinaires! Vous avez compris que les politiciens qui emploient sans relâche ces termes et expressions lors de campagnes électorales sous-entendent que leurs adversaires ne sont pas des gens ordinaires et qu'ils ne peuvent donc pas parler des vraies affaires, cerner les vrais enjeux, trouver de vraies solutions et encore moins représenter le vrai monde. Ils constituent une race à part, celle des élites. Quel vilain mot que celui-là.

Depuis plusieurs années, au Québec, il faut abattre l'élite, la mépriser, la marginaliser. Toute personne affichant une quelconque particularité, des idées, de l'instruction, de la richesse ou une notoriété quelconque devient suspecte. Aucun lien n'est possible entre l'élite et le vrai monde. De plus, l'élite, c'est toujours les autres. De la folie à l'état pur, du snobisme inversé. Pour obtenir la confiance des gens, il faut se confondre, ne pas dépasser d'une tête et faire semblant que ce que dit le monde ordinaire est parole d'évangile.

Je m'inscris en faux. Pour diriger ou bâtir un pays, il faut quelqu'un d'extraordinaire, quelqu'un qui se démarque, qui ne craint pas la distinction. À la tête d'un gouvernement, je souhaiterais avoir quelqu'un de remarquable que l'on aimerait appuyer. Je ne veux pas d'un politicailleur dont le but serait de satisfaire un électorat ordinaire qui n'existe même pas. Gens ordinaires, si vous existez, restez cachés. Les grands personnages de l'histoire, je ne parle pas des guerriers ou des aristocrates, mais des autres, ceux dont on se souvient et qui ont amélioré notre sort, qu'avaient-ils d'ordinaire? Rien!

Des mots creux? Chaque mot a sa raison d'être. Par contre, l'utilisation douteuse des mots extirpe leur signification et ne laisse qu'une enveloppe vide. Conservons une certaine simplicité ainsi qu'une belle humilité mais quand tout devient simple à l'extrême, c'est qu'on nous berne. Il arrive que l'ordinaire sonne faux.

Accent Grave

samedi, avril 07, 2007

Des poteaux et des hommes


Dans une chanson, Félix Leclerc clame que les arbres désertent nos campagnes en faveur des villes, que nos forêts sont maintenant dans nos cours.

Il y a quelque temps, je recevais le responsable de l'entretien du réseau électrique d'une région de la France (EDF). Nous marchons dans un quartier résidentiel. Son regard est aérien, à chaque coin de rue il cherche l'alignement, à chaque deux cents pas il tente de comprendre l'enchevêtrement qu'il voit.

C'était sa première visite en Amérique, vous savez, cette Amérique jeune, nouvelle, moderne, technologiquement avancée. S'il ne s'attendait pas à voir des Iroquois ou des ours dans ma cour, il ne s'attendait pas non plus à y retrouver tant de poteaux, je parle de ces arbres sans branches ni feuilles, reliés et soutenus les uns aux autres par des câbles, par d'innombrables fils.

Du bout de la rue, il ferme un œil et regarde, penche la tête d'un côté, puis de l'autre. Certains poteaux penchent à droite, d'autres penchent à gauche, aucun n'est droit, aucun n'est aligné. Il y en a dans la rue, d'autres sur les trottoirs. Plusieurs sont dans les ruelles. Les plus négligés sont figés au milieu de la rue, nous on ne les voit plus, on les évite sans faire de cas, comme pour ceux qui sont au milieu du trottoir. À ceux-là, on leur a fait un trou carré, c'est aux piétons à les contourner. Nos poteaux sont rois.

Parlons aussi des inséparables, ces jumeaux retenus ensemble par des "X" en acier; l'un est solidement planté et l'autre ne touche pas au sol. C'est celui qui ne touche pas au sol qui supporte les fils, il est lui-même supporté par son acolyte, plus jeune, plus robuste. Ça, c'est du travail d'équipe! Temporaires ces installations? Oui, depuis dix ans. Mon ami sourit et dit: " Tu m'étonnes! "

Indispensables les poteaux. Ils soutiennent les fils de téléphones, ceux de nos câblos-diffuseurs, de la distribution basse tension et au sommet, de la haute tension, des systèmes d'éclairage et font aussi office de babillards. Il y a aussi les transformateurs, les épissures, les parafoudres et j'en passe. Tant qu'à y être, on y fixe aussi nos clôtures, nos cordes à linge et ces dernières sont nombreuses dans les ruelles de Montréal. On s'y rend. C'est l'apothéose, surtout un jour de lessive.

Il me dit:

" Dans ma région, pour un quartier semblable à celui-ci, si deux poteaux ne sont pas parfaitement alignés je reçois des plaintes, s'ils ne sont pas jolis, c'est-à-dire en acier ou en ciment recouverts d'un fini semblable à du gravier, s'ils ne s'harmonisent pas avec le reste, c'est pareil. Enfin, nous tentons d'enfouir au maximum, du moins dans les quartiers équivalents à ceux d'ici. Je ne m'attendais pas à voir tant de poteaux chez vous, votre société est jeune, ce quartier est nouveau, vos constructions sont plus récentes que les nôtres, vous avez des hivers rigoureux, de la neige, du verglas, vous avez beaucoup d'espace. Aucune raison d'avoir tous ces poteaux et je suis consterné devant cet amalgame d'équipements hétéroclites accrochés à vos poteaux! "

Un automobiliste gare son VUS, à deux pas de nous, sa femme ouvre sa portière qui heurte un poteau. Elle se contorsionne pour sortir du véhicule et referme la portière sans même constater s'il y a dommage. Mon ami s'esclaffe en riant: " finalement, chez vous y'a jamais rien de très grave!".

Depuis, j'observe souvent le paysage de façon aérienne. Je photographie des poteaux, pas seulement les plus insolites, les autres aussi. J'y vois maintenant l'expression d'un mode de vie, ce n'est pas exclusif à la ville, au contraire. Lors de votre prochaine balade, ne regardez pas vos pieds. Prenez des clichés. Nous pourrions organiser une exposition sur le sujet. Et puis, sans nos poteaux, où nos candidats installeraient-ils leurs affiches électorales?

Venise a ses gondoles
Miami ses palmiers

Que voit donc l'étranger
Quand il arrive ici?

Nous autres c'est les poteaux

Y en a quatre dans ma cour
Pis c'est une tout' p'tite cour
2000 le long de ma rue
Pis c'est une tout' p'tite rue

Où est-ce qu'i sont nos forêts?
Sont en ville donc
Prisonnières pour la vie
Dans l'goudron donc
Avec des pendants d'oreilles de verre
Et des cheveux de fils entortillés


Accent Grave

samedi, mars 31, 2007

Vision d'horreur!

Au petit matin, un jour de la semaine dernière, mon fils fait bouillir de l'eau sur un rond de sa cuisinière, une cuisinière électrique. Il utilise cette eau pour son thé puis ferme le rond. Un instant pus tard il déguste son breuvage, adossé à la cuisinière. Il sent une chaleur au dos, sûrement le rond qui est encore chaud et qui dégage de la chaleur, pas désagréable alors qu'il fait frais.

À la seconde suivante sa chemise prend peu, tout comme son t-shirt de coton. Incapable de retirer les vêtements qui se confondent déjà avec la peau qui brûle, il tente de se rendre à la douche mais n'y arrive pas. Il se jette au sol et se roule en espérant que cela étouffera le feu. Cela ne suffit pas, les flammes persistent comme s'il s'agissait d'une bûche imbibée d'essence. Sa copine survient et le recouvre illico de serviettes, ensuite de serviettes mouillées.

Les conséquences ne seront finalement pas catastrophiques. Malgré que son dos au complet fut brûlé par les flammes, ces brûlures sont du second degré, il s'en tirera sans greffe de peau. Il fait de la physio quotidiennement et en prenant des antidouleurs le mal paraît supportable. Il en a pour plusieurs semaines de traitements quotidiens (bains anti-bactériens et enlèvement des tissus brûlés) avant d'espacer ces rencontres. Son année universitaire est bien sûr en péril, sans parler des autres désagréments comme ne jamais pouvoir s'adosser nulle part, devoir dormir d'une façon particulière, etc. L'important c'est que sa vie ou son apparence ne soient pas en péril.

Que s'est-il passé exactement? Je l'ignore. Je ne sais pas tout. Du coton, même si ça brûle, ça ne devrait pas s'incendier comme ça. Le rond était fermé depuis près d'une minute!

Plusieurs me disent que les assouplissants rendent les tissus extrêmement inflammables et à tout le moins enlèvent les propriétés ignifuges aux tissus et que dans plusieurs pays, on pense les interdire. Ce sont des collègues de travail qui me disent ça. Les professionnels de la santé n'ont rien dit de tel à mon fils ou sa compagne. Qu'en est-il exactement? Je ferai quelques recherches sur le sujet.

J'écris cela pour vous prévenir. Je sais, et vous aussi le savez, il n'est pas indiqué de s'adosser à une cuisinière dont un rond est encore chaud, mais j'ai cru bon de vous prévenir du danger que peut représenter toute source de chaleur. J'imagine un jeune enfant dont les vêtements prendraient feu de façon semblable. Si la lecture de ce fait vécu peut vous rendre plus prudent, cela aura valu la peine de l'écrire. Des incidents ou accidents du genre bouleversent des vies, soyons prudents, la vie nous réserve suffisamment d'épreuves sans notre aide.

Accent Grave

lundi, mars 26, 2007

Dimanche de rêve




Voilà à quoi nous avons eu droit aujourd'hui, un dimanche de rêve. À la surface du majestueux St-Laurent, les glaciels se laissaient porter, tout doucement, vers le Grand Bleu. Parallèlement, sur la rive, nous roulions dans la même direction, sans destination précise, une balade du dimanche.

En apercevant les immenses usines couleur rouille, vétustes, témoins d'une époque ou les aciéries et les importants chantiers navals procuraient du travail et de bons revenus, je savais que j'entrais à Sorel.

C'est aujourd'hui que l'hiver passait le flambeau au printemps. La neige encore blanche fondait sous le soleil, nous avions troqué nos vêtements d'hiver pour quelque chose d'un peu moins épais.

Les érables morvent, c'est donc le temps des sucres. Autant de raisons pour fêter. Au marché public, il y avait de la musique, plein de gens enroulant de la tire à leurs bâtonnets. Les chiens du nord n'avaient pas encore chaud, ils dormaient sur le foin ou jouaient avec les enfants. C'était frais à l'ombre, confortable au soleil.

Demain les Québécois iront voter, les candidats discouraient donc sur la place publique, ils serraient des mains, souriaient aux passants, on y aurait presque cru! Les gens étaient heureux, ils n'écoutaient pas mais se sentaient bien car ils étaient ensembles, en famille, entre voisins.

Aujourd'hui on s'est offert un dimanche en cadeau, un dimanche ailleurs que chez nous, là où le Richelieu encore tout glacé se marie au St-Laurent.

Accent Grave

samedi, mars 17, 2007

Comment devenir un écrivain


Tout dernièrement, le cercle littéraire recevait Jean Barbe. C'est une jolie brochette que celle de cette année. En littérature ce que j'aime surtout, c'est lire. Évident? Pas tant que ça.

Certains préfèrent écrire, d'autres aiment les livres en tant qu'objets, j'en connais qui passent leur vie à décortiquer, analyser, critiquer ce qui est écrit. À l'image des paparazzis d'autres courent après les autographes, ils vénèrent leurs auteurs et font tout pour les rencontrer. N'oublions pas ceux qui éditent, impriment, corrigent, relient, vendent, illustrent, collectionnent, … etc. C'est un monde en soi.

Je dois vous avouer que pour ma part je suis tout de même affublé d'une petite lubie. Chaque fois qu'un auteur nous rend visite, je tente de savoir comment il écrit. Techniquement s'entend. Écrivent-ils la nuit? Écrivent-ils d'un seul trait? Corrigent-ils? Ont-ils un plan d'écriture conçu d'avance? Vous le saviez, il n'existe pas UNE façon d'écrire, pas de recette miracle. Il y a autant de manières d'écrire qu'il y a d'écrivains ou de façons de vivre. Et puis, c'est quoi un écrivain? Suffit-il d'écrire pour en être un ou faut-il publier pour être reconnu comme tel? Est-ce vraiment important? Non.

Toujours est-il que Jean Barbe m'a étonné. En lui posant une question à ce sujet, il a esquissé un petit sourire et a sorti un cahier de son sac, un cahier dans le genre de ceux qu'utilisent les ingénieurs: Noir, à couverture rigide, avec une marge. Il a ouvert ce cahier au hasard, en prenant soin de garder un bras de distance, pour qu'on ne puisse pas lire! C'était son prochain roman.

Tout était écrit à la main, de façon serrée. Pourquoi écrire ainsi? Pour ne pas corriger, réécrire. À peine annotait-il quelques détails dans la marge. Jean Barbe écrit tout à la main. Il écrit sans aucun outil, sans référence, seulement un crayon, un cahier, une table et une chaise.

Jean Barbe est le patron chez Leméac. Il en voit beaucoup, il est à l'aise avec un ordinateur, il n'a rien contre le progrès, au contraire. Mais pour lui, écrire c'est avec une plume et du papier que ça se passe. Pourquoi?

" Pour ne pas tuer ma spontanéité, mon originalité et peut-être le génie des mots qui viennent spontanément à mon esprit, mots qui ne sont pas toujours parfaitement agencés, mais qui sont les miens ". Il a bien sûr déjà écrit à l'ordinateur et profité de l'aisance de la correction, de la facilité de modifier le texte, d'ajouter des choses, d'en retrancher et à la limite, de tout refaire. Il dit avoir ainsi pondu des phrases absolument correctes, mais aussi sans âme. Il serait ainsi revenu à son cahier.

Malgré le bras de distance qui nous séparait des pages noircies de son cahier, certains parvenaient à lire. Il referma son cahier et le remit dans sa besace.

- Et vous traînez votre cahier partout?

- Absolument partout.

- Ne craignez-vous pas d'oublier, de perdre ou de vous faire voler votre sac?

- Cette possibilité n'est pas envisageable.

Voilà pour Jean Barbe. Cette façon d'écrire est la sienne, c'est tout. Comment devenir un monstre? Comment devenir un ange? Si ses livres furent écrits de cette façon, d'autres hommes et d'autres femmes écrivent en fonction de leurs propres habitudes, petits trucs et peuvent connaître autant de succès. Je le sais bien, il n'y a pas de voie unique, néanmoins, cela m'intrigue toujours. C'est une manie chez moi de savoir...

Accent Grave

samedi, février 24, 2007

D'un monde à un autre


L'hiver québécois fut tardif cette année. Nous n'avons rien perdu pour attendre. Depuis cinq semaines personne ne parle du réchauffement planétaire. Il fait si froid que les chiens tremblent pour se réchauffer. Pour s'en rendre compte, il faut tout de même sortir de nos demeures, de nos bureaux, de nos voitures, de tout ce qui isole. Même à l'extérieur, nos Kanuks, ces espèces de burkas nordiques développés pour l'Arctique nous maintiennent au chaud.

Cet environnement adapté à notre réalité va de soi, tellement évident que nous le considérons naturel. À -30°C, avec des vents à écorner les bœufs on se balade dans nos chaumières en "bobettes", comme si de rien n'était. C'est par la radio et la télé qu'on apprend s'il fait chaud ou froid. Nous vivons dans un monde qui en côtoie d'autres, des réalités bien présentes qu'on ignore parce qu'on ne les voit plus, parce qu'on ne les vit plus.

Malgré tout, il arrive que l'on doive momentanément abandonner notre monde douillet pour être projeté ailleurs. Je pense à cette soirée de St-Valentin. Ce jour-là, une tempête digne de ce nom s'abattait chez nous. Dans la région de St-Jean, une simple chute de neige ressemble déjà à une fin du monde. Cela est dû à une géographie particulière, à un micro climat, désavantageux diront certains. J'étais là.

Toujours est-il que ma copine et moi circulions sur une petite route de campagne, en bordure du Richelieu, bien au chaud dans notre coque de noix jadis qualifiée de voiture. En ce début de soirée, nous étions seuls sur la route, les rafales déplaçaient mon vieux bazou latéralement, on ne distinguait rien à plus de cinq mètres. En rase campagne, au milieu de rien, les quelques lampes témoins du tableau de bord s'éteignirent, le moteur cala, plus rien. En un instant, il n'y avait plus de radio, plus de lumière, plus de chauffage, pas de feux de signalisation, rien.

Twilight Zone! Nous venions de basculer dans un autre monde, comme ça, le temps d'un blasphème. Nous n'entendions que le vent, le blizzard, en pleine noirceur. En moins de trente secondes, la neige recouvrait le pare-brise, nous sentions le froid entrer. N'importe quel véhicule ayant passé par là nous aurait emboutis. Il fallait sortir, c'est ce que nous avons fait. Rapidement, j'ai braqué les roues et avons poussé notre monture, tant bien que mal sur le bas-côté. On s'est ensuite éloigné de quelques pas au cas où… Nous avons trouvé un petit coin à l'abri du vent. À cet endroit, la neige tombait verticalement. Ma copine s'allume une cigarette et moi j'inscris un grand cœur dans la neige en pissant. Après tout, c'est la St-Valentin!

Où donc étions-nous? Je veux dire, sur quelle planète? En temps normal j'aurais reconnu les lieux, nous aurions marché peut-être trente minutes pour rejoindre la civilisation, mais là, je ne reconnaissais rien, aucun repère. Dans le blizzard, difficile d'imaginer une marche de quelques km sans être vêtus en conséquence. Il n'y avait plus ces émissions radio si familières à cette heure de la journée, pas de lumières, même pas de route, aucun repère, rien d'habituel. J'avais l'impression qu'on nous disait: C'est quoi le problème? Débrouillez-vous, vous êtes chez vous, dans votre jungle. Curieusement je me sentais calme, serein. Même mon patron ne pouvait me rejoindre…

Mon patron? Faux, il pouvait me joindre. La nature n'a pas prise sur lui. Nous avions un portable, et la pile n'était pas à plat. Dommage! Nous avons tout de go communiqué avec un service de remorquage. En entendant la voix de mon interlocutrice, mon nouvel environnement a disparu, nous étions revenus chez nous. Ce simple lien presque virtuel avait remporté le combat contre la tempête. Les Dieux pouvaient aller se rhabiller. Vingt minutes plus tard, les phares d'un immense camion, on aurait dit une locomotive, apparaissaient comme par magie, sans que l'on ait pu voir venir la chose.

Sur la route nous menant au garage ma copine me dit, amoureusement, qu'elle n'avait jamais fait autant de balades en remorqueuses depuis qu'elle me connaît. C'est ça l'amour. Alors que les mécanos s'affairaient sur mon antiquité, nous sommes allés nous restaurer dans une brasserie de type sportif. Des écrans géants diffusaient un match de hockey, la place était animée, ça parlait fort, dehors c'était la tempête, mais ici il faisait chaud. J'étais là, et j'étais ailleurs. Je me disais qu'à dix kilomètres de là, ou à des millers, il y avait peut-être quelqu'un, sans téléphone qui écoutait le vent, regardait la neige tomber et traçait des cœurs jaunes dans la neige.

La soirée fut beaucoup plus longue, une fois repartis nous sommes de nouveaux tombés en panne, dans une situation beaucoup plus critique. À peine croyable, mais je ne veux pas faire trop long, j'en passe. Je retiens que lors de cette soirée, on s'est baladé d'un monde à un autre, plusieurs fois. Le lendemain, il n'y avait plus de vent, plus de blizzard, juste un grand calme et des tonnes de neige vierge, aucune voiture dans mon allée, aucune trace de la nuit passée, sauf celles que les lièvres avaient déjà faites. Était-ce un rêve? Une leçon?

Lors de la même tempête, à Québec, en pleine ville, un jeune athlète brave le début de tempête pour faire de la marche rapide. Il ne reviendra jamais. On le retrouve quelques jours plus tard, mort, sous la neige, en pleine " civilisation". Il avait seize ans, c'était un espoir olympique, un espoir sans téléphone portable.

Entre la vie, le bonheur et la déchéance, la dégringolade, la ligne est mince. Sans qu'on le sache, nous sommes des funambules. Lorsque l'on perd l'équilibre l'important c'est de tomber du bon côté. Il suffit d'un instant pour passer d'un monde à un autre.

Accent Grave

samedi, février 10, 2007

Encore et encore...

L’immobilisme passé de nos élus en ce qui regarde lesdits " accommodements raisonnables " favorise aujourd’hui les actions individuelles parfois illégales, empreintes de xénophobie et par conséquent hargneuses. L’action appelle la réaction. Ces réactions seront du même ordre, mais à contre-sens, elles-mêmes entraîneront des contre-réactions. J’arrête ici, car après " contre-réaction " j’ignore quel mot employer, vous comprenez le principe.

Le sang ne coulera pas, ce n’est pas dans nos mœurs. Il y aura cependant des cris, tout le monde se dira plus tolérant que l’autre, mais comme la tolérance a ses limites, celle des uns deviendra inacceptable pour les autres. Il faudra bien sûr utiliser d’autres mots ou revoir c’est quoi la tolérance. Ça me rappelle un excellent texte d’André Bérard à ce sujet.

La suite n’est-elle pas prévisible? Nous vivrons nombre de variations sur un même thème. Tout ce qui menace l’identité, qu’il s’agisse de la langue, de la religion, ou des traditions nous rend nerveux.

Statuer sur ce qui n’est pas acceptable en matière d’accommodement? Absolument d'accord, mais je doute qu'on le fasse comme il le faudrait. Une réalité existe, ces gens venus d'ailleurs sont bel et bien là et qu'on le veuille ou non, ils n'ont pas moins de droits que les autres et doivent comprendre qu'ils n'en n'ont pas davantage non plus. Les " accommodements " sont BEAUCOUP plus nombreux qu'on ne le croit. Pour faire passer le message il faut impérativement décréter que nos institutions sont laïques ainsi que certains lieux publics. Personne ne doit discriminer et imposer quoi que ce soit sur la base d'une religion ou d'une croyance. Cela me semble un minimum.

Pour y arriver il faudra jouer du coude avec les orthodoxes, les intégristes, les puissants et leurs avocats. Cela n'est pas dans nos habitudes. De plus, il faudra probablement se soustraire à la charte des droits et libertés. Dans les années 70 et 80, nous avions une meilleure politique d'accueil, mais soyons honnêtes, le monde a changé. Instaurer une procédure semblable, bien que souhaitable, ne suffirait vraiment pas.

La France, plus identitaire que nous, a tenté de mettre les choses au clair en matière d'accommodements, les musulmans crient au scandale parce qu'un journal satirique reproduit l'image de Mahomet. Rien à voir avec les accommodements? Chose certaine, les valeurs françaises ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Un homme politique s'est au moins prononcé là-dessus. Il faut un brin de courage pour agir correctement sans tomber dans la passion et malgré cela, des situations explosives surviendront. Pour chaque événement qui fera la Une, tout le monde, même ceux qui ne vivent pas ces réalités se sentiront interpellés. Beaucoup de " gestion de crise " à l'horizon, " attachez vos tuques " comme dirait Zed.

Charest a demandé à un comité d'examiner la chose. Taylor et Bouchard, le frère de l'autre, un homme que j'estime beaucoup, dirigeront un comité (le premier?) qui étudiera la chose pendant un an! Les pistes de solutions n'auraient-elles pas dû émaner de nos élus? Il aurait fallu mettre cette commission sur pied bien avant. Jugeons le gouvernement sur ses actions passées, pas sur des promesses. Il suffisait de regarder ailleurs pour savoir que nous ferions face à cette réalité plus tôt que tard. Charest espère que l'actualité traitera d'autre chose quand le dernier né des comités publiera son rapport. Pensez-y, qui vote pour qui?

Les incidents des dernières années (écoles juives subventionnées, etc.) généreront quelques promesses de la part des candidats et avant même que les bourgeons ne se greffent aux branches, d'horribles et d'innombrables affiches apparaîtront à nos poteaux. Le grand cirque se met en branle, on nous promettra le paradis à tour de bras.

Accent Grave

mardi, janvier 30, 2007

Après les bêtises de Cambrai, celles d'Hérouxville

Hérouxville? C’est où ça? J’ai toujours cru que l’endroit le plus reculé du Québec, peut-être aussi de la planète, c’était St-Amable. Aujourd’hui je m’interroge. Hérouxville aurait-il, en ce domaine, déclassé le haut lieu de la patate, de l’asperge et du pneu brûlé?

Il n’est pas rare qu’un modeste village devienne connu du fait qu’un personnage important y soit né, qu’il s’agisse d’un grand général, d’un pape ou d’un chef d’État. Ainsi donc, André Drouin, inconnu de tous à ce jour, pourrait faire inscrire le nom de son bled, jadis tout aussi inconnu que lui, dans les livres d’histoire.

Les générations futures pourraient apprendre que grâce au citoyen Drouin, l’Occident, en particulier Hérouxville, aura préservé sa culture et tout ce qui l’identifiait. Ce conseiller municipal, appuyé par une poignée de braves, aura fait en sorte que l’arrivée d’immigrants ne bouleverse pas les mœurs et coutumes de notre beau pays. Aucun sang n’aura coulé, point de révoltes ou de répression auront été nécessaires. Il aura suffi de rédiger et de distribuer un "code de vie" destiné à ceux qui voudraient venir s’établir chez nous.

Sans blague, comment des élus municipaux peuvent de façon solennelle (sic) statuer que la lapidation est interdite dans leur patelin! Comment ces gens en sont-ils arrivés à croire que l’ennemi est à leur porte, un ennemi qui rêve de conquérir Hérouxville, de transformer cette bourgade en une cité islamique orthodoxe? Ça me rappelle ces Américains en milieu rural qui avaient littéralement emballé leur maison dans du papier plastique pour se protéger de gaz toxiques que des terroristes menaçaient de leur expédier… aux dires de certains.

Ignorance? Stupidité? Folie? Moi je pense que c'est de la bêtise, car la bêtise entraîne la bêtise. En effet, si quelques imbéciles décident qu'un Sikh qui travaille au port peut porter son turban à la place d'un casque de construction, d'autres imbéciles proclameront que dans leur village il sera interdit de cacher son visage, sauf le jour de l'Halloween.

Une personne normalement intelligente est en mesure de discerner les cas isolés, elle sait que ce conseil de ville ne représente pas l'ensemble des citoyens, que la majorité des nouveaux arrivants s'adaptent bien à leur nouveau pays. Une personne le moindrement sensée doit savoir que les médias montent en épingle les incidents exceptionnels, qu'il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre. On peut blaguer au sujet de ces choses, faire semblant de s'offusquer mais dans le fond, on sait que la réalité c'est autre chose.

Mais voilà, tout le monde n'est pas normalement intelligent. Il y aura toujours quelques illuminés pour exiger que leurs enfants aillent à l'école canadienne avec un couteau sous leurs vêtements et en contrepartie, ou plutôt dans la même catégorie, d'autres se sentiront mieux quand ils auront inscrit dans une constitution municipale qu'un arbre de Noël c'est dans la tradition locale. On ne peut pas grand-chose pour ces gens, sauf de leur faire un peu de publicité, leur offrir un moment de gloire.

En entendant la nouvelle, on a le droit d'applaudir, de rire ou de se choquer, mais juste un instant. Ensuite il faut remettre les choses dans leur perspective, réfléchir un brin et réaliser qu'heureusement un tel code de vie ne fera jamais autorité, autrement, d'autres codes qui feraient moins notre affaire pourraient être rédigés dans d'autres municipalités de chez nous.

Nous tenons à être ce que nous sommes? Et bien, soyons nous-mêmes, tout simplement. Quand on nous demande un accommodement déraisonnable, refusons-le, c'est pas compliqué. Élisons des gens qui sauront définir ce que peut être un accommodement basé sur la raison et surtout cessons de mépriser notre culture, vivons-la, respectons-nous et acceptons des autres ce qui nous rendra meilleur, acceptons aussi que tout le monde n'a pas à être comme nous.
La peur, cette maudite peur, elle paralyse notre jugement, elle nous rend faible et parfois un peu fou. Soyons un peu plus sûr de nous, ainsi, on nous respectera tout naturellement.

Accent Grave

samedi, janvier 20, 2007


Hier soir, comme nous le faisons souvent les vendredis, nous sommes allés bouquiner en ville. On s'est arrêté quelques minutes à la bibliothèque (BanQ). Bien calé dans un fauteuil du troisième étage j'ai plongé dans mon bouquin. Après un moment, l'effet conjugué de la fatigue et d'un bon repas a provoqué la fermeture de mes volets. Je suis donc tombé dans un demi-sommeil jusqu'à ce qu'un agent m'apostrophe.

- Pardon Monsieur, il est interdit de dormir.

- Quoi? Mais je ne suis pas venu pour passer la nuit, je me suis assoupi en lisant.

- Il est interdit de dormir.

- Vous ne savez pas dire autre chose?

- Interdit de dormir à la bibliothèque.

- C'est à cause de ma religion, elle m'oblige à méditer dans un lieu public.

- …

- Ne me feriez-vous pas un p'tit accommodement raisonnable, c'est dans la charte des droits et libertés.

- Il est interdit de dormir à la bibliothèque.

- C'est de votre faute aussi, j'ai pris ce livre sur vos rayons, et il est d'un ennui…

- C'est un règlement Monsieur.

- Très bien, mais si je vous parle, c'est que je ne dors pas.

Je blague, c'est la façon avec laquelle le jeune homme abordait les gens qui me faisait rire. La grande popularité de cette nouvelle bibliothèque force les autorités à une surveillance un peu plus stricte. Au grand bonheur de tous, beaucoup de gens ont adopté leur bibliothèque tant espérée. Quand je pense à tous ces trésors qui étaient pratiquement inaccessibles avant l'ouverture de la nouvelle BAnQ. On surveille davantage les enfants et bien sûr on ne tolère plus les téléphones et autres gadgets qui sonnent. On avise les gens qui mangent sur place et on interdit l'accès, ou plutôt le camping, aux sans-abri qui cherchent refuge quand le mercure descend trop bas.

Je comprends, mais entre vous et moi, existe-t-il meilleur endroit pour se taper une p'tite sieste? L'édifice est bien chauffé, silencieux et offre de confortables fauteuils avec vue sur la ville. La prochaine fois, je porterai la burka et des lunettes noires. Ainsi atriqué, qui osera m'importuner? Le tout consistera à ne pas ronfler.

N.B.
Je sais, la blague concernant la burka était facile, mais puisque le très récent brouhaha concernant nos nouveaux arrivants m'exaspère, autant m'en amuser.

Accent Grave

dimanche, janvier 14, 2007

Un peu de recul peut-être?

Rester en marge de l'actualité a du bon. Il suffit de feuilleter un journal après une retraite pour constater la chose. Imaginez cela: quelqu'un revient d'un séjour prolongé, a dû se concentrer sur un projet ou fut reclus pour une raison ou une autre. Ce matin, il revient sur Terre et se procure un journal.

Il apprend que grâce à une écharpe verte et à un concours de circonstances, Stéphane Dion est devenu chef du Parti libéral. QUOI? Il n'a jamais été vert Dion. C'est quoi cette histoire? Des journalistes considèrent maintenant qu'il est intelligent, habile, c'est quelqu'un quoi. Hein? Pincez-moi!

Plus loin, il lit qu'un autre type, Steven Guilbault, est convoité par tous les partis politiques. Fait-on allusion au " fumeux de pot ", au pouilleux passé-date de Market Street, Cisco? Courtisé par les conservateurs? Les libéraux? Le PQ? L'ADQ? Il s'est coupé les cheveux? Il porte le costume? Arose-t-il son asphalte?

Il apprend que le ministère de l'Environnement est devenu un ministère vedette. Ce ministère ne servait qu'à "tabletter" les gens, la dernière en liste fut cette jolie "pitoune" de l'Ouest, celle qui par son anatomie combattait la pollution visuelle.

Plus loin on comprend que le parti conservateur, celui du pétrole, du recul social et de la bible entreprend un virage vert. Sa stratégie serait de doubler les verts, les démocrates et les libéraux par la droite (sic)!

Charest annoncera aussi des mesures écologiques. QUI? Charest. Celui du Mont Oxford? Ben… oui.

Décidément, il n'aurait pas fallu s'absenter. Ça va trop vite. Aux dernières élections provinciales les enjeux étaient la santé, les impôts trop élevés. Les libéraux pourraient gagner les prochaines élections? Ceux qui n'ont pas baissé les impôts, qui exerçaient le pouvoir alors que la "C BEN DIFFICILE" se multipliait dans les coins de chambres? Ceux qui dirigeaient les opérations en revoyant les normes pour ensuite dire que les statistiques sont maintenant meilleures. On oublierait tout ça pour un peu de vert dans les discours?

Aux dernières élections fédérales ça parlait de sécurité nationale, de guerre contre le terrorisme (le mot s'essouffle), ça parlait industrie, développement économique. Le seul vert qui comptait réellement était celui des billets américains. Selon un article dans le journal, ces mêmes gens nous surprendront par leurs annonces vertes!

Le début de l'hiver fut anormalement doux, sans neige. La fin du Monde était à nos portes. On projetait planter des bananiers sur le terre-plein de la rue Sherbrooke. Le temps était doux et ceux qui appréciaient étaient des inconscients. El Nino, les gaz à effet de serre et les pets de vaches se sont concertés pour provoquer dans notre coin de pays et en d'autres endroits (comme à chaque année) un vent de folie. Pas question d'écouter ce que disent les vrais observateurs, ceux qui parlent de la chose depuis toujours et qui savent relativiser. Pas le temps, le climat s'emballe, c'est la fin du Monde et le premier qui met une bûche dans son foyer sera pendu haut et court. On votera pour n'importe quel imbécile promettant une hausse des impôts, pour combattre ce réchauffement bien sûr.

Non mais… peut-être qu'on devrait réfléchir, penser à long terme…

TA GUEULE IMBÉCILE! TU COMPRENDS RIEN, C'EST UNE QUESTION DE SURVIE. IL FAUT SAUVER LA PLANÈTE.

Mon voisin est d'avis qu'à l'image du corps humain, toute cette eau reçue à la place de la neige, c'est de la morve que la Terre produit pour combattre le virus que nous sommes.

Il se trompe lui aussi. La planète n'est pas menacée, c'est l'homme qui l'est. Nul doute que l'homme ne survivra pas, et la planète s'en balance. La planète en a rien à foutre de la chaleur, du froid, de la pollution et de l'atmosphère. La planète survivra à tout, elle n'a pas besoin d'oxygène ou de la vie pour exister. L'homme doit penser à l'homme.

Plus sérieusement (sic), c'est pas facile de faire la part des choses, de saisir l'importance de l'événement par rapport à la tendance réelle. Il faut prendre du recul, s'informer, analyser, mais on ne peut pas non plus faire abstraction des faits. Chose certaine, la panique et les décisions irréfléchies sont inutiles.

Quand on est dans l'eau et que la vague fait trois mètres, elle impressionne. On perd nos références, on boit une tasse, la vague tue. Du haut des airs la vague ressemble à une onde, elle fait partie de la multitude. On peut même comprendre ce qui engendre ces ondes et des décisions peuvent être prises. En même temps, il ne faut pas oublier ceux qui se débattent dans l'eau car pour eux, c'est ça la réalité.

Sans nier l'événement, il faut relativiser, ne pas accorder trop d'importance aux prophètes de mlaheur et se méfier des opportunistes. Pas facile mais nécessaire. En s'attardant trop à l'événement, soyez certains que dans quelques semaines, ce sera autre chose qui préoccupera les esprits et aucune mesure sensée à long terme ne sera adoptée.

Accent Grave

vendredi, janvier 12, 2007

Cinq quoi?

À l’instar d’autres carnetiers, Zed m’a demandé de divulguer cinq secrets à mon sujet… « si je le veux bien » est-il précisé. Le jeu court, il est amusant. Ça se compare à la tag? Ça se compare aussi à la cachette, à la cachette-à-deux. Notez, que je préférais jouer à la bouteille, mais ça, c’est autre chose. J’avoue ma curiosité quant à vos secrets. Ce qui est caché titille la curiosité, quoi de plus naturel, et quand on en sait un peu, on veut en savoir plus.

Si je veux jouer? Oui je le veux, ou plutôt je voudrais bien. Je ne demanderais qu’à satisfaire cette requête, mais comme j’ai appris qu’un secret est mieux gardé en groupe, je partage déjà tout avec vous. J’ai beau chercher une anecdote oubliée, un fait vécu, un p’tit rien un peu gênant ou même quelque chose de grave, rien, le néant.

Je suis innocent et pourtant je serai le rabat-joie, celui qui brise la chaîne. Coupable par contumace bien malgré moi car pour une fois j’aurais voulu être membre de quelque chose. Débordant de bonne volonté et d’enthousiasme je me suis dit : c’est l’occasion de te montrer sociable, une fois n’est pas coutume, mais je n’ai rien trouvé à divulguer. Quand le malheur s’acharne…

Dans ma réflexion, j’ai pensé à un tas de choses, des petits scandales, des histoires drôles, tristes ou difficiles à croire, à des faits cocasses ou intimes, des événements qui transforment des vies mais dans ma besace je n’ai rien qu’un confesseur ou un confident ne sache déjà. Nous ne connaissons presque rien les uns au sujets des autres mais il ne s’agit pas de secrets pour autant.

Si le caractère secret ne constituait pas un critère je saurais divertir, amuser, choquer et bien sûr décevoir mais tout ce qui m’est passé par la tête relève déjà du connu. Ma boîte à secrets est vide, c’est peut-être ça le scoop.

Merci d’avoir pensé à moi, ça me touche et sachez que si un jour j’ai un secret, sans faute je vous le dirai.

Accent Grave

lundi, janvier 01, 2007

Ceux qu'on perd de vue temporairement

On le sait bien, des amis, on n'en n'a pas des tonnes. On les reconnaît au fait que même en les voyant peu, nous les savons là, peu importe les circonstances. On ferait tout pour des amis, mais dans les faits, on n'a pas besoin de faire grand-chose, juste d'être disponible. Les amis ne s'imposent jamais et leur porte n'est jamais barrée. Nous les voyons tellement peu que lorsque vient le temps de faire appel à eux leurs noms sont rarement évoqués en premier. Après réflexion, après quelques souffrances vécues, on se dit: mais oui, lui ou elle saura me soutenir. On ne se trompe jamais.

On ne demande pas de services à un ami, on ne le contacte pas pour des riens. Peu de mots sont nécessaires pour communiquer avec un ami. On ménage nos amis, on n'use pas nos amis. Personne n'est assez riche pour rejeter une amitié particulière. L'amour ça se trouve assez facilement, c'est pas aussi évident avec l'amitié.

Pourquoi untel sera un ami et l'autre pas? Je l'ignore. Peut-être parce que chacun de nous a besoin d'un nombre restreint d'amis, pas plus. On se comporte intelligemment avec au moins quelques personnes, par précaution, parce que nous savons la chose essentielle.

Et puis, à un moment ou un autre, cet ami disparaît, pour une période plus longue qu'à l'habitude. C'est un signal. Quelque chose se passe ou un drame couve. Il faut rester aux aguets, signaler sa position, hisser un drapeau, au cas où on voudrait nous localiser, sans plus. Le silence doit suivre l'événement, une réflexion doit s'exercer. Un appel ou un signe viendra ensuite, pour la reconstruction. C'est à ce moment qu'il faut se découvrir, répondre à l'appel, sans questionner, simplement être là.

La vie est ainsi faite. On dirait qu'à un moment ou un autre, nos amis, quand il ne s'agit pas de soi-même, quittent la scène, recherchent l'ombre. C'est aux amis de veiller à ce que l'ombre ne devienne pas obscurité.

Accent Grave

mardi, décembre 26, 2006

Sans appel

Hussein sera pendu. Ce genre de verdict que je qualifierais de populaire (et politiquement calculé) me laisse un goût amer. Je vis dans un pays où la peine de mort fut abolie il y a plusieurs années. Dans les circonstances actuelles, je doute que cet homme représente une menace pour la vie de quiconque. Il sera donc tué par vengeance, en guise de punition. Une fois mort, le monde sera-t-il meilleur? C'est ça la question.

Je n'éprouve ni pitié ni compassion pour l'infecte personnage, mais je ne comprendrai jamais qu'une société qui considère que le pire crime soit d'enlever la vie à un être humain puisse elle-même en faire autant, sous le couvert de la justice bien sûr et le verdict étant évidemment exécuté par un tiers.

Je procès était commandé d'ailleurs, le jugement satisfait les puissances qui occupent l'Irak, cela est politiquement rentable, aucun gouvernement occidental ne s'avisera de critiquer la sanction. Enfin, en plus d'être un tyran sanguinaire, c'est un perdant et les perdants subissent toujours ce sort.

Néanmoins, quelque chose me titille, je ne suis pas fier de ce verdict que nous connaissions dès la capture du monstre. J'aurais au moins voulu en savoir plus sur la période où le bonhomme pactisait avec les Américains et autres gouvernements occidentaux.

Accent Grave

samedi, décembre 23, 2006

Est-ce bien raisonnable?

Un Noël sans neige? Un Noël sans froid? Non mais…

J'espère que nos nouveaux arrivants réalisent tout ce qu'on fait pour eux! Le Canada déploie toutes ses énergies afin d'éviter les objectifs de Kyoto, pour que le climat se réchauffe, pour que notre pays de neige n'en soit plus un, pour que les immigrnats provenants de pays "chauds" se sentent d'avantage chez eux. Nous voudrions bien nous effacer nous-mêmes de l'extraordinaire mosaïque canadienne mais il y a encore un peu de résistance, soyez patients, nous y parviendrons.

Accent Grave

samedi, décembre 09, 2006

Le promeneur solitaire

Je suis un solitaire. Est-ce une maladie cette propension à ne pas tout faire en groupe? Si oui, je suis malade. Nuançons quand même.

Je n'aime pas les modes, la danse qu'on appelle le "continental" (qu'a-t-elle donc de continental cette danse?), je fuis les réunions de famille, les voyages en groupe et les sports d'équipe. Je lis rarement ce tout le monde lit, déteste les "block buster". Je n'ai été membre d'aucun parti politique et refusé à quelques reprises de joindre ces groupes que je considère "exclusifs" du genre francs-maçons. À mes yeux, faire partie d'un regroupement aussi sélect soit-il, signifie l'exclusion des autres . Je reconnais et accepte d'emblée les notions de patrie, de collectivité ou de communauté, mais l'individu aura toujours préséance à mes yeux.

D'où peut bien me venir cette tendance à fuir les ensembles, à me questionner dès qu'une majorité surgit? Dans la multitude, parmi des inconnus, je me sens bien car cela n'implique aucune obligation à long terme et je ne représente que ma propre personne, le simple citoyen. J'adopte certaines routines mais n'accepte pas facilement qu'on m'impose certaines contraintes "volontaires". Des contraintes, ça se crée tout seul, pas besoin d'en ajouter.

Il y a aussi toutes ces contradictions face aux rapports sociaux. J'aime partager mes vues avec les autres, j'aime que l'on soit nombreux à apprécier ce que j'apprécie moi-même, c'est humain, sauf qu'il faut vite passer à autre chose. Partager un repas avec des êtres que l'on apprécie est une chose formidable à la condition que l'on soit peu nombreux. On ne peut échanger qu'avec ceux qui sont assis près de nous, les autres ne font que du chahut! Quel plaisir d'observer une collectivité qui s'épanouit, à la condition qu'il y ait des rebelles, des contestataires, que les sorties de secours ne soient pas inaccessibles. J'oserais dire que c'est grâce aux rebelles si nous évoluons. Attention toutefois, la rébellion doit être éphémère sinon, à coup sûr, elle se transformera en une dictature régressive.

Sans être agoraphobe, tout à fait asocial ou marginal, je me considère quand même un peu dérangé. Après tout, qui n'a pas quelques qualificatifs de cet acabit à son palmarès? Ne perdons pas le sens de la réalité, ainsi, comme on ne peut survivre sans un minimum de sociabilité, on doit parfois se montrer " bon joueur " et accepter un rôle sur une base temporaire. Le tout est d'abandonner son personnage avant que l'on y prenne goût ou que ce dernier nous colle à la peau. En guise de parade, dès que je joins momentanément une meute, j'évite de me montrer trop gentil, trop compréhensif, trop enthousiaste ou trop quelque chose d'autre car cela pourrait compliquer ma sortie côté jardin (sic)!

Certains événements s'étant produits autour de moi m'ont incité à écrire là-dessus. En réfléchissant bien à l'affaire, j'ai compris et très bien accepté mon individualité. Cela m'a incité à tirer ma révérence et rejeter certaines propositions en apparence alléchantes. Il faut toujours choisir ce qui est bon pour soi. En ce sens, les peuples, les regroupements ne se trompent jamais, je ne fais qu'adopter la même attitude vis-à-vis ma propre personne. Nous ne sommes pas sans ignorer que le profit d'une foule se fait souvent au détriment des éléments qui la composent. Je me suis donc posé la question suivante: qu'est-ce qu'un individu peut avoir de plus précieux que sa propre personne, sa propre vie, ses propres intérêts. La réponse est claire: rien.

Accent Grave

mardi, novembre 28, 2006

Serrons les coudes

En fin de semaine j'ai interrompu la rédaction de mon billet pour le remplacer par ce que vous lisez en ce moment. J'invite les carnetiers qui ignorent ce qui se passe chez monsieur André Bérard d'aller y faire un tour (http://www.bloguenotes.blogspot.com/). Monsieur Bérard est un carnetier que j'estime beaucoup. Il se préoccupe de sa communauté, ses propos sont pertinents, réfléchis et toujours respectueux. C'est un homme de qualité, un citoyen exemplaire.

Depuis quelque temps, monsieur Bérard se questionne au sujet d'un projet en cours à Ste-Adèle. Il pose donc des questions à son administration. Il n'est pas du genre à lâcher le morceau facilement, vaut mieux lui répondre, surtout quand on a été élu pour administrer avec transparence les deniers publiques. Pour une raison que l'on aimerait connaître, le maire de sa municipalité lui a envoyé une mise en demeure l'invitant à ne plus traiter de la chose sur son blogue.

La diffamation, les propos haineux ou racistes sont des choses laides qu'il faut combattre, voilà pourquoi ce genre de procédure existe. Néanmoins, monsieur Bérard est loin d'être un carnetier irrespectueux, bien au contraire. En lisant ses billets, vous ne trouverez pas trace d'impolitesse ou de propos haineux. Alors pourquoi lui envoyer une mise en demeure? Pour le faire taire? Je n'ose pas croire cela, ce ne serait pas digne d'un maire, et surtout pas très subtil.

Il existe une chose toute aussi grave que la diffamation, c'est de menacer quelqu'un d'une poursuite pour diffamation ou propos haineux sans raison valable. La technique est souvent employée par de grosses entreprises contre de simples individus. L'impossibilité de se défendre contre une batterie d'avocats fait souvent plier l'échine aux carnetiers. Ce qui se passe à Ste-Adèle sent mauvais mais comment imaginer qu'une telle manœuvre puisse être exécutée et défrayée à même les taxes payées par les contribuables de cette ville! Hum, oseriez-vous croire cela? Jamais de la vie bien sûr…

Dans ce genre de truc, certains y voient une attaque contre la liberté d'expression, un combat à mener au nom de la démocratie, d'autres médias profitent de l'occasion pour en faire une nouvelle. En ce qui me concerne, je crois que la liberté d'expression trouvera toujours un défenseur mais dans le cas qui nous concerne, il y a un homme qui est visé, un homme qui est attaqué. En effet il s'agit bel et bien d'une attaque personnelle et quoi qu'on en dise, ce n'est pas facile à vivre. La cause à beau être digne, le combat facile à gagner, il n'en reste pas moins que monsieur Bérard doit se savoir soutenu, encouragé. C'est le moins qu'on puisse faire.

Il faut se serrer les coudes. J'encourage tout le monde à visiter son site, à lui écrire un mot, à traiter du sujet et défendre publiquement sa cause. Cette affaire se répand comme une traînée de poudre chez les carnetiers, elle déborde le cadre du carnet, ça se retrouve dans les journaux, ici comme en France (là où d'autres carnetiers sont aussi attaqués) et bientôt à la radio.

Il faudrait aussi s'intéresser à cette histoire de " La Rolland ". Monsieur le maire, grâce à vous, la chose titille notre curiosité.

Accent Grave

dimanche, novembre 19, 2006

Polarisation dans le discours

Cette semaine, alors que le Cercle Littéraire Françoise Loranger recevait Jean Bédard, auteur et philosophe, un incident est survenu. Ce genre de chose se produit trop souvent et chaque fois ça me déprime.

La conférence s'était bien déroulée, une quarantaine de personnes étaient présentes. L'écrivain, un excellent orateur fort bien préparé, a su captiver l'attention d'un public aguerri. Auteur d'une trilogie dont " Maître Eckhart " constitua le premier tome, dans son domaine, Jean Bédard est connu au Québec et reconnu ailleurs. L'homme est habitué aux échanges d'idées d'autant plus qu'il travaille avec les jeunes qui ne prennent pas quatre chemins pour exprimer leur pensée.

À la fin de la conférence, une période dite "de questions" est allouée. Les gens expriment alors leurs doutes, opposent leurs vues ou questionnent simplement l'invité. L'intérêt vient du fait que chacun conserve un esprit ouvert, que les échanges se font dans une atmosphère sereine ou parfois, quand il y a de l'intelligence, on décèle un soupçon de complicité entre les intervenants, un clin d'oeil.

Un dérapage s'est produit. Un des membres de l'assemblée a feint de poser une question pour prendre le plancher, remettre en question la bonne volonté du conférencier. Bon, on a déjà vu pire, le choc des idées doit bien avoir lieu. Cependant, l'agressivité du ton ne laissait aucun doute, on a dès lors senti le dérapage. Plus le type parlait, plus il s'enrageait lui-même, à en devenir pourpre. Son débit verbal s'est transformé en un torrent de propos incompréhensibles. Stoïque, l'audience écoutait le bonhomme alors qu'aucune réplique ne pouvait l'arrêter. Il débitait des bouts de choses lues un peu partout, en liant certains faits ou théories pour arriver là où il le désirait, c'est-à-dire nulle part.

Monsieur Bédard, après avoir tenté une réplique, a compris qu'un échange était impossible. Il sut éviter une confrontation inutile. Le modérateur a bien tenté de donner la parole à quelqu'un d'autre mais l'intervenant en question coupait la parole pour poursuivre son monologue qu'il était seul à entendre et qui sait, peut-être à comprendre. Cela a jeté un froid sur la soirée qui prit fin abruptement quelques minutes plus tard. Chacun quitta la salle avec l'impression d'avoir perdu l'occasion d'en savoir plus, de s'informer. Il ne s'agissait pas d'un débat, mais d'une conférence. Libre à chacun d'analyser les propos, de conserver ce qui lui convient, de rejeter ce qui lui déplaît.

Les gens tolèrent mal un manque de respect envers un invité conférencier, envers l'auditoire et pire, envers ceux qui souhaitent poser des questions et dont on coupait la parole. La conférence traitait de domination. Aurions-nous assisté à une démonstration pratique?

Il y a des gens qui ne croient pas à l'intelligence des autres, qui se sentent investis d'une mission: celle d'éclairer la lanterne des autres et qui croient que plus l'attaque est virulente, plus elle est efficace. Il y a des gens qui croient que le poids des arguments est proportionnel au niveau sonore des mots prononcés. Il y a des gens qui ne savent pas qu'un propos est plus percutant lorsqu'il est intelligent et calmement exprimé.

Même dans un débat organisé, ce qui n'était pas le cas, il faut conserver son calme, s'assurer que l'auditoire suive le fil de la discussion, qu'une cohérence est perçue. Il faut aussi convaincre les gens que l'écoute existe (sic), qu'on est prêt à remettre ses idées en question si l'argumentaire est valable.

Malheureusement, les débats, les échanges, les discussions ressemblent trop souvent à des matchs à remporter indépendamment des moyens employés ou de la valeur des propos. Je n'ai rien dit sur le fond de la discussion car la brusquerie de l'intervention occupait tout l'espace. L'attaque virulente contre le conférencier a du coup donné raison à ce dernier. C'est ce qui s'appelle donner un coup d'épée dans l'eau. La soirée s'est conclue sur une note désagréable, ce qui n'est pas dans la tradition du Cercle.

C'est ce que j'appelle la " polarisation des échanges ". Ça se produit sur toutes les tribunes, sur tous les sujets. Les intervenants expriment fréquemment leur point de vue d'une façon extrême, incontrôlée, allant beaucoup plus loin que leur pensée aoriginale, adoptant une position devant absolument s'opposer à celle de l'autre. Cela me désole. Pensez aux débats politiques ou sociaux. Selon les médias le " gagnant " sera souvent celui ou celle qui ridiculise l'autre, celui ou celle dont l'apparence est meilleure, celui ou celle dont la réplique est vive et acerbe. Les séquences télévisuelles transmises en boucle le lendemain d'un débat témoignent de l'affaire.

Accent Grave

samedi, novembre 11, 2006

Ouain Pi!

Si je considère que la peur, l'agressivité, la nervosité, la fragilité, le stress, les conflits, la méfiance et l'échec sont membres d'un même clan, je dirais que la confiance en soi, la sérénité, l'humilité et le succès jouent pour l'autre équipe. Accent Grave serait-il devenu gourou? Hélas non! Je manque de leadership, et surtout d'un membership! Je n'ai rien lu sur le sujet. Au cours de ma vie, j'ai simplement observé, subi et parfois envenimé certaines situations. J'ai cru bon d'élucubrer là-dessus.

Tant de choses furent écrites sur le sujet, de ces innombrables bouquins traitant du développement personnel jusqu'aux traités destinés aux gestionnaires. De ces livres, il en naît au moins un par jour et quand un individu lit une copie au complet, il recommandera frénétiquement cette lecture aux autres. Il doit se dire : si tout le monde lit et comprend comme moi ce fascinant ouvrage, fini les problèmes entre humains! Dire que personne n'y avait pensé avant!

Dernièrement, j'ai bossé en compagnie de gens calmes, des gens qui connaissent leur travail, des hommes et des femmes qui étaient responsables d'un projet assez complexe, à l'échéancier plus que serré, un projet voué à l'échec. Dans la tempête il faut rester calme, éviter que les événements prennent le dessus. Tout fut coordonné logiquement, avec réflexion. Chaque pépin était traité un à un sans imposer de stress inutile. Le chef ne perdait pas de temps à répéter aux autres que l'échéancier venait à terme, ne faisait jamais allusion aux attentes du grand patron ou de l'importance du projet. Il s'affairait à fournir les outils et l'information nécessaire à chacun, en tout respect, en conservant même un brin d'humour. Le blâme n'existait pas, il n'y avait que des responsabilités et bien sûr des comptes à rendre. Tout s'est bien déroulé, même le client fut surpris, lui qui était continuellement tenu au courant de notre cheminement. À un certain moment, ce fut chose facile de lui annoncer un léger retard. Cela ne se produit que rarement.

Cela m'a rappelé certaines bonnes expériences passées alors que l'équipe, peu importe la nature de l'ouvrage, comprenait un leader, un "senior", plus souvent qu'autrement de nature calme. De nos jours, les projets menés de cette façon sont l'exception. Je me demandais pourquoi. La main d'œuvre est qualifiée, les outils existent, et pourtant…

Je crois que la différence est dans l'air. Je pense qu'on crée nous-mêmes le type d'environnement qu'on veut bien avoir, au pire, on accepte l'environnement que d'autres veulent imposer. Facile d'accuser tout le monde et son père, mais finalement, qu'est-ce qui nous empêche de rester imperméable à une atmosphère malsaine? L'outil de base est la confiance en soi. Les gens confiants réfléchissent avant d'agir même si tous réclament de l'action. Retenons une chose: pour que les choses aillent vite, il faut prendre son temps et si l'on veut "défoncer" il suffit de courir.

Comment peut-on se bâtir une telle assurance? Le problème est là. Quand je parle de cela on me répond toujours "c'est pas toi qui fait affaire avec untel ou qui est aux prises avec telles ou telles circonstances". De quoi j'me mêle? De tous les boulots que j'ai occupés, celui que j'occupe me semble le plus fou. On passe beaucoup de temps à chercher la cause ou le responsable de nos ennuis plutôt que de percer la parade érigée par chacun et de rejoindre la personne qui s'y cache. Il faut développer nos compétences bien sûr et aussi ne jamais perdre de vue ce qui est essentiel. Nous devons, en évitant la suffisance, rester conscients de nos capacités, travailler ou évoluer selon le bon sens, les méthodes reconnues, parfois avec ardeur, de façon responsable et respectueuse.

Dans les pires circonstances, je connais une personne sur qui le stress colle moins que du gras sur une surface antiadhésive. Dans les cas limites elle emploie le "Ouain pi". Voyez plutôt.

Le patron lui dit qu'il faut travailler plus fort, faire plus d'heures supplémentaires sinon on n'y arrivera pas.

La personne en question: - Ouain pi?

Le patron: - Comment Ouin pi? Si on ne travaille pas plus vite et plus fort on ratera la livraison et le contrat ne rapportera rien.

La personne en question: - Ouain pi?

Le patron: - Si on rate la livraison, on perdra ce client important.

La personne en question: - Ouain pi?

Le patron: - Si on perd nos clients, la compagnie fermera ses portes et nous perdrons nos emplois.

La personne en question: -Ouain pi?

Le patron découragé regarde son employé et cherche quelque chose à dire.

La personne en question: - Est-ce que je peux continuer à travailler maintenant?

Dans un cas extrême, rarissime, dans un cas où le patron serait le plus idiot des idiots, il congédiera la personne en question, même si elle est compétente.

Moi je dis - Ouain pi?

Un employé compétent trouvera plus facilement du travail qu'un patron idiot et la plupart du temps un patron idiot est trop incompétent pour être simple employé, il a besoin de vous.

Accent Grave

dimanche, novembre 05, 2006

Le temps présent

On m'a déjà suggéré de remplacer le mot "temps", lorsqu'utilisé, par le mot "vie" puis de relire mes phrases en incluant ce nouveau mot. Force est d'admettre que le sens de certaines phrases s'en trouvait modifié, au point de me faire réfléchir.

Par exemple, cette phrase maintes fois répétée: je n'ai plus de temps devenait je n'ai plus de vie. Il en irait de même pour nombre d'expressions employées spontanément :

Perdre son temps; prendre son temps; manquer de temps; le temps passe vite; le temps ne revient pas; donnez-moi un peu de temps; vivre sur du temps emprunté;
arrêter le temps; le temps fuit; le temps arrange tout; avoir du temps devant soi; profiter du temps; le temps efface tout; notre temps est précieux; avec le temps tout devient possible...

Continuez, votre imagination vaut bien la mienne. Je ne vous dirai pas ce qu'il faut faire de votre temps, mais personnellement je préfère en profiter plutôt que de le perdre.

J'ai l'impression que ma vie est devenue quelque peu virtuelle. J'ai souvent tenu des propos contre la religion catholique pour tout simplement en adopter une autre: la religion cathodique. Je passe une bonne partie de mon temps sur Internet, devant mon écran au bureau, devant le petit écran à la maison ou le grand écran au cinéma. Difficile d'interagir avec ces gens que les rayons électroniques, cristaux liquides ou diodes électroluminescentes reconstituent sur nos écrans.

Ces élucubrations me sont venues vendredi soir, pendant l'entracte. J'assistais à une extraordinaire représentation d'une comédie musicale. Assis tout près de la scène, j'avais l'impression de renouer avec la Vie. Il y avait devant moi de vrais gens qui chantaient, dansaient, parlaient, jouaient de la musique, évoluaient dans de vrais décors, portaient de vrais costumes, et le public autour de moi était authentique, la relation entre ce dernier et les artistes était palpable, l'essence du message passait. J'aurais souhaité que le temps s'arrête.

Depuis que ma fille ne vit plus chez moi je n'entends plus son violon, ses amis musiciens ne viennent plus à la maison pour répéter et je n'assiste plus à ses concerts. J'ai fini par croire, sans m'en rendre compte, que la musique comme les autres arts de la scène, se résumaient à écouter un CD ou visionner un DVD. Je ne vais que rarement au théâtre. Il en va de même pour les spectacles ou concerts pour lesquels je ne me procure plus les billets à l'avance. Au bout du compte on oublie un peu que tout cela existe. On se dit peut-être que l'effet enchanteur d'autrefois ne serait plus.

Pour finir, on ne pense plus à ces choses, jusqu'à ce qu'un soir on se retrouve, sans avoir prévu quoi que ce soit, en compagnie de ces magiciens de l'âme et de l'esprit et que le merveilleux jaillisse sans crier gare. Et là, on se souvient. On se demande comment on a pu faire abstraction de tout un monde, comment se fait-il que l'on ait pu " renier " ce qui nous a jadis procuré tant de joies, un bien-être qu'aucun critique ne saurait décrire? En deux heures, toute la fatigue, le surmenage et les pépins de la semaine deviennent ce qu'ils doivent être: de menus détails. Des frissons sur nos bras témoignent de notre transformation.

Où je veux en venir? À ce qui nous illusionne au quotidien. Je parle de ces fausses obligations et préoccupations, de penser que le jour que l'on vit sert à préparer un meilleur jour qui viendra, que le temps soit un allié ou un ennemi, de considérer le passé comme un monde disparu et que seules nos actions servant à construire le futur importent. Il m'arrive de me perdre parmi ces technologies qui se veulent communicatives et révolutionnaires mais qui nous éloignent de certains aspects de la vie.

Autrement dit, malgré le tourbillon de la vie et la marche assurée de ce qu'on nomme le progrès, il ne faut pas éjecter de nos vies ce qui existait déjà et qui n'a aucune raison de disparaître.

Ce texte m'était bien sûr destiné, une fois publié je le lirai, ça pourrait m'être utile!

Accent Grave

dimanche, octobre 29, 2006

Les pédagomanes, des malades contagieux


Je viens de lire le dernier numéro de "La Nouvelle Revue d'Histoire" (NRH). À chaque 60 jours, un thème nouveau est abordé. Dès que cette revue apparaît en kiosque je l'achète et la dévore. Cette fois on traitait de l'école. Le titre de l'exemplaire, " L'École, du Succès au Chaos ", résume l'ensemble des articles publiés.

Ceux qui ont participé à cet ouvrage déplorent une détérioration de l'enseignement en France, un manque de sérieux chez les étudiants et un défi quasiment impossible à relever pour les enseignants. Ce phénomène est déploré ici aussi, malgré que l'école publique soit beaucoup plus jeune.

Cette dégringolade aurait débuté il y a vingt-cinq ou trente ans. Que s'est-il donc passé? Au Québec, cela correspond à l'époque où l'école devenait obligatoire et gratuite pour tous. Serait-il impossible d'offrir un enseignement de qualité à tous? L'instruction perdrait-elle de son l'importance ou de son prestige parce que facilement accessible? La modernité aurait-elle rendu caduque l'apprentissage de plusieurs matières autrefois enseignées? Tant de questions, tant de gens pour y répondre, tant de comités constitués.

Un phénomène semble faire l'unanimité, un phénomène made in USA. Vous l'aurez deviné, c'est la venue de spécialistes s'inscrivant dans cette nouvelle science que serait celle de l'éducation: les utopistes de l'enseignement, les pédagogues, psychopédagogues, sociologues et autres " logues ". Cette pédagomanie aurait envahi nos pays et importé des termes propres à d'autres domaines (comportement, savoir-faire, référentiels) pour montrer la porte aux mots usuels (contenus, enseignement, connaissances).

Ces pédagogistes maladivement atteints de pédagogite, auraient pondu un tas de programmes souvent loufoques, leurs méthodes auraient pris le pas sur le contenu. On voulait développer un système d'enseignement massif, fait pour tous, mais sans but précis, l'enseignement de l'anti-raison. L'objectif était noble, mais utopique: lancer la massification du système, développer l'égalitarisme. On confond toujours ce mot. Offrons l'égalité des chances, mais personne n'est égal (dans le sens de pareil) à personne. C'était voué à l'échec. Pour tout dire, nous avons besoin de ces spécialistes, mais remettre le destin de nos systèmes d'éducation entre leurs mains constitue une hérésie.

Résultat? Un " illettrisme fonctionnel " répandu. Des gens qui lisent sans comprendre et qui écrivent sans pouvoir être compris. N'oublions pas ceux qui ne peuvent lire ou écrire, ceux dont la culture générale ne fut pas enseignée à la maison et qui devront s'en passer pour le reste de leur vie, ceux à qui on aura pas su inculquer le plaisir d'apprendre, l'importance du savoir, développer leur curiosité.

Autre résultat? Des étudiants que l'on considère non plus comme des êtres uniques mais comme une matière première, prête pour la transformation en fonction du système (rentabilité).

Il paraît que notre école est pluraliste. Si tel est le cas, comment pourra-t-on atteindre un consensus? Des connaissances universelles doivent être enseignées, mais la pluralité c'est autre chose. La pluralité encourage les nombreuses méthodes innovatrices, de là découle aussi l'abandon des notes, des classements, la venue d'activités motivantes… la liste est longue. Les langues deviennent des outils, ce ne sont plus des moyens d'expression, un facette culturelle. Les maîtres se transforment en gentils organisateurs démocratiques. Bref nous parlons d'un corpus idéologique. Si au moins quelque chose de révolutionnaire et de meilleur en sortait.

L'école doit constituer le moteur de la société, pas se transformer continuellement pour plaire au marché du travail ou rester à la mode.

Que d'énergies perdues! Pendant qu'on rêve à un système relevant de la pensée magique, il y en a qui veulent prier dans les corridors, éviter les examens les jours de fêtes religieuses, d'autres refusent d'assister aux cours où on enseigne la théorie de l'évolution ou de lire certains ouvrages. Certains contestent l'histoire enseignée (quand elle est enseignée), ne veulent plus de la mixité, exigent une nourriture particulière à la cafétéria… etc. Ce ne sont pas des détails, quand on s'occupe de toutes ces choses, il reste moins de temps pour le contenu. Qu'avons-nous donc promis à tous ces gens? L'école est un lieu d'enseignement avant d'être une garderie, un lieu de prière ou une filiale de l'industrie.

Aussi, a-t-on besoin de toutes ces commissions scolaires et du personnel s'y rattachant? De tous ces programmes pour un même niveau scolaire? De tous ces pédagogistes alors qu'on manque de professeurs qualifiés? Doit-on passer autant de temps devant les tribunaux pour savoir si le turban, le voile ou le kirpa sont acceptables.

Je dois m'arrêter, je me répète, mes textes sont trop longs.

Pour apprendre, les neurones doivent suer, une méthode magique pour s'instruire relève du fantasme. Néanmoins, s'instruire dans le plaisir est possible si on reconnaît l'importance des connaissances. Il existe encore d'excellentes écoles, des enseignants aussi dévoués qu'admirables, des étudiants promis à un avenir prometteur. C'est de ce côté que se trouve la réponse.

Pour ce qui est des pédagomanes, difficile de trouver un vaccin car le virus se transforme sans cesse.

Accent Grave

dimanche, octobre 22, 2006

Nécessité fait loi


Je savoure encore les commentaires composés par vous lecteurs intelligents. Mon seul regret c'est parfois de manquer de temps pour aller vous lire tous et chacun, quotidiennement. Je le fais quand c'est possible et cela me comble chaque fois. Écrire sans être lu, c'est comme se regarder dans un miroir. On peut se trouver beau, mais on finit par se lasser, même de sa propre beauté!

Ce qui ressort de ces commentaires et qui me fascine, ce sont les réactions assez nuancées entre nos cousins d'outre-mer versus celles de mes concitoyens. Les uns distinguent clairement les très riches du reste de la population. La dénonciation des petits fraudeurs est perçue comme une division parmi le peuple, favorisant les premiers.

Pour les autres, l'insupportable est de voir tous ces gens, parfois des régions entières, vivant de l'Aide sociale, ne participant pas à la prospérité collective, se complaisant dans l'indifférence et la passivité. Ces gens ont développé un tas de trucs, souvent illégaux, et profitent des impôts soutirés aux revenus des salariés. La richesse elle n'a pas à être pardonnée, car l'Amérique la voit comme une preuve de " succès ".

Rien n'est blanc, rien n'est noir, on retrouve tous les tons de gris. Les réalités sont parfois semblables, mais l'angle sous lequel on regarde la chose diffère, les mœurs aussi. Il n'est pas faux de prétendre que l'argent se concentre de façon révoltante chez les très riches. D'un autre côté, je vis en Amérique. Même si, du point de vue culturel, nous sommes plus tournés vers l'Europe que ne l'est le reste du continent, notre mode de vie est Nord-Américain, notre système économique est intégré à celui de nos voisins et notre rapport avec l'argent tend à être ce qu'il est au sud du 49e parallèle.

L'entrepreneuriat est encensé en Amérique. Si la prospérité individuelle survient, on la considère comme méritée, malgré ses accrocs (nous ne sommes pas naïfs). Par contre, un citoyen qui se soustrait à l'activité économique volontairement et vit aux dépens des autres contribuables est souvent considéré comme une attaque personnelle, c'est provoquer le " cochon payeur ". Pire, au Québec cela nous met hors circuit. Nous tenons à nos services sociaux plus généreux qu'ailleurs en Amérique, mais ça devient irréalisable, en partie à cause de ceux qui abusent. Les très riches ne font pas mieux, ils font pire, mais on pardonne moins à nos frères, à nos voisins ou nos collègues d'en faire autant. Quoi qu'il en soit, deux fautes ne s'annulent pas.

En Europe, la chose est vue autrement, peut-être à cause du passé, des mœurs qui se sont développés autrement et parce que la réalité de l'ensemble des pays Européens n'est pas la nôtre. La richesse individuelle n'est pas perçue de la même façon, l'initiative en affaire n'est pas aussi admirée qu'elle ne l'est ici, les classes sociales ont fait des ravages dans le passé et certains lieux communs n'en sont pas ici. Je n'ose pas trop aller dans les détails pour éviter d'écrire des faussetés, chose certaine, quand le sujet est abordé, je perçois toujours cette distinction.

A-t-on tort? En veut-on au mauvais parti? Répondez-moi, mais voici ma réponse:

Ma réponse dépendra des conséquences qu'une action pourrait engendrer. En guise de prémisse, parce que notre poids économique est ténu, je me dis qu'on ne peut nager contre le courant. Notre économie est intégrée à celle des États-Unis, pour dire vrai elle est à sa remorque. Au mieux, tentons un compromis: étendons un filet de sécurité sans perdre de vue la fragilité des assises sur laquelle repose notre stabilité économique. Je pense que cela est possible à la condition qu'on ne commette aucune faute. Nous marchons sur des œufs et plusieurs d'entre eux ont la coquille fracturée. C'est de cela dont parlait Lucien Bouchard, ex premier ministre récemment répudié pour avoir émis des commentaires en ce sens, ses mots étaient mal choisis, mais c'est de cela qu'il parlait.

On peut difficilement diaboliser la richesse individuelle et en même temps nous devons améliorer notre richesse collective pour se payer de bonnes écoles, des soins de santé décents et aspirer à une certaine justice quasiment inexistante chez nos voisins du sud. En ce sens, on ne peut se priver de la main d'œuvre, du génie de cette force économique que pourrait constituer tous ces gens qui vivent aux dépens des autres, qui se perdent dans la passivité, qui ne savent plus ce qu'est la confiance et l'ambition.

Sur un plan personnel, chacun doit choisir son mode de vie, mais pas au détriment des autres, pas sans en assumer les conséquences, cela n'est pas une option. Les milliardaires le font eux, je sais. Malheureusement, sans révolution et ce qui s'en suit on ne changera rien à cela. Il faut agir là où on le peut.

Accent Grave

dimanche, octobre 15, 2006

Fausse représentation


Qu'est-ce que la pauvreté? Allons voir le p'tit Bob. C'est l'état de quelqu'un qui manque de moyens matériels. Je m'en tiens à la définition principale. Qu'en dit le Webster? Les anglais nuancent, en première ligne ils écrivent: " the condition or quality of being poor ". Mon dictionnaire historique m'apprend que le mot pauvreté serait devenu un mot fourre-tout. Pour les besoins de ce billet, comprenons que ceux qui méritent notre attention sont les indigents, les miséreux. Lorsque j'écrirai " pauvre ", comprenez donc " indigent ". Un pauvre est donc quelqu'un qui ne peut s'habiller, manger ou dormir sous un toit.

Venons-en au vif du sujet. Je suis las qu'on quémande, sans raison valable. À ceux qui me demandent des sous sur la rue, quand c'est à propos, je rétorque qu'une moitié du fruit de mon labeur fut déjà retenu à la source. S'il s'agit d'un jeune en santé, je demande ce que LUI offre à la société. Paie-t-il sa cote part des coûts d'entretien du trottoir qu'il occupe? A-t-il quelque chose à m'offrir en échange de l'aide et des services que l'État (c'est à dire moi), lui dispense? On se demande toujours de quoi je parle. Parfois je ne lâche pas le morceau et on est soulagé de me voir partir, douce vengeance.

Je déteste les faux pauvres, ce sont les ennemis des pauvres. Ils volent les pauvres. Le plus indécent, c'est de laisser faire. En ce sens, les faux pauvres ressemblent aux mauvais riches: les uns comme les autres prennent impunément sans jamais contribuer. Il n'y a que nous qui pouvons faire quelque chose, car on le sait, nos administrateurs, élus ou non, figent dans la glu.

Je crois comme Félix qu'un coup de pied au cul bien donné, nous sera un jour remercié. Soyons donc généreux, bottons des culs. Je vis en Amérique, ça se voit. Je ne suis pas vil, je suis le défenseur des indigents, le Zoro des ruelles, un Robin des Bois. J'attaque les faux pauvres pour sauver la réputation des pauvres. Les pauvres ont souffert pour atteindre ce statut. Qui affirmerait le contraire? Je ne suis pas cynique. Les pauvres sont discrets, invisibles, honteux, malheureux, sans assurance. Si on ne combat pas leurs ennemis, qui le fera?

Il y a les malades. Il y en a beaucoup sur la rue. L'ex ministre Lazure, le grand manitou de la " dé-institutionalisation " des malades mentaux (oubliez la langue de bois) estime bien d'avoir " libéré " ces gens de l'asile. Le problème, c'est qu'on aurait prévu aucun suivi! Un détail! C'était à lui d'assurer l'existence de ces services au moment de leur sortie. Quel mépris! Quel imbécile! Si je ne me retenais pas, je l'insulterais.

Nous citoyens, devons nous préoccuper d'eux, forcer les autorités à prendre soin d'eux. Entre-temps, remettons à leur place ceux qui veulent prendre celle des autres. Les villes de Toronto et de Vancouver ont joué du gourdin avec les jeunes de la rue. Ils n'ont pas fait dans la subtilité, toujours est-il que ceux qui étaient jeunes et en santé, se sont retrouvés à Montréal, là où le marché de la fausse pauvreté est florissant, là ou la sensiblerie atteint son paroxysme. On préfère plaindre nos faux pauvres plutôt que les forcer à gagner leur croûte. C'est ça de la sensiblerie.

Être sensible, c'est autre chose, ce serait d'honorer ces Mexicains qui triment dur dans nos champs un peu partout pour une maigre pitance, pour abattre un boulot pas assez bien pour nous. Nous pourrions leur rendre hommage en forçant ceux qui peuvent gagner leur vie de le faire. Le Québec doit grandir, se tenir debout, faire face à ses responsabilités. Devenons une société juste, équitable, sans tout confondre. J'ai parfois l'impression que le Québec ressemble à un gros buffet, le buffet de la complaisance. Y'en a pour tout le monde et c'est gratuit.

Pauvre le Québec? Pourquoi tient-on absolument à cette réputation de fausse pauvreté? Nous avons tout pour être riche mais choisissons la fausse pauvreté. C'est un état d'esprit, rien de bien réel. Voyez de vrais pauvres, vous comprendrez. Nous n'accéderons jamais à la vraie pauvreté car le chemin à parcourir serait trop pénible. Pour devenir de vrais pauvres, il faudrait souffrir, plus que pour devenir riche. Il faudrait oublier les chèques d'aide sociale, de chômage, il faudrait ne plus se soigner, personne ne s'occuperait de nous, on nous cacherait, nous serions moins que rien, même pas un nom sur une liste, même pas une statistique. Les pauvres n'ont pas les moyens de se plaindre. Alors à quoi bon? Retroussez vos manches et devenez riche, il faut quitter ce statut d'entre-deux.

La misère existe, ça existe vraiment. Se prostituer pour se nourrir, fouiller dans les vidanges à la recherche d'un bien, se faire battre par ses parents, par les flics, par tout le monde sauf son chien, ça c'est de la misère. Des indigents, il y en a plusieurs milliers, des dizaines de milliers. Il y a aussi trop d'enfants délaissés, des enfants qui ne peuvent apprendre à l'école car leur vie est trop pénible. Il faut combattre cela, les soutenir sans jamais les plaindre. Mais ce billet traitait des faux pauvres, ceux qui ont un logis, une voiture, parfois deux, ils reçoivent des chèques de l'État, ils évitent les emplois stables, par choix, ils font payer leur facture du cable-vision aux autres citoyens, ils ne participent pas à la construction de la société, ils critiquent tout, il y en a beaucoup de ceux-là. Un coup de pied au cul, voilà ce que je peux faire pour vous. Vous êtes des saboteurs.

Accent Grave

samedi, octobre 07, 2006

Le Catéchisme



Je viens de me procurer un p'tit catéchisme. J'ai fait une bonne affaire, car on le vendait 2$.

Les Québécois ayant vu le jour après 1960 ont peut-être entendu parler de ce livret, sans en avoir le même souvenir que leurs aînés. À mes premières années d'école, tous les élèves devaient l'apprendre par cœur, questions et réponses, et il y en 519!

Voici ce qu'on lit en préface:

" Nous affirmons qu'une grande partie de ceux qui sont condamnés aux supplices éternels doivent cet irréparable malheur à l'ignorance des Mystères de la Foi, qu'on doit nécessairement savoir et croire pour être admis au nombre des élus. "

Ça commence raide, surtout lorsqu'on en est à sa première journée d'école! Ouille, j'espère qu'ils vont me montrer ces Mystères que j'm'étais dit. Faut croire qu'à cet âge on craint les supplices, allez savoir. Bref, comme les autres, j'ai tout appris par cœur, trois questions par jour. Ma mère était mon bourreau, c'était ça l'enfer. Je n'ai peut-être pas appris les mystères, mais la misère, ça oui.

Quarante-deux ans plus tard, pour faire le bilan de ma vie mystique (ne croyez pas tout ce que j'écris), je relis mon catéchisme d'un bout à l'autre. Je désirais aussi me remémorer les raisons pour lesquelles je n'ai que de mauvais souvenirs de cet aspect scolaire.

Bon, je l'ai relu. Fallait être pervers pour suivre ce qu'ils ordonnent là-dedans. Quoi que, nous avions droit à certaines libertés. Par exemple, les jours maigres, il est écrit que nous pouvions utiliser de la graisse, du saindoux ou du beurre pour faire cuire nos aliments. Je perçois là une petite ouverture…

Sachez que je ne suis pas un ange. J'ai enfreint tous les commandements de l'Église et sept des dix commandements de Dieu. Malgré tout, rien n'est perdu, car la religion catholique permet de commettre les actes les plus vils, pour autant qu'on s'en confesse par la suite. C'est pas formidable ça? C'est surtout utile.

Plus sérieusement, ce n'est pas par la catéchèse qu'un enfant pouvait espérer développer son sens critique. Comme toute réponse à mes interrogations on me disait: «ne pose pas de questions, tu n'as qu'à suivre les saintes lois». Si j'insistais, on me menaçait des pires supplices, après ma mort bien sûr. Une fois à la maison, ma mère en rajoutait. J'avais beau lire, un jeune esprit ne pouvait jamais être rassasié. Voyez plutôt:

Question 24: Qu'entendez-vous par Ste Trinité?
Réponse: Par la Ste Trinité j'entends un Dieu en trois personnes

Question 27: Pouvons-nous comprendre comment les trois personnes divines ne font qu'un seul et même Dieu?
Réponse: Non, nous ne pouvons pas comprendre comment les trois personnes divines ne font qu'un seul et même Dieu, parce que c'est un mystère.

Question 28: Qu'est-ce qu'un mystère?
Réponse: Un mystère est une vérité que nous ne pouvons pas comprendre, mais que nous devons croire, parce que c'est Dieu qui l'a révélée.

Difficile de s'opposer. De plus, je ne le disais pas mais j'étais affligé de tous les péchés:

Question 59: l'orgueil
Question 61: l'impureté (affection déréglée pour les plaisirs de la chaire)
Question 63: la gourmandise (amour déréglé du boire et du manger)
Question 67: la colère
Question 68: la paresse (amour déréglé du repos, du fait qu'on néglige ses devoirs d'état et de religion, plutôt que de se faire violence)

Certaines questions ne manquaient pas de titiller notre imagination, pensez à la scène suivante:

Question 110: Sous quelle forme le St-Esprit descendit-il sur les Apôtres?
Réponse: Le St-Esprit descendit sur les Apôtres sous forme de langues de feu.

Il y avait surtout des réponses auxquelles je ne comprenais rien, mais qu'il fallait retenir.

Question 518: L'Église condamne-t-elle le socialisme?
Réponse: L'Église condamne le socialisme, si on entend par ce terme le transfert à l'État de toute initiative économique, au mépris de la liberté des personnes.

Que peut bien représenter le socialisme ou le libéralisme économique pour un bambin!
Par la pratique, on m'aura au moins appris ce qu'est un supplice.

Pourquoi acheter ce livret? Pour sauver du temps. Au lieu de vous taper de savants bouquins relatifs à l'histoire religieuse et son influence (au Québec du moins), lisez ce livret en ayant à l'esprit qu'à l'époque ce n'était pas un jeu ou l'affaire de quelques illuminés. Ça se passait il y a quarante ans et ça concernait à peu près tout le monde. Dites-vous qu'on ne pouvait y échapper sous peine d'être marginalisé, voire exclu. Le catéchisme existe partout où le catholicisme existe, il est sous l'autorité des évêques, de petites variantes existent

Dans le même ordre d'idées, sachez que nos livres d'histoire étaient aussi l'œuvre des religieux. On a donc créé des héros comme Dollard, sieur des Ormeaux et son baril de poudre qui lui a sauté en pleine bouille dans le but d'offrir un homme d'exemple aux Canadiens Français. On a aussi répété avec insistance l'histoire du père Bréboeuf torturé par les méchants Indiens dont on voulait faire de bons catholiques. Impossible de s'en sortir, à moins de lire en cachette ce qui était à l'index. En ce sens, le curé avait interdit à ma mère, alors enfant, de lire «Un Bon Petit Diable» de la Contesse de Ségur. Un diable ne pouvait pas être bon, un diable est un ange qui a mal tourné. Quelle ignorance!

Je vais aussi vous avouer quelque chose: tous les jours, je décèle des traces de cette époque, dans les comportements, dans le manque d'assurance de mes concitoyens. La religion, cette gardienne de la moralité était la plus immorale des gardiennes.

Les vrais héros étaient ceux qui voulaient sortir le Québec de l'obscurantisme, mais on devait être fait fort ou rester discret si on avait des idées de ce genre. On a fini par s'en sortir, à la fin des années soixante, grâce aux Américains de l'Ouest. Nos " amis-requins " n'ont pas fait que de mauvaises choses.

En y pensant bien, à l'époque, je l'aurais bien vendu mon catéchisme, pour moins que 2$!

Accent Grave

vendredi, septembre 29, 2006

Emmenez-en des emmerdes!


Avez-vous remarqué que les malchances, comme les bons coups, surviennent en grappes, les unes à la suite des autres? On dirait des épreuves organisées! Des tests d'endurance. Vous avez survécu à cette tuile? En voici une autre, puis une autre. Et là ça va? Toujours vivant? Tant mieux, car en voilà d'autres et paf! En pleine gueule. Pareil pour les bonnes nouvelles, mais on s'en souvient moins de celles-là.

J'ai trouvé le moyen de contrer le destin. Vous me direz que ça frôle le masochisme et vous aurez raison. Il faut d'abord conditionner son esprit à la chose pour ensuite trouver plaisir aux malheurs. Eh oui, vous avez bien lu, il y a du plaisir à souffrir, il faut seulement s'en convaincre (sic). Si vous êtes assez malchanceux dans la vie, il se peut que vous ayez développé certaines aptitudes en ce domaine.

Dès que la fatalité jette son dévolu sur votre personne, vous lui criez: Elle était facile celle-là, vous en avez d'autres pour moi? Le truc c'est de tenir le coup jusqu'à ce que votre bourreau s'épuise. Dans les faits, rien ne change, mais dans votre esprit vous aurez remporté le match et pourrez savourer les heureux événements qui tôt ou tard, surviendront, sans vous montrer trop expressif bien sûr.

Avec un peu de persévérance et beaucoup d'endurance, les vicissitudes de la vie se transformeront en menus plaisirs. C'est avec un sourire en coin et l'œil guerrier que vous appréhenderez la prochaine catastrophe, comme le cycliste qui aperçoit la montée qui approche ou le joueur d'échec qui espère l'attaque adverse.

Je vous souhaite une bonne fin de semaine, en espérant que l'infortune ne nous épargne pas.

Accent Grave

samedi, septembre 23, 2006

Pour une heure de gloire

L'automne arrive, les activités reprennent, qu'elles soient sportives ou culturelles. La société qui s'était arrêtée pour l'été reprend son rythme. J'aime cette période de l'année. Pour bien des gens, c'est au printemps que la vie s'exprime, pour moi c'est en septembre.

La fin de semaine, au petit jour, alors que tout dort encore, il m'arrive de marcher pour profiter de la douceur du moment. Les noctambules viennent de s'assoupir et les lève-tôt en sont à préparer leur café, donc encore personne à l'extérieur. Selon le parcours que j'emprunte, il m'arrive de passer devant le centre sportif et j'y entre parfois. Il y a là des gens encore plus matinaux que moi. Au début, je faisais un arrêt à l'aréna pour prendre un café, un café dégueulasse j'en conviens, mais qui avait l'avantage de me réchauffer les mains. Au début, je m'imaginais que cette pause me rappellerait de doux souvenirs, des souvenirs d'une jeunesse passée à jouer au hockey dans les ruelles, sur les patinoires extérieures, dans les arénas puis dans les amphithéâtres.

Quand j'y vais, je m'installe à l'écart et feins de boire mon café imbuvable. La resurfaceuse lisse la glace pendant que les parents jasent ensemble. Puis il y a toujours un homme qui se dirige vers le banc des joueurs: l'entraîneur-chef. L'Homme est souvent bien habillé, bien coiffé, il porte une mallette. C'est de toute évidence un homme sérieux, important. Du moins, c'est ce qu'il veut faire croire. On s'attendrait à voir sauter sur la glace de grands sportifs, des professionnels.

Les joueurs sautent enfin sur la glace. Ils sont hauts comme trois pommes. Ce sont des enfants barricadés derrière un équipement digne des militaires en Irak. Au moindre coup de sifflet des assistants-entraîneurs, ils se mettent en ligne, se regroupent, accélèrent, tournent en rond, freinent et repartent, selon le cas, selon ce qui leur fut montré. J'assiste à une séance d'entraînement. Tout est programmé, il faut faire comme les grands, ceux qui sont payés.

Et l'instructeur…

Les instructeurs se prennent au sérieux, ils dirigent, ils sélectionnent, ils sanctionnent, décident de l'attitude à adopter, du sérieux avec lequel il faut prendre la chose, des tactiques et techniques à employer. Les entraîneurs gueulent, ils rabrouent ceux qui considèrent ce jeu comme un jeu. L'entraîneur en chef prend des notes, il écrit beaucoup cet homme, ce doit être un littéraire. Drôle d'affaire!

Ne croyez pas ça. Ce n'est même pas un homme de hockey. C'est un travailleur qui bosse dans une usine avec un patron détestable qui le fait chier au quotidien. Il rêve d'occuper le bureau du président, et le samedi, c'est ce qu'il fait. Toute la semaine, pour endurer ses petites misères, il pense à ce samedi matin, à l'heure de gloire qu'il vivra. Il sera alors un homme respecté, admiré, craint, comme son boss. Il mènera ses troupes à la victoire pour qu'on reconnaisse sa valeur.

Et les parents…

Ils ne sont plus des parents, ce sont de futurs agents pour leur fils qui un jour sera recruté par les grands clubs (ouf!). Les parents font du lobbysme auprès des sélectionneurs. Ce sont des fans inconditionnels prêts à sacrifier leurs fins de semaine, des gens qui déboursent des sommes inouïes au profit de tournois qui se déroulent à l'autre bout du pays, qui achètent de nouveaux équipements " indispensables ". Ce sont surtout des spectateurs enragés qui hurlent après les arbitres alors que leur fils ne sait même pas faire un pivot. Il arrive même que les forces policières peinent à les maîtriser. Les parents voudraient que leurs enfants deviennent ce qu'ils n'ont pu devenir, coûte que coûte. C'est humain, mais c'est laid.

Ça sonne faux, tout le monde veut devenir quelqu'un d'autre. Nous parlons d'enfants. J'ai l'impression qu'ils ne savent même pas s'ils aiment jouer au hockey. Ils n'ont pas eu l'occasion de jouer, car très vite il leur a fallu " pratiquer " ce sport, " apprendre le jeu " et " performer ". C'est ainsi que ça se passe, pas autrement.

Aujourd'hui, devenir membre d'un club c'est comme entrer dans les ordres. Il y a des contrats, des obligations, des frais, des voyages, des horaires contraignants, des périodes d'entraînement, des plans de jeu, des rôles attribués, des statistiques, des objectifs. Il y en a même pour affirmer que ça prépare à la vie!!! Y a-t-il un JOUEUR dans l'équipe? Voilà à question. Peu de jeunes sourient en jouant.

À leur âge, je jouais au hockey. J'étais comme eux, je voulais ressembler à mes idoles. Sauf que ça se passait autrement. C'était moins, comment dire… structuré. Certains parents amenaient leurs enfants à la patinoire. Eux restaient des parents et nous des jeunes qui jouaient. Il y a quarante ans, le hockey était plus populaire qu'aujourd'hui, mais le jeu restait un jeu, jusqu'à ce qu'on accède aux ligues supérieures, quand on était plus vieux. Plus jeune, on se rassemblait et on jouait, sans fédérations, sans écoles reconnues, sans "tribunal arbitraire". Il suffisait de sortir dans la ruelle ou de se rendre au parc pour joindre ceux qui s'y trouvaient, et on s'amusait, on s'épuisait. Nos orteils gelaient, mais on ne s'en rendait compte que plus tard. On s'épuisait, on développait notre caractère, notre façon de jouer, et quand on était las, on s'en allait, pour revenir quand l'envie nous reprendrait. C'était quoi le problème?

Je suis content que mon garçon n'ait pas souhaité " pratiquer " ce sport. Disons que j'avais pipé les dés. Sur la rue, à pied ou en "roller blade", il reste des jeunes pour jouer sur la rue, j'adore voir ça. Je vois des individus, des filles et des gars, des plus jeunes et des moins jeunes s'amuser ensemble, ces jeunes établissent leurs propres règles, improvisent, créent. À l'aréna, c'est autre chose, c'est un autre monde, c'est un moule.

Le plaisir du hockey ça existe encore, et ça vaut pour toutes les activités. Le vrai plaisir n'a aucun rapport avec le décorum, avec les dépenses ridicules, avec une maladie populaire que je nomme la " structurite aiguë". L'imaginaire et le rire auront toujours leur place.

Aujourd'hui il pleut, pas de partie sur la rue mais bon, il y a autre chose à faire.

Accent Grave

mercredi, septembre 13, 2006

Surchargé!


Je suis drôlement occupé depuis quelque temps. J’e n’ai pas pu m’installer devant mon écran une seule minute. Des voyages non planifiés pour le travail, des tas d’emmerdes de la part de certains fournisseurs et il y a aussi mon garçon qui a eu la drôle d’idée de se marier en fin de semaine.

Ça me manque de ne pas écrire de billets sur mon blogue. Je ne suis ni en panne d’inspiration ni en punition, je suis simplement un peu débordé.

En passant, après avoir trimé dur chez un fournisseur où absolument rien ne fonctionnait, j’ai pensé afficher ce slogan devant son usine :

La théorie c’est quand on comprend pourquoi ça ne marche pas, la pratique c’est quand ça marche et on ne sait pas pourquoi, ici on fait les deux : ça ne marche pas et on ne sait pas pourquoi!

Accent Grave

dimanche, septembre 03, 2006

Essence et houblon


Vendredi soir, au moment où Morphée me prenait dans ses bras, un fracas, du genre qu'on entend avec les tripes me fait bondir du lit. Ça venait de la rue. En moins d'une seconde je suis à la fenêtre d'une des chambres avant. J'aperçois un gros véhicule qui fonce allègrement sur les voitures garées, le gros véhicule monte sur les terrains, avance, recule à pleins gaz. Le moteur rugi, il arrache le devant d'une autre voiture et s'apprête à entrer dans la maison d'en face, sans sonner!

J'enfile un froc tout en descendant l'escalier et sors de la cambuse (faudrait que je présente mon numéro au Cirque du Soleil). Nul doute, il s'agit du fils aîné d'un voisin, un gars violent, jeune vétéran de la Bosnie. Coincé entre les belligérants qui ne se lançaient pas des fleurs, une bombe a fait "rouler" son véhicule blindé. Blessé, l'armée l'a rapatrié avant de le foutre dehors (à quoi sert un soldat handicapé?). Il intente un procès qui s'éternisera. Frustré, des plombs sautent régulièrement dans sa tête qui n'était déjà pas trop solide. Je pensais à tout cela.

Une fois dehors, je réalise mon erreur. Le conducteur n'est pas celui auquel je pensais. Il paraît bien jeune et sort du véhicule en titubant, à cause de l'alcool. Dommage, ça fait moins dramatique. Les gens sortent de leur demeure, en même temps. Voir tous ces gens en pyjama ou en peignoir dans la rue, marcher d'un pas incertain, me rappelle une scène du film "La Nuit des Morts Vivants". Je souris. Le jeune tente de s'éloigner, en vain. Va-t-on le lyncher? Je ne veux pas louper la suite, je suis un peu voyeur.

Il y a une cinquantaine de personnes, peut-être plus. Plusieurs jeunes, et ceux qui habitent la rue. Mes voisins d'en face, ceux à qui on a défoncé les bagnoles invectivent le jeune avec un peu trop d'agressivité. On s'époumone, on lui hurle après: "maudit ivrogne, maudit drogué… etc" Le jeune n'écoute pas, il ne sait pas où il est. L'hystérie monte chez certains et on s'attaque aux autres jeunes qui n'avaient rien à voir là dedans: on crie "bandes de voyous, enfants de divorcés!! Hé! Ils parlent de mes enfants là!

Les policiers, appelés depuis plus de dix minutes ne sont toujours pas là. Ça va mal tourner. On retient les gens qui ne se contiennent plus. Au grand soulagement du chauffeur fou, les flics arrivent. Il avoue ses actes et on l'embarque, il ira souffler dans le ballon, on prend les témoignages et tout le reste.

Le jeune vient d'avoir 18 ans, son permis de conduire l'obligeait d'être accompagné par un conducteur en règle et ne pouvait bien sûr conduire bouteille en main. Il arrivait d'un séjour en Alberta! 8,000km sans permis, probablement pas sans alcool.

Tant qu'à être ensemble, autant en profiter. Quelqu'un apporte du café. On jase. Certains blâment les jeunes, les flics qui ne font pas leur boulot. D'autres accusent la société, les parents… etc. Quelqu'un affirme que le jeune se réveillera avec un gros problème sur le dos. Un jeune qui connaît le coupable dit "vous êtes naïfs, je connais le gars, son seul problème sera de se procurer un autre véhicule, il se fout totalement de vos malheurs, pour lui c'est une soirée comme une autre".

Une autre dit que ça vaut pas la peine de s'énerver, qu'il n'y a pas de blessés, que des bagnoles amochées (le qualificatif est faible). Une femme plus âgée, réplique que c'est plus que de la ferraille, que c'est un drame pour elle aussi. Elle habite la Gaspésie, elle était en visite. Sa voiture datait mais était impeccable, elle ne sera pas réparée car trop cassée, les assurances lui remettront un chèque dérisoire. Pour s'en procurer une autre, elle devra payer une grosse somme, trop grosse pour elle, "La pauvreté c'est aussi un drame, et on vient injustement de m'apauvrir un peu plus".

Quand il n'y a plus rien à dire, tout le monde retourne chez soi, la nuit est avancée. C'était un fait divers. Ça se passe tous les soirs dans les villes paisibles comme la mienne, pas toujours au même endroit, heureusement. Problème de société? Sais pas, il y a trente ans, alors que j'en avais vingt, ces événements n'étaient pas rares. À la campagne, conduire sans permis avec un verre dans le nez c'est pas rare. Les conséquences? Elles seraient catastrophiques pour moi mais pour le jeune, pas certain. Y a-t-il une leçon à retirer de ce fait divers? Personnellement, j'ai raconté l'histoire à mes enfants, en espérant qu'ils ne boivent jamais avant de prendre le volant. À part cela, je sais pas...

Accent Grave

jeudi, août 31, 2006

Vous êtes pas tannés?

J'ai trop écouté les médias dernièrement. En quelques heures Fernand Gignac et Claude Blanchard sont devenus des icônes nationales. Faut le faire! Et il y a tous ces suicides. On dirait que tout le monde meurt, ça finit par nous atteindre. J'aurais le goût d'hurler la célèbre phrase de Péloquin:

VOUS N’ÊTES PAS TANNÉS DE MOURIR BANDE DE CAVES!

Nos grands penseurs cherchent la raison d'actes irrationnels. Résultat: autant de théories originales. Je n'ajouterai pas la mienne, ce serait cynique.

Je me demande tout de même si on ne l'a pas un peu facile. Tout est devenu prétexte à mourir ou à tout laisser tomber à la première déception, à la première épreuve. On meurt du sida en Afrique, on ne se suicide pas. On meurt sous les balles au Liban, on ne se suicide pas, au contraire, on reconstruit.

S'enlever la vie c'est ne pas connaître la valeur de cette dernière. Nos enfants n'ont pas besoin de cours d'informatique en garderie, il faudrait leur donner des cours de vie, de survie, des cours d'auto protection vitale. Au secondaire, il faudrait montrer aux jeunes un vidéo de leur naissance, on leur montrerait comment papa et maman ont tâté l'espèce de masse gluante qu'ils étaient afin de s'assurer que les deux bras y étaient, les deux jambes aussi. Ils réaliseraient la valeur de leur vie, de leur corps. Peut-être cesseraient-ils de se mutiler, d'organiser des concours d'étouffement ou de boire à l'entonnoir.

La grande faucheuse nous attend quelque part, pourquoi la précéder? Se tuer c'est lâche, c'est insulter ceux qui se battent, c'est mépriser ceux qui sourient malgré les multiples malheurs dont ils sont affligés. Je sais, il y en a qui souffrent intérieurement, pour qui la mort est la seule issue. C'est pas une raison pour se tuer.

À ceux qui envisagent de se tuer, j'ai des p'tites nouvelles pour vous: SI VOUS MOUREZ, VOUS LE REGRETTEREZ! Vous le regretterez parce que vous ne saurez jamais ce que vous manquerez.

Pour éviter les regrets, cessez de vous tuer, de plus, c'est lassant à la longue.

Accent Grave

dimanche, août 27, 2006

Nos amis les livres

Tant qu'il y aura des livres dans son entourage, Lise Bissonette, notre grande bibliothécaire, ne se sera pas seule. Voilà ce qu'elle affirme. Les livres seraient donc plus que des livres! Qui en douterait?

Un livre à lire représente de bons moments à venir, un p'tit bonheur économisé, un ami en devenir. Il reposera d'abord sur une table, pour qu'on s'habitue à lui, pour qu'il s'intègre à notre environnement et devienne nôtre.

Un livre lu c'est du vécu, un ami avec lequel on a passé du bon temps, une certaine intimité. Chaque livre qui nous entoure constitue une tranche de notre vie. Nous avons lu ces livres, et nous les avons aussi vécus. Comme on ne veut pas se départir de notre passé, nous gardons nos amis autour de nous, sur nos tablettes, dans notre demeure. Cela expliquerait peut-être pourquoi tant de gens refusent obstinément de se départir de bouquins qu'ils ne liront plus?

Plus il y a de livres lus, mieux on se sent entouré. Pour se sentir jeune, il faut des livres neufs et pour se rassurer, il en faut des plus vieux, des classiques. Pour protéger notre caractère propre, nous posséderons des livres que personne n'a lu mais pour que le visiteur se sente chez lui, nous aurons aussi quelques livres que tous ont lus, des incontournables, des références.

Moi et les maisons…

En ces temps modernes où chacun fait l'acquisition d'une maison plus grande que petite, je suis toujours surpris de constater le vide absolu de ces chaumières. Point de meubles dignes des lieux, point de tableaux, point de musique et surtout… point de livres. À mes yeux, une maison sans livres ça ne ressemble à rien. À l'inverse, quel plaisir de pénétrer dans une maison où les livres s'empilent ou reposent çà et là. Je m'empresse alors, pour mieux connaître mes hôtes, de lire les titres, le genre qui domine, et je questionne ceux qui lisent. Pour dire vrai, ce qu'on lit importe moins que le simple fait qu'on accorde une place aux livres, aux choses de l'esprit. Je ressortirai donc de la demeure en me disant "cette maison est belle" ou "cette maison est décevante".

Dans les maisons décevantes, on vous montrera les nouveaux gadgets achetés et parfois on vous mentionnera le prix des choses (!). Mais pour ces gens, les prix d'un livre, d'un café au Deux Marie ou d'une visite au musée seront toujours extravagants.

Une résidence d'allure modeste peut se transformer en un beau lieu si l'intérieur interpelle l'intelligence, la créativité ou l'esprit de l'invité. D'autres sont de mon avis. On ne s'ennuie jamais dans les belles maisons, on se sent soi-même un peu plus intelligent, mieux écouté. Cela ne se mesure pas, parfois ça ne se voit même pas, ça se ressent. Tout se passerait-il entre mes deux oreilles? Je ne le crois pas car de nombreuses personnes ressentent les mêmes choses, aux même endroits.

Lise Bissonette parlait de cela et j'ai eu l'impression de comprendre ce qu'elle disait, de ressentir les mêmes choses et qui sait, peut-être en va-t-il de même pour vous.

Accent Grave

samedi, août 19, 2006

Droit de parole

Pour faire suite aux commentaires exprimés envers mon dernier billet, j'écris celui-ci. Notre ami Le Citadin doit se dire : Je l'avais annoncé! Je le soupçonne d'être quelque peu provocateur celui-là, et j'aime ça. Clin d'œil!

Ce qui différencie les démocraties des dictatures, c'est la liberté d'association, la liberté d'expression. Ces notions constituent les fondements des États libres. Il faut lire Tocqueville à ce sujet. Rien n'est parfait, mais admettons qu'il est plus facile de s'exprimer en Occident qu'en Corée du Nord.

En démocratie, les gens ont le droit de se regrouper, de créer des associations représentatives, d'user de leur pouvoir d'influence, de manifester, de faire circuler des pétitions, d'écrire des lettres ouvertes et surtout de voter. Si nos sociétés sont enviées par les autres, c'est beaucoup à cause de cela. Libre à chacun d'y croire mais ne perdez surtout pas le droit de vous exprimer, ne considérez pas ce droit comme acquis. Il suffirait de baisser la garde pour que l'on perde tout.

Je ne ferai pas la liste des manifestations ayant influencé le cours de l'histoire. Il y a trop d'exemples, trop de causes. Les succès ne furent pas toujours au rendez-vous mais perdre un combat est moins grave que de ne pas pouvoir se battre. Pourquoi banaliser ou même ridiculiser les causes locales, moins spectaculaires? Je ne comprends pas.

Par exemple, monsieur Bérard tente de rassembler les gens de Ste-Adèle pour sensibiliser ses concitoyens à l'importance d'un urbanisme réfléchi. Peut-être devront-ils manifester. Où est le problème? Loin le Liban? Le Premier Ministre Canadien fut le premier à affirmer que la réplique d'Israël était raisonnable. C'est donc ici que des manifestants devaient s'exprimer. De grandes rencontres peuvent aussi être organisées pour soutenir des peuples ou des individus vivant ailleurs. Si dans toutes les villes du monde on manifestait contre l'une de nos actions, nous ne resterions pas insensibles.

Les dirigeants politiques veulent connaître l'opinion publique car leur avenir dépend en partie de cela. Des manifestations, comme bien d'autres événements peuvent influencer le vote ou des gestes politiques. C'est la beauté de la démocratie. Les grandes marches nuisent à la circulation, nuisent au quotidien? Bien vrai! Le but d'une manifestation est de dire aux autres: " Arrêtez-vous quelques minutes, écoutez-nous, on a quelque chose à dire!". Si les Montréalais d'origine Portugaises, Brésiliennes ou Italiennes bloquent de grandes artères pour une joute de foot, une guerre constitue sans doute une aussi bonne raison d'en faire autant.

Je réalise que parfois il y a des dérapages, que des individus n'organisent pas ces événement de la bonne façon, qu'il y a de la casse, que des illuminés bloquent des ponts pour une cause personnelle, que les syndiqués de la Ville de Montréal défoncent les portes de l'Hôtel de Ville. Certaines manifestations peuvent tourner en révoltes, en émeutes (Watts à Los Angeles ou en France dernièrement). C'est l'envers de la médaille, le prix à payer. Croyez-vous que les citoyens abandonneraient leurs droits fondamentaux? En échange de quoi?

Accent Grave

mercredi, août 16, 2006

Haussement d'épaules

Alors que le pilonnage du Liban allait bon train, à Montréal des milliers de gens marchaient pour que cesse le carnage. Je n'insulterai pas votre intelligence en parlant du droit de réplique, ça n'avait rien à voir, on le sait tous. Israël tuait, détruisait à fond.

Une telle manifestation Nord Américaine ne pouvait avoir lieu qu'à Montréal. Néanmoins, parce que les USA soutiennent Israël et que notre premier ministre mange dans la gamelle de Bush, il fallait s'attendre à ce que des commentaires hargneux fusent de partout au Canada.

Qu'on traîne dans la boue Falardeau, Poulain, le chef du Bloc Québécois, celui du PQ ou même Coderre ne surprend pas. Que quelques hurluberlus arborant le drapeau du Hezbollah se soient introduits parmi les manifestants est anecdotique mais encore là, comment se surprendre que les médias en fassent un plat. Une journaliste de Toronto écrit qu'un Québec indépendant serait une terre d'accueil pour terroristes, c'est assez original comme affirmation mais pas étonnant. Pour peu, on dirait que le Québec est officiellement antisémite. Quoi de neuf? Je ne ferai pas semblant d'être offusqué et aimerais voir ceux qu'on diabolise répondre par un haussement d'épaules.

Une chose m'impressionne: c'est cette constance en ce qui regarde le niveau d'hypocrisie de ceux qui émettent de tels commentaires. Je lève mon chapeau à autant de tartuferies, de dissimulations et de fourberies. Ces gens manquent de cran, ils crachent leur venin sur le peuple Québécois par le biais de nos représentants ou de simples individus qui exprimaient leur écœurement face à ce bombardement. La vérité est que pour ces gens, cet événement (?) constituait un prétexte pour une nouvelle fois, faire preuve de mépris envers le Québec.

Je ne répéterai pas que les québécois de souche présents marchaient pour un cessez le feu. On se demande qui pourrait s'opposer à la chose.

Les Québécois furent bien souvent victimes de sarcasmes. Cela n'empêchera pas les gens de ce pays de manifester pour ces causes jugées valables , peu importe qui ça peut frustrer.

Ce qui réconforte c'est de constater que le citoyen ordinaire ne prend pas trop au sérieux ces propos haineux, j'y vois une preuve de maturité.

Accent Grave

Haussement d'épaules

Alors que le pilonnage du Liban allait bon train, à Montréal des milliers de gens marchaient pour que cesse le carnage. Je n'insulterai pas votre intelligence en parlant du droit de réplique, ça n'avait rien à voir, on le sait tous. Israël tuait, détruisait à fond.

Une telle manifestation Nord Américaine ne pouvait avoir lieu qu'à Montréal. Néanmoins, parce que les USA soutiennent Israël et que notre premier ministre mange dans la gamelle de Bush, il fallait s'attendre à ce que des commentaires hargneux fusent de partout au Canada.

Qu'on traîne dans la boue Falardeau, Poulain, le chef du Bloc Québécois, celui du PQ ou même Coderre ne surprend pas. Que quelques hurluberlus arborant le drapeau du Hezbollah se soient introduits parmi les manifestants est anecdotique mais encore là, comment se surprendre que les médias en fassent un plat. Une journaliste de Toronto écrit qu'un Québec indépendant serait une terre d'accueil pour terroristes, c'est assez original comme affirmation mais pas étonnant. Pour peu, on dirait que le Québec est officiellement antisémite. Quoi de neuf? Je ne ferai pas semblant d'être offusqué et aimerais voir ceux qu'on diabolise répondre par un haussement d'épaules.

Une chose m'impressionne: c'est cette constance en ce qui regarde le niveau d'hypocrisie de ceux qui émettent de tels commentaires. Je lève mon chapeau à autant de tartuferies, de dissimulations et de fourberies. Ces gens manquent de cran, ils crachent leur venin sur le peuple Québécois par le biais de nos représentants ou de simples individus qui exprimaient leur écœurement face à ce bombardement. La vérité est que pour ces gens, cet événement (?) constituait un prétexte pour une nouvelle fois, faire preuve de mépris envers le Québec.

Je ne répéterai pas que les québécois de souche présents marchaient pour un cessez le feu. On se demande qui pourrait s'opposer à la chose.

Les Québécois furent bien souvent victimes de sarcasmes. Cela n'empêchera pas les gens de ce pays de manifester pour ces causes jugées valables , peu importe qui ça peut frustrer.

Ce qui réconforte c'est de constater que le citoyen ordinaire ne prend pas trop au sérieux ces propos haineux, j'y vois une preuve de maturité.

Accent Grave

dimanche, août 13, 2006

Autre temps, autre moeurs?

Les temps changent, Le Gros BS en faisait allusion dans un billet sur la fierté. Les valeurs que l'on tente d'inculquer à nos enfants se voient confrontées à la réalité quotidienne. Ça ressemble aux conflits générationnels vécus avec mes parents autrefois. Serait-ce que je n'ai rien appris?

Je tente de me convaincre que les valeurs propres à chaque génération se valent et que je dois m'adapter à la réalité actuelle, les changements n'étant pas si importants que ça. Peut-être que ce qui ne change pas, ce sont les aînés qui reprochent aux jeunes de vivre différemment, de rejeter certaines valeurs.

Égoïstement, j'aimerais croire ne pas avoir vécu inutilement. Je souhaiterais qu'une partie de mon savoir et de mon expérience serve aux générations qui suivent, à mes enfants à tout le moins. Il semble que ça ne fonctionne pas ainsi, je n'ai qu'à penser à ma propre jeunesse.

Mes enfants possèdent une solide formation générale et une spécialisation. Pourtant, il y a des jours où je me dis: je ne leur ai pas transmis grand-chose. Je compare probablement leur savoir à mon expérience.

J'écris ce billet car j'en suis à une étape de ma vie où je ne me considère plus comme le "père formateur" de mes enfants. Je regarde maintenant mes enfants bâtir leur propre vie, sans interférer, ayant déjà donné. Mais entre nous, sans porter de jugement (sic), je m'étonne un peu de leur attitude, surtout de leur détachement face à ce qui m'est toujours apparu comme important, fondamental.

Bien sagement, quand je suis témoin d'agissements auxquels je ne suis pas habitué, je me dis, "si mes enfants étaient comme moi, ils ne seraient pas mieux que moi. L'évolution c'est peut-être ça, ils doivent être différents de ce que je suis". Mais entre nous (encore une fois), je me dis peut-être ces choses pour me réconforter.

Certains affirment que la société influence davantage les jeunes. Je ne désire pas que mes enfants soient la copie conforme de ce que je suis mais j'aurais bien aimé que certaines choses (les mêmes que moi) leur tiennent à cœur. J'ai aussi lu que les valeurs transmises à nos enfants vont crécher dans un endroit particulier de leur cerveau et y séjournent quelques décennies avant de refaire surface à l'âge de 30 ou 40 ans. Tout ne serait donc pas perdu? On verra bien dans 20 ans.

Tout cela est fort compliqué! Comment diable passons-nous le flambeau aux générations qui suivent? Que savons-nous de ce qui fut acquis par nos aïeuls? Peu de choses finalement. C'est que le savoir ne se transmet pas génétiquement et que l'expérience demeure un acquis personnel, très variable.

Le savoir et la mémoire collective sont entreposés quelque part, dans nos bibliothèques, banques de données, musées… etc. On indique aux jeunes comment y accéder, comment décoder ces informations. De notre vivant, nous enseignons donc un minimum de choses. Ne pourrions-nous pas transmettre une sorte de grille des priorités? Nous aurions ainsi l'illusion qu'une certaine continuité existe, on pourrait mourir en paix.

Accent Grave

jeudi, août 10, 2006

Le retour du grand cirque

Un autre complot terroriste aurait été démasqué par les autorités anglaises. Dans le cadre du Mondial des truands, une autre équipe vient d'être éliminée!

J'étais en vacances, à la maison, ma compagne me parle d'un événement auquel on fait allusion sur toutes les chaînes. Je syntonise une chaîne de nouvelles. C'est un réflexe naturel chez l'Homo Technicus.

Au début, je n'ai rien compris. On parlait de nouvelles mesures de sécurité dans les aéroports. À en croire les images, cela importunait peu les gens, trop heureux de passer à la télé, les interviewés souriaient à pleines dents et se pliaient de bonne grâce aux nouvelles consignes. Je change de chaîne et on parle de la même affaire, je vais sur un poste américain: même chose. Je ferme la télé, les journaleux ont encore transformé un fait divers en nouvelle.

Je réfléchis un peu et me dis que ça peut pas être ça LA nouvelle. J'ouvre la radio et apprends qu'un complot terroriste devait être perpétré dans les prochains jours, impliquant des explosifs liquides. L'équipe terroriste suspecte serait composée de membres anglais, mais d'origine pakistanaise. L'information variait d'une station à l'autre mais ça ressemblait à ça.

J'aurais voulu qu'on parle du motif de cet attentat; qui étaient ces gens? au nom de quel organisme opéraient-ils? depuis quand espionnait-on ces derniers? quels pays étaient au courant de l'affaire? La nouvelle c'était le complot, pas le fait qu'on ne puisse plus transporter de la pâte dentifrice dans l'avion et comme on suivait ces gens depuis un certain temps, on avait certainement les réponses à mes questions. Tout au long de la journée, on en avait que pour les nouvelles mesures de sécurité. Frustré, je lâche le morceau et mets de la musique.

Cet été, que lorsque Zidane a agi sur un coup de tête (sic) on a immédiatement appris beaucoup de choses sur lui, sur son passé, sur les saloperies que l'italien lui murmurait à l'oreille sur le terrain, sur son caractère, sur sa famille, sur les enjeux réels. Finalement, le puni était reçu par le président!

Aujourd'hui on a affaire à une équipe qui a tenté, en employant une technique révolutionnaire (!), de battre un record dans un autre domaine pouvant concerner bien des gens et on ne peut même pas avoir de détails sur ces gens. Tout le monde passe à la télé sauf eux. On ne peut rien savoir de leur passé, de leurs motivations profondes, du plan détaillé.

Je fais du sarcasme? On ne peut pas se moquer? On se moque pourtant de nous il me semble. On menace même de nous tuer! Je suis las de ces histoires de terrorisme dont les auteurs sont de piètres scénaristes. Si au moins j'avais peur ou si je devais changer quelque chose à ma vie pour m'adapter. Rien. Je ne transporte pas de liquide ou de gel en avion.

Dommage pour vous messieurs les terroristes et pour vous messieurs les présidents et premier ministres, les terroristes n'ont pas d'emprise sur moi, ils ne m'amusent même pas, je l'avais déjà dit et je le répète. Je demande donc au journaleux de mettre un peu de viande dans leurs reportages pour nous distraire, vous êtes capables de bêtises, au lieu de cela vous nous balancez des platitudes à répétitions. Non mais, les vacances, ça vous va pas?

Accent Grave

lundi, août 07, 2006

Pauvres? Riches plutôt!

Cet été je suis resté au Québec, mais je me suis beaucoup déplacé. Difficile de réaliser l'immensité de notre territoire autrement qu'en le parcourant. Il y a bel et bien des choses qui ne s'apprennent pas dans les livres. Fouler du pied et explorer un tant soit peu une région éloignée des grands centres constitue la seule façon de prendre conscience de la richesse et de la diversité de notre pays.

À chaque fois c'est la même chose, dès que je touche un peu au pays, à d'autres régions que celles qui me sont familières, je ne vois que richesses, splendeurs. Nous ne sommes pas pauvres, nous sommes parmi les plus riches de cette planète. Combien de pays peuvent se vanter d'avoir autant de cours d'eau? Il y a plus de lacs au Québec qu'il n'y a d'habitants! Je ne parle pas du reste, ce serait trop long.

Ailleurs dans le monde, on se bat pour occuper des territoires constitués de terres arides, sans accidents, sans ressources naturelles. Un jour, quelqu'un se réveillera et dira: Allons vivre à Chicoutimi, que c'est beau là-bas! Il y a de tout; un magnifique cours d'eau nommé Saguenay, des montagnes, des forêts, les gens sont beaux, il y a des écoles, une université… etc. Il fait un peu froid l'hiver, mais ça chasse les moustiques, il suffit de s'habiller un peu.

Pourtant, quand j'écoute la radio, quand je converse avec certaines personnes, nous pourrions nous croire pauvres, sous-développés. J'aurais envie de secouer tout ce beau monde et de leur faire réaliser sur quels trésors ils sont assis. Ces trésors seront exploités par d'autres si on ne fait rien (c'est déjà fait vous me direz). Il est temps de se prendre en main, de mettre sur pied des mesures pour à la fois préserver et exploiter intelligemment et écologiquement ce territoire unique. Si on ne fait rien, d'autres s'occuperont de nos biens. Plutôt que d'être pauvre en ville, soyez riche à la campagne. Occupons et prenons soin de notre géographie.

Tout cela n'appartient pas au gouvernement, aux industries ou même aux particuliers. En tant que peuple, nous sommes dépositaires de cette terre au nom de l'humanité. Nous avons le mandat d'en prendre soin et d'en profiter. À mon sens, c'est un sacrilège de ne pas au moins s'émouvoir devant tant de beautés.

À mon retour de vacances, c'est ce que j'avais à dire.

Accent Grave

dimanche, juillet 30, 2006

Stella Awards erratum!

Suite au commentaire de notre ami Henri, j'ai fait de plus amples recherches concernant les Stella Awards pour réaliser que si certaines poursuites mentionnées semblent véridiques, d'autres semblent relever de l'imaginaire! Il s'agirait encore d'une affaire d'argent (vendre des répertoires de poursuites absurdes)

Désolé, je fais mon mea culpa.

Je vous laisse chercher les multiples sites qui traitent de la chose. Comme quoi, lorsqu'on publie des textes ou des liens qui ne nous sont pas propres, il faut vérifier plus d'une fois ses sources. C'est une leçon à retenir.

Merci Henri!

Accent Grave

samedi, juillet 29, 2006